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Comment passer au zéro déchet quand on est jeune, étudiant et fauché ?

Par Juliette Mantelet I Publié le 9 Février 2018

We Demain a rencontré Léa, étudiante de 23 ans. Depuis quelques mois, elle essaye de réduire ses déchets, et raconte les petits changements de son quotidien.


Léa, 23 ans, avec ses courses presque zéro déchet et ses baguettes en verre réutilisables pour déguster ses sushis (Crédit : Juliette Mantelet)
Léa, 23 ans, avec ses courses presque zéro déchet et ses baguettes en verre réutilisables pour déguster ses sushis (Crédit : Juliette Mantelet)
"Il ne faut pas vouloir tout faire d’un coup. Il faut faire petit à petit, d’abord on ne prend plus de paille avec son cocktail, puis on privilégie les emballages en carton, puis on passe au savon solide, et enfin on va dans une boutique en vrac." - Léa
Adopter le zéro déchet, c'est avoir pour objectif de réduire son impact écologique, en ne produisant plus de déchets qui ne soient pas recyclables ou compostables. Cela entraîne donc de repenser sa façon d'acheter et de consommer, et bien souvent, on croit alors que passer au zéro déchet va coûter plus cher, prendre du temps, et nécessiter beaucoup de place.

Léa, étudiante, n’est pas de cet avis : son changement de vie s'est fait facilement, grâce à une bonne organisation, et quelques astuces qu’elle nous a confiées. Actuellement en année de césure entre ses deux années de Master en santé publique, et malgré une année chargée, entre cours de théâtre, job de vendeuse et préparation d'une mission humanitaire sur la préservation de la culture Ashaninka au Pérou, elle trouve le temps de vivre en zéro déchet. Et depuis, plus de retour possible : "Maintenant j’ai l’impression d’avoir un radar qui me crie : attention plastique !"

Pourquoi être zéro déchet ?

Avant de passer à l’action, en octobre 2017 - jour de ses premières courses en vrac-  il y a d’abord eu une longue phase de prise de conscience et de recherches. Elle raconte en souriant avoir puisé de nombreuses informations dans le livre de la famille presque zéro déchet, évidemment acheté de seconde main. Ce sont aussi des films et documentaires qui lui ont donné le déclic, comme le film Demain, ou le documentaire Solutions locales pour un désordre global
 
Elle s’est aussi rendu compte de l’impact du plastique sur les civilisations qu’elle étudie.
"Quand on voit le plastique arriver dans des zones comme l’Amazonie et bouleverser les modes de vie, on réalise que notre monde pose problème."
Autre source d'indignation : le gouvernement actuel, "qui ne fait pas de l’écologie et de la protection de l'environnement sa priorité". La jeune femme a donc voulu faire un geste à son échelle… "En tant que consommateur on peut influer sur le mode de production par notre manière de consommer. Le choix des consommateurs est très observé et étudié, donc on peut agir par ce qu’on achète".

Les bocaux en verre de sa cuisine (Crédit : Juliette Mantelet)
Les bocaux en verre de sa cuisine (Crédit : Juliette Mantelet)

Comment faire ses courses ?

"Le premier combat à mener c’est les courses", explique-t-elle. Et bien vite, un constat s’est imposé : il est difficile de réduire la consommation de plastique en allant dans les supermarchés traditionnels.
"Chez Carrefour, le moindre truc est emballé sous plastique. Je voulais changer, mais je ne pouvais pas. Et même dans les magasins bio, c’est fou de voir que le plastique y est aussi omniprésent. Il faudrait un vrai changement là-dessus !"
Alors, une seule solution possible : le vrac. Et avec le vrac, vient le besoin d’adopter une bonne organisation, et l’acquisition d’un peu de matériel. Un "kit de courses" un peu particulier, avec par exemple un cabas en tissu recyclé, contenant des emballages réutilisables. Léa ne sort jamais sans de petits sachets en tissu faits main et des bocaux en verre. "Et tout cela ne coûte rien" : il suffit de réutiliser des contenants en verre et de fabriquer des sachets à partir de n’importe quel tissu, une vielle serviette, un torchon, un vêtement usé…
 
En France, le vrac est encore loin d’être démocratisé. La consommation en vrac n’est en effet utilisée que par 1,5 % des Français. Pourtant, il revient souvent moins cher affirme l'étudiante, "puisqu’on ne paye pas l’emballage des produits", et "on y trouve vraiment de tout", même des croquettes et de la litière pour son chat. Pour les produits frais, elle se rend chez les commerçants de son quartier, fromager, primeurs, charcutier, toujours avec son sac de course et ses contenants réutilisables.

