Planète

Cyril Dion : “Après le film Demain, des gens ont changé de vie”

Par I Publié le 6 Juin 2018

À l’occasion de la publication de son “Petit manuel de résistance contemporaine” chez Actes Sud, "We Demain" s’est entretenu avec le réalisateur, écrivain et romancier Cyril Dion sur les lendemains de son docu “Demain” et sur les stratégies à mettre en place pour faire face au réchauffement planétaire. Rencontre.


© Fanny Dion
© Fanny Dion
Cofondateur avec Pierre Rabhi du mouvement Colibris, et de la revue Kaizen, Cyril Dion écrit et co-réalise avec Mélanie Laurent Demain , César du meilleur documentaire en 2016.

Sorti dans une trentaine de pays et vu par plus de 1,2 million de spectateurs, ce film tend selon lui à "donner de l’énergie à chacun pour aller vers un monde plus intelligent" et tenter de résoudre les crises – écologiques, économiques et sociales – que nous connaissons. 

Sillonnant une vingtaine de pays pour accompagner le succès de ce premier long-métrage, le militant s’est interrogé sur l'ampleur des solutions qui sont à même de stopper la dégradation de notre Terre – destruction qui va toujours plus vite que la régénération !

  • We Demain : Vous dites dans votre nouvel ouvrage que vous avez passé des années à alerter et qu’aujourd’hui face à "un danger d’une ampleur comparable à celui d’une guerre mondiale", il faut changer de stratégie, pour engager une véritable "révolution". Expliquez-nous ce que doivent être ces récits pour gagner cette "bataille culturelle" ? 

Cyril Dion : Ces récits doivent intégrer trois critères. Le premier est celui qui permet de stopper la destruction de la biodiversité, le réchauffement de la planète et en gros la dégradation sociale et écologique en général. 

Deuxièmement, ces récits doivent permettre de créer la résilience des territoires. C’est faire de l’agriculture bien plus proche de là où on habite, produire l’énergie dans des circuits bien plus courts que ce que l’on connaît, avec des sources renouvelables. Permettant ainsi de préserver les écosystèmes. ça passe aussi par ré-enraciner aussi une partie de nos activités économiques. Ainsi, on évite que des grands groupes décident de délocaliser parce que ça coûte trop cher de produire en France. Et puis ça passe encore par des modèles démocratiques qui là aussi nous permettent de ne pas sombrer dans le chaos menace des GAFAM, par exemple], si d’aventure demain les choses se passaient mal.

Enfin, le troisième grand critère, c’est ce que j’ai appelé la régénération. La ferme biologique du Bec Hellouin en Normandie en est un bon exemple voir le film Demain. Dans cette ferme, les gens qui y travaillent se sont inspirés des écosystèmes, ils ont compris qu’ils devaient s’intégrer au vivant et travailler en bonne intelligence avec lui. Le modèle qu’ils ont mis en place crée de l’activité économique, des emplois, nourrit des personnes, et, dans le même temps, régénère la biodiversité. Il y a, je crois, plus de 8 000 espèces sur un hectare au Bec Hellouin qui permet de réenrichir les sols, donc de capter du CO2, d’utiliser moins de produits phytosanitaires… et de produire en gros sur 1 000 m2 ce que l’on produit sur un hectare avec toute la mécanisation. 

  • Quelles sont les suites à la sortie du film Demain, les réactions, les concrétisations que vous avez suscitées ?

Elles sont diverses et nombreuses, même si difficilement quantifiables. Elles sont racontées dans le documentaire Après Demain, qui sera diffusé sur France 2 en novembre de cette année. J’ai fait une tournée dans 19 pays, plus de 200 villes, durant près de deux ans… 

Des personnes se sont reconverties. Une Parisienne, qui travaillait dans une agence de publicité, après avoir fait une formation en agroécologie, a acheté un hectare en Ardèche, et s’est installée en maraîchage.

Une autre femme, elle, a décidé d’arrêter l’élevage intensif de vaches pour se mettre à la permaculture. Elle a même divorcé, car son mari ne la suivait pas. Des étudiants ont changé d’orientation. 

Des gens ont lancé des projets. Ainsi, une femme travaillant à La Poste a initié la culture de potagers sur les toits plats des centres de tri postaux. Philippe Wahl, le PDG de la Poste, enthousiasmée par la réalisation du premier d’entre eux , a déclaré qu’il serait souhaitable de reproduire cette réalisation à chaque fois que les conditions sont réunies.

Anne Hidalgo se revendique clairement de Demain comme étant une inspiration pour le plan climat de Paris – en fait à travers ce docu, ce sont les exemples de San Francisco, de Copenhague de Detroit, qui l’ont beaucoup inspirée.

  • Que vous inspire le rejet par l’Assemblée nationale dans la nuit du 28 au 29 mai 2018 de l’amendement sur l’interdiction de l’utilisation du glyphosate ? 

On a pas d’espace démocratique dans lequel on puisse avoir une véritable conversation sur les grandes orientations de la société. Il y a eu les États généraux de l’alimentation, mais on voit bien, pour en avoir discuter avec pas mal de gens qui y ont participé – tant au sein d’associations nationales que d’associations locales –, que les recommandations qui ont été faites ou les discussions qui ont eu lieu n’ont pas donné lieu ensuite à des choses qui sont vraiment dans les textes, ça a été rejeté.

Et j’ai quand même un certain nombre de témoignages concordants sur l’influence de la FNSEA sur les options qui ont été prises – ce qui n’est pas une surprise, puisque c’est comme ça depuis des années. Ce qui veut dire qu’on est dans une espèce de démocratie partielle qui se donne les dehors de la concertation mais qui, en réalité, continue à concentrer le pouvoir dans quelques mains, mains qui ont des intérêts à ce que les choses ne changent pas trop.

Or, on pourrait faire des choses formidables avec la démocratie. L’exemple irlandais sur le changement de la constitution pour permettre l’avortement en est une belle illustration… 
 





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