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Dans la Drôme, cette école participative forme les jeunes générations à l'écologie

Par Pauline Jallon I Publié le 31 Août 2016

Depuis septembre 2013, dans la Drôme, non loin de Die, l'école primaire Caminando repense les processus d'apprentissage, tout en conservant les contenus pédagogiques de l’Éducation Nationale. Une méthode qui privilégie le concret et donne la part belle à la nature et à l'écologie, loin des journées entières passées assis dans une salle de classe.


Les élèves de l'école Caminando suivent un cours à l'extérieur. (Crédit photo : Philippe Brulois)
Les élèves de l'école Caminando suivent un cours à l'extérieur. (Crédit photo : Philippe Brulois)
Ça se passe au cœur du pays diois, au pied des montagnes du Vercors. Dans la petite commune de Menglon, à une vingtaine de kilomètres de Die, l’école Caminando s’apprête à vivre sa quatrième rentrée scolaire. 19 élèves sont inscrits cette année ; c’est le maximum que puisse accueillir (pour l’instant) ce petit établissement. "Mais nous avons une liste d’attente d’au moins 80 personnes", précise Muriel Fifils, directrice et fondatrice de l’école.

Ouverte depuis septembre 2013, Caminando est une école primaire composée d’une seule classe multi-âges. Muriel Fifils, accompagnée d’une assistante, enseigne les programmes officiels, du CP au CM2. Mais rien à voir avec les méthodes préconisées par l’Éducation nationale : les enfants travaillent sur de longues périodes, tantôt du français, tantôt des maths, tantôt d’autres matières (mais faut-il encore parler de matière ?), le but étant d’approfondir au maximum et de donner du sens à l’apprentissage. "Par exemple, en mathématiques, on va appliquer en pesant des légumes."

En dehors des fondamentaux, de multiples ateliers sont proposés, comme du cirque, des sorties en montagne, un cours de philosophie où l'on aborde les multiples questions des enfants. Qu’est-ce que l’amour ? Pourquoi se met-on en colère ? Pourquoi l’homme existe ? On discute, on débat, on propose des solutions, on écoute les autres aussi. Invités à prendre une part active, les enfants sont responsabilisés, coopèrent, partagent. Apprennent à exister par eux-mêmes, tout simplement.

Ancrer l'apprentissage dans le concret

Pour tout l’enseignement, le credo est simple : rendre concret ce qui est appris. "Dans le système classique, les enfants enchaînent les matières sans logique : géographie, physique, musique, français. L’enseignement est complètement segmenté, ils n’ont pas de vision globale et le sens disparaît." C’est en travaillant en tant que professeure en collège et lycée que Muriel Fifils a eu l’envie d’un autre modèle éducatif. "Dès l’école primaire, les petits sont immobiles, assis toute la journée. J’ai voulu sortir de ça."

Et les résultats sont probants. Mis en confiance, les élèves sont motivés, en redemandent même. "Ils arrivent en courant le matin. Certains demandent parfois à dormir sur place. Nous l’avons fait une fois pour le départ des CM2 au collège, l’année dernière." Et poussés par cet élan, les élèves bouclent sans aucun problème les programmes officiels, et vont même au-delà. Contre toute attente, l’école devient un plaisir, le désir d’apprendre est bien là. C’est bien plus encore pour Muriel Fifils qui parle de "réussir à vivre ensemble à 20 toute la journée".

De fait, l’école Caminando a un fonctionnement horizontal : les premiers parents d’élèves ont contribué à la fondation de l’école, qui vit grâce aux donations, et à des frais mensuels de 100 euros par mois. Les parents contribuent également aux repas, grâce à un système de don/contre-don : en échange d’un repas cuisiné pour les 19 élèves, le parent cuisinier est invité à manger à l'école durant...19 journées.

La nature comme pivot de l'enseignement

Les enfants de l'école Caminando s'occupent des plants de tomates (Crédit photo : Philippe BRULOIS)
Les enfants de l'école Caminando s'occupent des plants de tomates (Crédit photo : Philippe BRULOIS)
Sur place, les enfants s’occupent eux-mêmes du ménage ainsi que de la vaisselle, et fabriquent eux-mêmes le pain. Ils s’occupent également du potager de l’école, qui leur fournit de quoi manger. Le jardinage fait d’ailleurs partie de l’enseignement, à raison de deux après-midi par semaine. Jean-Louis Peytoureau, formateur en agroécologie, y enseigne les techniques de la permaculture.

Surtout, Caminando axe son enseignement sur l’environnement au sens large : observation des insectes, des oiseaux, exploration des berges de la rivière. La nature a de quoi offrir dans cette petite commune rurale, et elle devient "un support pédagogique formidable", selon Muriel Fifils. L’idée pourrait (et devrait) faire des émules, à l’heure où un enfant sur trois ne sait pas distinguer un poireau d’une courgette, une figue d’un artichaut (selon une étude réalisée par l’Association santé environnement France sur 910 élèves de 8 à 12 ans).

À l’heure aussi où tout le monde parle d’écologie mais où l’éducation au durable à l’école n’est toujours pas dans les priorités des politiques. À sa manière, Caminando apporte sa réponse à la nécessaire transition écologique. Et interroge, par la même occasion, le modèle éducatif actuel.





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