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Comment une petite ville de Finlande a réduit de moitié l'obésité infantile en cinq ans

Par I Publié le 14 Décembre 2016

Alors qu'elle augmente partout dans le monde, à Seinäjoki, un programme sanitaire et social a permis de faire passer l'obésité des enfants de moins de sept ans de 14 % à 8 % en cinq ans. Et ce, sans passer par des régimes drastiques et des gadgets onéreux.


À Seinäjoki, moins d'enfants souffrent de surpoids ou d'obésité grâce au programme Lihavuus laskuun. (Crédit : Vikvarga/Pixabay)
À Seinäjoki, moins d'enfants souffrent de surpoids ou d'obésité grâce au programme Lihavuus laskuun. (Crédit : Vikvarga/Pixabay)
Sans régime drastique, sans gadget onéreux, elle a réalisé un petit miracle : la petite ville de Finlande Seinäjoki, 60 000 habitants, a réduit l’obésité et le surpoids infantiles par deux en cinq ans. En 2011, 14 % d’enfants de moins de sept ans y étaient en situation de surpoids.

En 2015, ils n'étaient plus que 8 %. Et ce, alors que partout dans le monde, l’obésité augmente . Selon l'Organisation mondiale de la santé, 41 millions d'enfants de moins de cinq ans sont en surpoids, voire obèses, soit 6 % de cette classe d'âge. En 1990, ils n'étaient "que" 32 millions. 

Cette tendance à la surcharge pondérale inquiète : elle peut provoquer des troubles cognitifs, de l'asthme, des pathologies comme le diabète, les maladies cardiovasculaires ou respiratoires, voire même l'infertilité. Pour autant, jusque ici, aucune technique ou régime miracle n'a encore réussi à l'endiguer durablement.

C'est l'obésité qui, en 2013, dans la région Etelä-Pohjanmaa - à laquelle appartient la commune de Seinäjoki -  a été identifiée comme la cause de la hausse des cas de diabète de type deux. Alerté par les autorités sanitaires d'Helsinki, les représentants des institutions communales de Seinjäjoki se sont alors rassemblées pour mettre au point un programme. Verdict, trois ans plus tard ? Les résultats sont si bons, que même ses instigateurs se disent surpris.

(Crédit : Google Maps)
(Crédit : Google Maps)

Des réseaux d'écoute et de conseils pour femmes enceintes

Baptisé "Lihavuus laskuun", ce qui signifie "réduire le surpoids" en finlandais, le succès de ce programme intéresse le monde entier. Depuis un an, la commune reçoit régulièrement des délégations étrangères. Séoul, capitale de Corée du Sud, a annoncé vouloir l'appliquer, et de nombreuses communes finlandaises également. À Seinäjoki, il sera encore au moins appliqué jusqu'en 2020.

Comme toute recette qui fonctionne, le projet repose sur des ingrédients multiples. Et il ne s'adresse pas seulement aux enfants, mais aussi à leurs parents. Ses concepteurs ont d'abord voulu exploiter un outil déjà existant : les séances de conseil gratuites, qui existent dans tout le pays. Un service utilisé par 99 % des Finlandais, explique la conseillère et ancienne infirmière Liisa Mikkola, interrogée par le Spiegel. L'idée ? Accompagner les jeunes parents et leur progéniture, de la période de grossesse à la petite enfance.

La façon dont se nourrit une femme et dont elle se comporte pendant la grossesse influence la santé future de l'enfant, selon Liisa Mikkola. Parmi les séances proposées, des consultations diététiques ont lieu dans des centres de santé, mais aussi à domicile et dans les écoles, en collaboration avec les infirmiers. Chaque établissement compte le sien.

En plus de s'appuyer sur ce dispositif, la ville a mis en place un "directeur de promotion de santé" pour coordonner le programme à ses différents niveaux. Et assurer au mieux le suivi des dossiers.

Hoverboards, barres de gymnastique et paniers de basket

En Finlande, chaque enfant se rendant à l'école a le droit à un repas gratuit par jour. À Seinäjoki, où presque chaque établissement scolaire participe au programme Lihavuus laskuun, les cantines ont réduit la quantité de sel et de gras dans leurs plats. Les sucreries et gâteaux d'anniversaire sont désormais interdits dans certaines écoles maternelles, les goûters et snacks proposés contiennent moins de sucres, et dans certains distributeurs, on trouve des fruits frais et du xylitol, un substitut du sucre à l'écorce de bouleau, connu pour ses propriétés protectrices de caries et conseillés par les dentistes membres du programme.

Par ailleurs, dans certaines classes des hoverboards, barres de gymnastique et paniers de basket ont remplacé les pupitres. Dans celles où les bureaux existent toujours, on a ajouté des tapis de sol, des balles de gym, des tables réglables, des canapés et des coins repos. Les élèves peuvent passer de l'un à l'autre pendant les cours. Les enseignants débutent leurs leçons avec des jeux de mouvement adaptés aux questions et aux matières traitées. Et pendant les récréations, les enfants ont le droit de faire du vélo ou du skateboard, munis d'un casque. Plus d'agitation dans la cour, donc, mais plus de calme en classe.
 
"Le calme pour travailler et apprendre est essentiel. Mais quand, entre temps, on peut bouger, la capacité de concentration augmente", témoigne Timo Jouppila, maître d'école en grande section.

Une opinion qui n'a pas toujours été partagée tout de suite par les enseignants. Avant d'entrer dans les moeurs. À Toukolanpuiston, l'une des écoles engagées dans le programme, les profs ont revu ensemble les règles qu'ils faisaient appliquer au sein de leur établissement. Ils ont constaté que certaines des interdictions faites aux enfants l'étaient uniquement par confort pour les enseignants, sans avantage pédagogique pour les enfants.

Améliorer le bien-être des enfants

"Pour les enfants, il est naturel de bouger - ce n'est pas très dur de les y amener", abonde Pauliina Suvisalmi, la directrice de l'école maternelle Tikkuvuori. "Il ne faut pas toujours leur demander de ne pas courir ou de rester calmes. Les courses et le mouvement sont autorisés ! Notre devoir est bien davantage de garantir que le contexte pour s'y adonner soit sécurisé." 

Pour elle, comme pour les autres participants à Lihavuus laskuun, le programme sert désormais surtout de prétexte à améliorer le bien-être des enfants. Pour l'heure, ils semblent y parvenir. Et ce, sans aide financière de l'État, mais grâce à une coordination intelligente des acteurs impliqués.
 






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