Le "kit courses" de Léa, boîte réutilisable, sacs en tissu... (Crédit : Juliette Mantelet)
Le "kit courses" de Léa, boîte réutilisable, sacs en tissu... (Crédit : Juliette Mantelet)

Le coin salle de bain de Léa, savon et shampoing solides, coton lavable... (Crédit : Juliette Mantelet)
Le coin salle de bain de Léa, savon et shampoing solides, coton lavable... (Crédit : Juliette Mantelet)

Et dans la salle de bain ?

Moins facile côté salle de bain. Léa n'a pas encore réussi à supprimer le plastique de son maquillage, et va donc bientôt confectionner ses propres produits. Et pour le reste, au lieu de trois cotons par soir, un coton lavable, un 
gant en crin pour remplacer le gommage, et une petite boîte en métal lui permettant de transporter son savon et son shampoing en pain. Elle a même un dentifrice solide...

Les produits de beauté de Léa (à gauche), et ceux de sa coloc, ne vivant pas en zéro déchet (à droite) (Crédit : Juliette Mantelet)
Les produits de beauté de Léa (à gauche), et ceux de sa coloc, ne vivant pas en zéro déchet (à droite) (Crédit : Juliette Mantelet)

Comment y arriver en tant qu'étudiant ?

Consciente de la difficulté d’essayer de réduire ses déchets quand on est étudiant, la jeune femme nous confie quelques astuces qui l’aident dans sa vie de tous les jours sans déchet.
 
Pour les repas quand on a peu de temps : des applications comme Too good to go, "très pratique" puisque l’on y trouve des plats pas chers, à des heures tardives. Petite précision, "évidemment, quand on va récupérer son plat on y va avec une boîte réutilisable". Dès qu’elle prend à emporter, elle passe prendre les plats elle-même en amenant son propre contenant, "et pour les sushis, petit conseil, passez aux baguettes en verre !" 
 
Elle qui n’a pas acheté de vêtements neufs depuis cinq mois, conseille de faire un tour sur Vinted, où l’on trouve de nombreux vêtements en seconde main. "Pour les étudiants la seconde main c’est génial, c’est beaucoup moins cher que la fast-fashion. Ça défie toute concurrence !" Elle se tourne aussi vers l'occasion pour ses meubles et ses appareils électroniques, avec l’application Geev par exemple.
 
Pour les cadeaux, elle conseille là aussi de privilégier la seconde main, et petite astuce, emballer ses cadeaux dans du papier journal.

Stop aux pailles avec les cocktails (Crédit : Pixabay)
Stop aux pailles avec les cocktails (Crédit : Pixabay)
Dans la vie de tous les jours, il faudra toujours refuser les tickets de caisse, et ne pas oublier de préciser en commandant son cocktail qu’on le veut sans paille, mais avec une petite cuillère. À l’Université, penser à refuser le sachet plastique proposé systématiquement avec les sandwichs, ou amener ses propres plats pour le déjeuner.
 
Léa organise souvent des soirées, comme tout étudiant qui se respecte, dans ces cas-là, les chips sont bannies et elle essaie au maximum de cuisiner elle-même. Pour les bouchons des bouteilles en verre, elle s’en sert ensuite comme cale porte ou jouet pour son chat. Et dans la vie en général, elle essaie désormais de plus cuisiner. "C’est super rentable, je cuisine 30 min le soir devant une série, et j’ai mon repas pour le soir et de quoi emmener le lendemain midi et sans déchet !". Et puis sinon, elle ajoute qu’on peut toujours "se faire des pâtes quand on la flemme" mais en les achetant en vrac. "Quoiqu’il arrive, cela revient toujours moins cher que les plats tout faits".
 
"ll faut aussi savoir se débarrasser, aller à l’essentiel". Pas besoin de trois crèmes, mais d’une vraiment efficace. Pour le ménage, elle fait tout avec un seul produit, du vinaigre blanc dans une bouteille en verre avec un torchon qu’elle réutilise. "Et en faisant ainsi on fini par faire des économies finalement car on achète moins, et ce qu’on achète on l’utilise vraiment."

