Politique

Coronavirus : La Génération climat prépare le "Jour d’après"

Par Alice Pouyat I Publié le 8 Avril 2020

Confinement oblige, les manifestations et actions prévues ce printemps par les jeunes militants écologistes ont été annulées. Mais la Génération climat s'organise en ligne et prépare l'après-coronavirus.


Manifestation de jeunes militants écologistes à Turin, avec Greta Thunberg, en décembre 2019, avant l'épidémie de coronavirus. (Crédit : Shutterstock)
Manifestation de jeunes militants écologistes à Turin, avec Greta Thunberg, en décembre 2019, avant l'épidémie de coronavirus. (Crédit : Shutterstock)
C’était il y a un an, c’était une autre époque. Le 15 mars 2019, des jeunes de 123 pays défilent lors de la première grève internationale pour le climat. Depuis plusieurs mois déjà, ces grèves scolaires initiées par la Suédoise Greta Thunberg, ponctuées de slogans inventifs, font la Une des médias. Un mouvement qui semblait oeuvrer, alors que se multipliaient les rapports scientifiques alarmistes, à un réveil écologique. 
 
Un an plus tard, c’est avec une légère gueule de bois que se réveille cette "Génération climat". Du fait de la crise sanitaire, la grande marche anniversaire prévue à Paris le 14 mars en présence de Greta Thunberg a été interdite, comme d’autres mobilisations. "Un coup dur", reconnaît Antoine Piron, 19 ans, de Youth for Climate, branche française du mouvement Fridays for Future. Symbole ironique de cette déroute, la jeune Suédoise a confié sur Instagram avoir des symptômes du Covid-19
 
Comment la Génération climat sortira-t-elle de ces mois de silence imposés ? Désabusée ? Dispersée ? Regonflée à bloc ?
"Ce confinement est vécu comme un moment de réflexion pour faire évoluer notre stratégie, développer notre structure en interne et trouver un nouvel élan", résume Antoine Piron. 

Inventer de nouveaux modes d’action

Car ces jeunes écologistes – comme beaucoup de moins jeunes d'ailleurs – voient dans cette pandémie mondiale un appel au changement. 

"Cette crise donne un avant-goût de ce qui nous attend, celui d’un monde fragile, pas assez résilient, en proie à des dérèglements climatiques avec sûrement d’autres confinements à venir", souligne Olivier Truffinet du collectif étudiant "Pour un Réveil écologique". 
 
"Dans l’Histoire, il y a parfois des ‘ruptures’, des moments où ce qui était inimaginable peut être reconsidéré, plaide également Pauline Boyer, porte-parole du mouvement d’actions non violentes Alternatiba / ANV-COP21. Alors que nous expérimentons les conséquences d’une mondialisation néo-libérale détruisant l’environnement, les systèmes de santé et éducatifs, l’on peut espérer pour demain une société plus soutenable et plus égalitaire."
 
Mais comment repartir de l'avant ? Avant le confinement déjà, les grèves pour le climat s'essoufflaient, notamment en France. "Notre système scolaire est moins adapté à ces grèves que le système allemand par exemple car nous avons cours les vendredis après-midi", reconnaît Marin Bisson, 17 ans, autre militant de Youth for Climate. 
 
Les mobilisations des jeunes pour le climat, qui peuvent se vanter d’avoir marqué les esprits davantage que celles de leurs ainés lors de la décennie passée, on aussi déçu par leur peu de résultats immédiats. Si ces mobilisations ont sans doute participé aux bons scores des partis écologistes aux dernières élections (européennes et municipales), elles n’ont pas fait avancer au plus haut niveau les négociations climatiques. 
 
La Génération climat réfléchit donc à de nouveaux modes d’action. 

Formation et cyber-actions

Les rassemblements ayant été annulées, Greta Thunberg a lancé une grève en ligne sur les réseaux sociaux, via le #ClimateStrikeOnline. (Crédit : Instagram)
Les rassemblements ayant été annulées, Greta Thunberg a lancé une grève en ligne sur les réseaux sociaux, via le #ClimateStrikeOnline. (Crédit : Instagram)
Confinement oblige, elle s’organise notamment en ligne. ANV-COP 21 a ainsi lancé la page d’information Bouffée d’R, et initie cette semaine des tables rondes en visioconférence, ainsi que des formations "pour permettre aux gens de monter en compétence" pendant la crise. Son "camp climat" estival pourrait aussi se dérouler online cette année.
 
Youth for Climate France vient également de lancer un cycle de visio-conférences.
 
Le collectif "Pour un Réveil écologique", lui, profite du confinement pour promouvoir son Grand Baromètre, une enquête en ligne sur l’engagement des universités en matière d’écologie, et demander plus de cours sur la thématique.  
 

Désobéissance civile

Cibler davantage les entreprises, voilà l’autre priorité des jeunes activistes. Jeudi 2 avril, un défi à été lancé aux internautes par plusieurs associations : envoyer sur Twitter des photos des achats non essentiels encore possibles sur Amazon, "une entreprise qui cherche à profiter de la crise alors que ses activités participent à la destruction de l’environnement, aggrave les risques de maladie et détruit les emplois de proximité, tout cela sans payer ses impôts", lance Pauline Boyer. Objectif : demander au gouvernement la fermeture des entrepôts d’Amazon "et mettre les salariés à l’abri". 

Avant la crise, les activistes ciblaient surtout les "banques polluantes". En février ce sont les bureaux parisiens de BlackRock, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde qui avaient été couverts de graffitis par des militants de Youth for Climate France. Signe d’une radicalisation du mouvement ?
 
"La désobéissance civile sera demain l’une des nos priorités", assume Marin Bisson. 

Les militants se concentrent également sur les élections à venir. "On va se mobiliser pour encourager les jeunes à voter au 2e tour des Municipales, un échelon essentiel pour accélérer la résilience, en demandant aux maires d’intégrer les mesures réunies dans le Pacte pour une transition écologique ", promet Antoine Piron. 

"Cette crise a montré l’importance cruciale des réseaux de solidarité locale, sur lesquels il faut s’appuyer pour développer la relocalisation", plaide aussi Pauline Boyer.

Changer de modèle de société

Plus globalement, cette jeunesse entend plaider pour un changement de modèle de société. "Désormais, il s’agira moins d’appeler à des "éco-gestes" qu’à une remise en cause du système", précise Hugo Viel, ingénieur membre du réseau de jeunes écologistes CliMates. "On ne peut pas faire un plan de relance économique en s’appuyant sur le ‘business as usal’, sinon sur l’industrie bas-carbone, les nouvelles mobilités, les énergies renouvelables… Et aller vite car les lobbies du pétrole sont déjà à l’œuvre !" 
 
"Le jour d’après ne sera pas comme le jour d’avant a dit Emmanuel Macron et on le prend au mot. Il faut un plan de relance axé sur l’écologie et la justice sociale", ajoute Pauline Boyer. 
 
À quoi devrait ressembler précisément ce plan de relance ? "Nous allons défendre les travaux de la Convention Citoyenne pour le climat  qui élabore des propositions depuis des mois de façon démocratique, en consultant de nombreux experts", explique Hugo Viel. "Et nous ferons pressions sur le président pour qu’il en tienne compte comme promis."  Des conclusions attendues très prochainement. 
 
Dans les semaines à venir aussi devrait être signé un appel en commun de diverses organisations écologiques et solidaires pour "capitaliser sur cette crise et repartir mieux qu’avant". L'espoir de toute une "Génération climat" que risquerait de décevoir un retour à la case départ.





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