Société-Économie

Cette coopérative belge veut donner des droits aux auto-entrepreneurs français

I Publié le 13 Mars 2018

La coopérative de travailleurs SMart, née à Bruxelles il y a vingt ans, permet à des entrepreneurs de bénéficier d'avantages sociaux tout en restant indépendants. Un modèle intéressant pour contrer la précarité imposée par les plateformes numériques.


Chaque année SMart organise une assemblée générale. Ici l'assemblée générale en juin 2017 (Crédit : SMart)
Chaque année SMart organise une assemblée générale. Ici l'assemblée générale en juin 2017 (Crédit : SMart)
1,1 million. C'est le nombre  d'auto-entrepreneurs en France. Autant de travailleurs livrés à eux même pour les démarches administratives et juridiques ou dépendant de plateformes web, à l’image d’Uber, pour obtenir du travail. Et qui doivent reverser jusqu'à 30 % de leurs revenus à ces plateformes, sans bénéficier des avantages sociaux de salariés traditionnels.
 
Mais profiter de la protection sociale du salariat tout en gardant la liberté d’un indépendant est possible. Des coopératives et associations accompagnent les entrepreneurs dans leurs projets. C’est le cas de SMart  (Société Mutuelle des artistes). Depuis vingt ans, cette coopérative, créée en Belgique, aide les entrepreneurs à monter leurs projets et leur apporte des droits sociaux. Elle est aujourd’hui présente dans 9 pays d’Europe et possède pas moins de 15 antennes en France.

Les membres de SMart déterminent démocratiquement quels services ils souhaitent développer (Crédit : SMart)
Les membres de SMart déterminent démocratiquement quels services ils souhaitent développer (Crédit : SMart)
Contrairement à ce que son nom semble indiquer, SMart n’est pas réservée aux artistes.
Cette dernière propose aux auto entrepreneurs de prendre en charge leur gestion administrative, comptable et financière. La coopérative prélève en retour 8,5 % des prestations pour ses frais de gestion. Cet argent est ensuite réinvesti dans différents services. Par exemple dans la garantie de garder un revenu quoi qu’il arrive, une couverture assurance, un accompagnement individuel personnalisé, ou encore l’avance de frais. 
 
Cette coopérative belge créée en 1998 à Bruxelles compte aujourd’hui 100 000 membres. En plus des services administratifs, la coopérative organise sorties et rencontres entre les "SMarties", le nom donné en Belgique aux sociétaires de SMart. 

Coopérativisme de plateforme

SMart s’inscrit aujourd’hui dans un large mouvement plus récent, celui des coopératives de plateformes. Apparu en 2015 à New York, ce mouvement entend remplacer les plateformes actuelles capitalistes par des coopératives démocratiques regroupant travailleurs indépendants et consommateurs.
 
Si SMart n’est pas une plateforme à proprement parler, la coopérative aide tous types d’entrepreneurs. Elle appuie donc toutes les initiatives de création de plateformes éthiques qui lui sont soumises par ses sociétaires. Elle fait d’ailleurs la promotion du mouvement des "platform coop" auprès des SMarties lors des "Midismart", des rencontres organisées entre sociétaires.

Assemblée générale de SMart de juin 2017 (Crédit : SMart)
Assemblée générale de SMart de juin 2017 (Crédit : SMart)
À l'origine du coopérativisme de plateformes, on retrouve Trebor Scholz et Nathan Schneider. Le premier est chercheur et travaille sur l’impact du numérique sur les travailleurs, le second est journaliste et couvre à l'époque le mouvement Occupy Wall Street. Ensemble, ils organisent en 2015 une conférence dénommée "Platform Cooperativism" sur les modèles économiques alternatifs à l’ubérisation. Cette initiative les propulse rapidement à la tête d'un vaste mouvement qui entend remettre en cause l'accaparement des richesses par les plateformes capitalistes.

"On a été accueilli avec le tapis rouge à New York " s’amuse Frizia Donders, membre de la coopérative de travailleurs de SMart en Belgique. SMart y avait été invité en novembre 2017 pour être présenté lors de la conférence “The People’s Disruption: Platform Co-ops for Global Challenges à la New School de New York.

Un des questionnements de ce séminaire était de savoir s’il était possible de rester une coopérative à grande échelle. Difficile en effet de rester une entreprise démocratique quand on rassemble des milliers, voire à terme des millions d'utilisateurs. Le modèle de SMart semble montrer que c’est possible.
 













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