Quelques exemples de prix en vrac dans un magasin bio (Crédit : Léa Barlier)
Quelques exemples de prix en vrac dans un magasin bio (Crédit : Léa Barlier)

Comment trouver le temps, la place, l'argent ?

Pour ce qui est de la place, la jeune apprentie écolo tranche vite la question puisqu’elle vit dans un appartement de 30m2 avec une colocataire qui ne fait pas le challenge zéro déchet et un chat. Peu de place donc, et elle affirme en avoir même gagné depuis qu’elle a commencé à vivre en zéro déchet. "On finit ce qu’on a avant de racheter, on fait du tri, et finalement petit à petit on gagne de la place", explique Léa.
 
Elle admet qu’il faut être organisé, par exemple avoir suffisamment de boîtes. Mais précise que, selon elle, il suffit d’un mois pour s’habituer. Après ce temps d’adaptation, on prévoit plus ce dont on a besoin, ce qu’on va manger et on gagne du temps. "Oui c’est sûr il faut aller dans plusieurs magasins mais on mange beaucoup mieux" ajoute-t-elle immédiatement. "Tout ce qu’on mange a beaucoup plus de goût et produit moins de déchets". Elle nous raconte une petite anecdote : à sa dernière soirée, quand elle a fait des pâtes, tous ses amis lui ont dit qu’elles étaient bien meilleures.

Les courses presque zéro déchet, bouteilles en verre, carton... (Crédit : Juliette Mantelet)
Les courses presque zéro déchet, bouteilles en verre, carton... (Crédit : Juliette Mantelet)

Et combien ça coûte ?

Léa fait une concession, "les magasins frais c’est un peu plus cher mais au moins, je sais de quel producteur viennent mes produits". Mais elle précise qu’en faisant plus attention à ce qu’on consomme - manger les restes au lieu de commander autre chose, choisir des fruits et légumes de saison que l’on paye ainsi moins cher - on économise vite de l’argent.

En tant que jeune, elle souhaite aussi faire passer un message à ses camarades étudiants :
"C’est normal de penser aux prix, et au temps quand on est étudiant. Mais le zéro déchet, c'est simplement aller dans plusieurs magasins au lieu d’un unique supermarché et ainsi faire vivre son quartier et soutenir les petits commerçants. En consommant local, on encourage le local. C’est très important de soutenir les petits producteurs qui se battent contre les multinationales proposant des prix intenables pour eux. Et s’il l’on y réfléchit un peu, les prix cassés révèlent un coût social et écologique : ouvriers sous payés, terres agricoles appauvries par les pesticides, une biodiversité de plus en plus réduite et des déchets plastiques énormes qui se retrouvent dans les océans ou sous la terre." 
Quelques chiffres en vrac : pour les courses ordinaires, elle dépense 40 € par semaine, et avec un peu de viande ou de poisson, 50 €. Dans son magasin bio par exemple, Les Nouveaux Robinson, les Penne Rigate bio coûtent 2,50 € le kilo (les Barilla chez Monoprix coûtent 2,14 € le kilo) et le muesli 5 céréales en vrac, 4,57 € le kilo (contre 6,58 € le kilo pour des Jordans chez Monoprix).

Bientôt des consignes pour les bouteilles en plastique ? (Crédit : Pixabay)
Bientôt des consignes pour les bouteilles en plastique ? (Crédit : Pixabay)

Quel bilan ?

Aujourd’hui Léa ne produit quasiment plus aucun déchet plastique. Ses seuls déchets sont le carton, le verre et des épluchures et déchets alimentaires. Pour ces derniers, elle compte bientôt investir dans un lombricomposteur qu’elle aimerait partager avec ses voisins.
 
Un regret d’ailleurs le mauvais traitement des déchets à Paris, bien loin du modèle allemand, où les bouteilles sont consignées et où l’on gagne des bons d'achat en recyclant les déchets plastiques. Justement, il y a quelques jours, le gouvernement français a annoncé qu’il souhaitait relancer la consigne sur les bouteilles en plastique. Un premier pas, peut-être, vers une meilleure gestion des déchets.





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