Politique

Convention citoyenne pour le climat : "Maintenant, c’est aux politiques de faire leur travail"

Par I Publié le 23 Juin 2020

Après 9 mois de travail, la Convention citoyenne pour le climat vient de voter 149 propositions soumises au gouvernement pour lutter contre le réchauffement climatique. Nous avons repris contact avec Grégoire Fraty, l’un des citoyens tirés au sort que nous avions interviewé au lancement de l’Assemblée. Il nous raconte son expérience.


Grégoire Fraty est l'un des citoyens tirés au sort pour participer à la Convention Citoyenne pour le Climat. Il faisait partie du groupe de travail "Se loger". (Crédit : Katrin Baumann / Convention citoyenne pour le climat)
Grégoire Fraty est l'un des citoyens tirés au sort pour participer à la Convention Citoyenne pour le Climat. Il faisait partie du groupe de travail "Se loger". (Crédit : Katrin Baumann / Convention citoyenne pour le climat)
Le dernier week-end de travail de la convention citoyenne, réunissant 150 citoyens tirés au sort, vient de s’achever. Rassemblés depuis 9 mois et répartis en divers groupes de travail (se déplacer, se loger, consommer, produire/travailler, se nourrir), leur objectif était de formuler des propositions afin de lutter contre le réchauffement climatique. L'objectif : réduire d’au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre françaises à l'horizon 2030. 
 
Finalement, 149 propositions ont été votées et soumises au gouvernement, une seule ayant été rejetée à 65 % par l’assemblée (réduction le temps de travail à 28h au lieu de 35h par semaine).
 
Parmi les mesures proposées : le développement de modes de transport alternatif à la voiture individuelle, le passage de 130 à 110 km/h sur l’autoroute, la légifération sur le crime d’écocide, des obligations pour les propriétaires quant à la rénovation énergétique des bâtiments, la régulation de la publicité, la modification du premier article de la Constitution française afin d'y inscrire la lutte contre le réchauffement climatique, le développement de l’agro-écologie…

Au lancement de cette expérience, We Demain avait interviewé Grégoire Fraty, trentenaire, Normand, secrétaire général de la Fédération Nationale des UROF (Unions Régionales des Organismes de Formation), qui faisait partie des citoyens tirés au sort. Aujourd’hui, il nous raconte le travail accompli et les étapes à venir.
   
  • We Demain : Que retirez-vous de votre expérience au sein de la Convention ? Que va-t-il se passer maintenant ? 
  
Grégoire Fraty :
C’était assez intense, et crescendo. Au début, on ne savait pas vraiment ce qu’on allait faire, comment ça allait se passer. Puis, on a pris nos marques, on a pris en confiance aussi et on a compris que ça pouvait fonctionner.
 
Mais ce n’est pas fini ! La prochaine étape c’est l’Élysée, le 29 juin. Nous nous sommes aussi constitués en une association, "les 150", pour assurer le comité de suivi de nos mesures, voir ce qui passe dans la loi, de quelle manière, suivre les financements, et pour nous assurer que nous ne sommes pas instrumentalisés. 
    
Oui, je suis particulièrement fier de l’intelligence collective dont nous avons fait preuve. Je savais que ça allait être une expérience géniale, mais je me posais beaucoup de questions sur le fait de travailler aussi longtemps avec des gens que je ne connaissais pas. Finalement, le boulot est fait, et surtout, bien fait. 
 
  • Le rapport final a été visé par plusieurs critiques. Certains lui reprochent un manque d’audace, d'autres contestent par exemple la mesure de limitation de vitesse à 110 km/h sur autoroute. Que leur répondez-vous ? 
  
Ce débat vient confirmer que nous étions bien représentatifs de la société ! La mesure sur les 110 km/h faisait même débat entre nous, elle a été la moins bien votée. Les autres mesures ont davantage fait consensus. 
 
D’un côté on parle de "manque d’audace" et de l’autre de "dictature verte". Finalement, je me dis qu’on doit se trouver au milieu, que l’équilibre est là. 
      Il est vrai que nous n’avons jamais autant entendu parler du monde d’après et de l’écologie que pendant le confinement. La question environnementale s’est posée plus que jamais, mais n’a pas révolutionné tous les états d’esprit non plus. La voiture a vite repris et les joggeurs ont vite disparu.
 
Cette période n’a pas révolutionné nos propositions. Elle a peut être donné plus de valeur à certaines, mais les mesures prises avant étaient bonnes. Nous voulions déjà relancer l’industrie automobile et aérienne de manière écologique, relocaliser l’alimentation… 
 
  • Au niveau personnel, vous n’étiez ni spécialement engagé, ni particulièrement écolo avant de faire partie de la Convention… Est-ce que cela a changé aujourd’hui ? Cette expérience vous a-t-elle donné goût à la politique ? 
   
J’ai eu une prise de conscience environnementale qui m’a frappé en pleine face ! J’ai réalisé beaucoup de choses, et aujourd’hui c’est presque un devoir de diffuser toutes les connaissances que j’ai acquises. 
 
Je ne suis pas quelqu’un d’engagé à la base, mais si, par exemple, je vois que ça artificialise [les sols] à côté de chez-moi, peut être que je m’engagerais, alors qu’avant j’aurais regardé cela d’un œil plus extérieur. Et si, dans 10 ans, nous en sommes toujours au même point, peut être que j’aurais envie de m’engager en politique.

Mais, pour le moment, ce n’est pas dans mes plans ! Mon objectif c’est que dans 6 mois, toutes les mesures soient adoptées et que l’on n’en entende plus parler. Aujourd’hui, c’est aux politiques de faire leur travail. 
 
Concrètement, ce qui a changé dans mon quotidien, c’est que je ne suis pas prêt de reprendre l’avion. Lorsque j’achète de la viande ou des légumes, je n’ai même plus besoin de réfléchir à la saison ou de me demander si c’est local ou non, c’est devenu automatique.

Je pense actuellement à changer de logement, la première chose que je regarde c’est le bilan énergétique… Au fur et à mesure, il y a eu de plus en plus de choses que j’étais capable de faire sans effort. J’aimerais que tout le monde réalise cela.
 
  • Seriez-vous pour une Convention citoyenne permanente qui accompagne le gouvernement ? 
  
Je pense que c’est bien ponctuellement, sur des thématiques précises. Sinon, je suis pour une transformation du CESE (Conseil économique, social et environnemental) en chambre de participation citoyenne. Mais il ne faut pas non plus déconnecter le citoyen de son essence. C’est bien que nous passions le relai à d’autres citoyens car, aujourd’hui, nos convictions sont plus orientées, plus ancrées. 
    
  • Justement, au niveau des citoyens, comment agir et continuer à participer auprès des membres de la Convention ? 
  
La Convention doit être l'affaire de tous. Si chacun s’approprie les mesures, en parle, va voir ses élus, les questionne sur leur positionnement, se rapproche des associations locales… c’est gagné !
 
 
Retrouvez les 149 propositions sur le site de la Convention Citoyenne.
 











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