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Cet architecte a créé un bois transparent qui pourrait révolutionner le bâtiment

Par Combot Sophie I Publié le 20 Avril 2016

Élu jeune innovateur français de l'année 2016 par le MIT Technology Review, Timothée Boitouzet a mis au point un bois translucide et imputrescible. Retour sur le parcours d’un prodige qui combine biologie et architecture.


Timothée Boitouzet et un échantillon de son innovation (Crédit : Woodoo)
Timothée Boitouzet et un échantillon de son innovation (Crédit : Woodoo)
Il se décrit comme un "hyperactif" ayant toujours eu "des intérêts dans pleins de domaines". La curiosité sans bornes de Timothée Boitouzet vient d'être récompensée par le prix des innovateurs français 2016 de moins de 35 ans, remis par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Paris le 13 avril.

Architecte de formation, il tient pour référence les années 1950-1960, lorsque le métier d'architecte était en lien direct avec les préoccupations sociales :
 
"Les architectes avaient un vrai impact sur l’urbanisme. Ils cherchaient à améliorer les conditions de vie des populations à travers une réflexion sur le logement et ses usages."

Timothée Boitouzet a choisi son métier pour répondre à cet enjeu social, tout en apportant des solutions aux problèmes environnementaux, et non pour graver son nom dans la pierre. Et pour cause : il ne travaille que le bois. Plus précisément, le bois transparent. Un matériau qu'il a imaginé, conçu puis breveté, avant de créer son entreprise : Woodoo.

Révéler le bois autrement

2008. Timothée Boitouzet débute ses études d’architecture à l’école de Versailles. À seulement 20 ans, il part pour le Japon, "pays du détail" en matière d'architecture. En quête d'une approche respectueuse et sensible de sa discipline, il recherche de nouvelles façons de travailler la matière, "en la révélant d’une autre manière et en incorporant la technologie".

À 23 ans, il est admis dans trois des plus prestigieuses universités américaines : Princeton, Columbia et Harvard. Il choisit Harvard, qui lui permet de poursuivre ses études d'architecture, tout en s'initiant à la biologie moléculaire.

Aux États-Unis, il vient aussi s'imprégner d'une culture de l'entrepreneuriat, dans laquelle la recherche et le business ne font bien souvent qu'un :
 
"Les Américains apprécient l’idée de changer le monde et ils poussent le développement des départements de recherche et développement (R&D) au maximum".

Au cours de sa formation en biologie moléculaire, il prend conscience qu'il existe des alternatives à la brique, la pierre ou le béton pour envisager les constructions de demain. Des solutions que la France, selon lui, faute de croiser les disciplines, ne propose pas. Raison de plus pour Timothée Boitouzet de poursuivre sa recherche outre-Altantique :
 
"J’ai passé beaucoup de temps au laboratoire de biologie de Harvard. Je voulais comprendre l’anatomie du bois".


Coupe du bois (Crédit : Woodoo)
Coupe du bois (Crédit : Woodoo)
À 25 ans, il revient en Europe, où il travaille pour des cabinets d'architectes de renom au Danemark, en Suisse ainsi qu'à Paris. Il continue ainsi à étudier les propriétés du bois, matière que, selon lui, la France "délaisse car elle ne fait pas partie de notre culture [architecturale]".
 

Une tendance que Timothée Boitouzet veut inverser. Pour développer le matériau, il constitue une équipe, composée d'un associé qui l'aide sur le plan administratif, d'un "business developer" et d'un chimiste. Il se met à travailler sur l’épaisseur des coupes de bois : "Elle vacille généralement entre 7 mm et 1 cm, ce qui rend le matériau inutilisable pour le secteur de la construction".

Ce dernier doit, au minimum, atteindre 2 cm d'épaisseur. Un challenge de taille pour l'entrepreneur, qui ambitionne de "réinventer le bois afin de le renforcer" et ainsi "d'attaquer le marché du bâtiment". 

Trois ans plus tard, le jeune ingénieur est sur le point d'atteindre cet objectif : Le bois qu'il développe est plus résistant à l’eau, il se détériore moins rapidement, il est trois fois plus rigide et beaucoup plus dense.


Timothée Boitouzet au département de chimie d'Harvard (Crédit : Woodoo)
Timothée Boitouzet au département de chimie d'Harvard (Crédit : Woodoo)

Des immeubles de 30 étages, entièrement en bois !

Pour y parvenir, Timothée Boitouzet travaille sur l'élément qui "permet de tenir les fibres [du bois] ensemble : la lignine". Grâce une technique particulière, il la retire, avant de se rendre compte que le bois est majoritairement composé d'air, à hauteur de 70 %.

Un constat qui le conduit à tenter de remplir les cavités de la matière, donc ses espaces vides, afin de les rendre plus fonctionnelles. À l'intérieur, il injecte des biomonomères, une substance organique qui solidifie le bois et lui permet de renforcer les liaisons atomiques entre ses fibres. 

Autre conséquence du remplacement de la lignine par le monomère : grâce à la cellulose, un matériau cristallin qui laisse passer la lumière et qui est naturellement présent dans le bois, il devient translucide. Un atout majoritairement esthétique.

Quant à la lignine prélevée, elle est récupérée pour être "transformée en biocarburant" grâce à un processus de méthanisation : "Une réutilisation qui réduit [les] coûts de production", rendant ce super bois "bon marché", selon l'entrepreneur.

Et Timothée Boitouzet voit loin : 
 
"Jusqu’ici, les constructions en bois ne pouvaient pas dépasser les douze étages. Avec cette innovation, on peut construire des immeubles entièrement en bois sur 30 étages !"
 
Ce projet ambitieux, il compte le réaliser uniquement à partir du bois dit "non noble". "Il y a plusieurs types de bois : le noble, l’exotique et le non noble", explique-t-il, avant de conclure : "Grâce à notre invention, nous évitons le gaspillage de bois de piètre constitution pour le transformer en bois d'excellente qualité."

Réel besoin de logement

Cette transformation tombe à pic en France, premier pays producteur de bois sur pieds, "mais dernier pays à l'utiliser". Et qui, en outre, répond à un réel besoin de logement : 
 
"Demain, avec la croissance démographique, il va falloir loger encore plus de personnes. Il est essentiel de penser à des constructions plus saines et plus respectueuses de la planète."

Une initiative prometteuse à l’heure où la population des villes augmente exponentiellement. Selon l’ONU, plus de 180 0000 personnes y naissent chaque jour.




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