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Changement climatique : un bateau-hôpital solaire au secours des victimes

Par Anaïs Marechal I Publié le 17 Août 2018

L'association HumanityShip a imaginé un bateau électrique zéro carbone pour améliorer les soins des populations insulaires, premières victimes du réchauffement climatique. Avant le premier prototype prévu en 2025, l'équipe va démontrer son concept en Polynésie dès l'année prochaine.


Les îles en développement seront les premières victimes du réchauffement climatique selon l'OMS (crédits : Stefano Ember / Shutterstock).
Les îles en développement seront les premières victimes du réchauffement climatique selon l'OMS (crédits : Stefano Ember / Shutterstock).
L'Aquarius  sillonne les eaux de la Méditerranée pour venir en aide aux migrants. HumanityShip lui viendra améliorer l'offre de soin des populations insulaires isolées, premières victimes du réchauffement climatique. Tout en participant à la transition énergétique en intégrant des solutions de propulsion propres : panneaux photovoltaïques, aile de traction et surtout pile à hydrogène. L'association, créée en novembre 2017 par quatre personnes – un médecin, une ingénieure environnement, un ingénieur naval et un directeur artistique – espère commencer ses premières missions dans le Pacifique en 2025.
" L'idée a germé pendant un voyage en voilier en 2016 dans l'Atlantique, raconte Benno Fournier, fondateur du projet et interne en médecine en région parisienne. Avec mes amis, nous avons constaté qu'il y avait un besoin qui concerne les populations isolées accessibles par la mer. "

Navire-hôpital pour populations isolées

Leur but ? Faire accoster leur navire-hôpital dans les îles en voie de développement et les zones côtières isolées. "Les experts constatent que les changements climatiques vont toucher en premier ces zones", explique-t-il. D'après l'Organisation Mondiale de la Santé , 250 000 décès supplémentaires par an sont attendus entre 2030 et 2050 à cause de la dégradation de l'accès à l'eau potable, la nourriture ou encore de l'augmentation de certaines maladies comme le paludisme ou la dengue. Et la protection des petits États insulaires en développement est une priorité : fin 2017 lors de la COP23, l'OMS a lancé une initiative pour les protéger des conséquences sanitaires liées aux changements climatiques .

Un cerf-volant automatisé d'une surface de 50m2 permettra de réduire les dépenses énergétiques et d'augmenter la vitesse du navire (crédits : VALEU DESIGN, Florent PEETERS / ENSTA Bretagne).
Un cerf-volant automatisé d'une surface de 50m2 permettra de réduire les dépenses énergétiques et d'augmenter la vitesse du navire (crédits : VALEU DESIGN, Florent PEETERS / ENSTA Bretagne).
HumanityShip pourra intervenir dans le cadre de missions d'urgence à la suite d'une catastrophe sanitaire ou naturelle. "Nous voulons que le bateau soit le plus polyvalent possible, mais notre objectif principal est d'autonomiser les populations : le programme doit pouvoir continuer lorsque le bateau sera parti", détaille le fondateur. Comment ? Embarquant un équipage d'une trentaine de personnes, le bateau restera dans un archipel pour une durée de 3 à 5 ans. Il pourra renforcer les systèmes de soin déjà en place, en formant les locaux et en apportant du matériel.
"Nous voulons développer les soins à terre en apportant des conteneurs transformés en maternités par exemple."
Mais le bateau contiendra également une zone de 200 m2 modulable, qui sera aménagée en fonction du type de mission humanitaire. "Cet espace pourra devenir un bloc opératoire pour des programmes d'ophtalmologie, ou un espace de consultation pour des soins primaires." Les soins seront payants, souvent une unité symbolique de la monnaie locale.

Matériaux recyclés et zéro énergie fossile

Pour ne pas empirer le problème, le bateau sera écolo. Pas étonnant quand on sait qu'un paquebot pollue autant qu'un million de voitures, et que si rien n'est fait 17 % des émissions de gaz à effet de serre proviendront du trafic maritime en 2050 . Alors le bateau sera conçu de préférence avec des matériaux non polluants, recyclés et recyclables. Avec zéro énergie fossile à bord. La propulsion sera électrique, basée sur un mix énergétique : aile de traction intelligente, 700 m2 de panneaux solaires à très haut rendement et une pile à hydrogène. "Certaines technologies sont émergentes (ndlr : comme le bateau Energy Observer qui fonctionne à l'hydrogène), avoue Benno Fournier. On veut mettre en pratique ces innovations, qui seront utilisables dans 2 à 5 ans."

La navire embarquera 4 conteneurs chargés de 10 tonnes chacun, et l'opération de chargement-déchargement pourra s'effectuer sans aide extérieure à l'aide d'une cale et d'une barge de manutention (crédits : VALEU DESIGN, Florent PEETERS / ENSTA Bretagne).
La navire embarquera 4 conteneurs chargés de 10 tonnes chacun, et l'opération de chargement-déchargement pourra s'effectuer sans aide extérieure à l'aide d'une cale et d'une barge de manutention (crédits : VALEU DESIGN, Florent PEETERS / ENSTA Bretagne).
La faisabilité du projet, chiffré à plusieurs millions d'euros, et notamment son rendement énergétique, a été démontrée par l'École nationale supérieure de techniques avancées de Bretagne.
 
Aujourd'hui l'équipe souhaite éprouver le concept. Courant 2019-2020, ils vont tester un modèle réduit du navire-hôpital en Polynésie. Le temps de développer un modèle économique : "Nous voulons nous intégrer dans un consortium d'ONG plus importantes pour lever des fond et financer le fonctionnement annuel." Ils espèrent répondre aux problématiques concrètes du réchauffement climatique. Rendez-vous en 2025 sur le premier bateau-hôpital écolo.













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