Société-Économie

Dans un mois, Paris accueillera sa première monnaie locale et citoyenne

Par Hannibal Watchi I Publié le 17 Avril 2018

Le 12 mai 2018, Paris accueillera sa toute première monnaie locale complémentaire : la Pêche. L'association "Une Monnaie pour Paris !" travaille sur le projet depuis deux ans et demi et leurs efforts portent aujourd'hui leur "fruit".


Cinquante pêches, c'est comme cinquante euros, mais en cinquante fois mieux. (Crédit photo : MoPPa)
Cinquante pêches, c'est comme cinquante euros, mais en cinquante fois mieux. (Crédit photo : MoPPa)
Très bientôt, une nouvelle monnaie fera son apparition dans le porte-feuille des parisiens : la Pêche ! Témoin de son succès rencontré depuis son lancement à Montreuil en 2014, l'association "Une Monnaie pour Paris  !"  (MoPPa) s'est donnée pour objectif d'étendre cette monnaie locale complémentaire dans la capitale française. Ils annoncent aujourd'hui son lancement le 12 mai 2018.

La monnaie pourra être dépensée dans les commerces du 10e au 20e arrondissement (exceptés pour l'instant le 13e, 16e et 17e). Épiceries, restaurants, librairies indépendantes, AMAP, opticiens, comptables, imprimeurs... Au total, plus d’une centaine  d’entreprises partenaires ont acceptées d’être payées en Pêche et l'association espère signer l’accord avec une quarantaine d’autres commerces d’ici le lancement. Une charte  mettant en avant les valeurs de la relocalisation, de l'écologie, de la démocratie et de la solidarité devra alors être respectée.

Dans leur dernière ligne droite avant l’inauguration, l'association MoPPA a lancé une campagne de financement participatif  afin de récolter les fonds suffisants pour l’embauche d’un nouveau salarié et la location d’un local. Si le premier palier de 20 000 euros est dépassé, ils envisagent d’imprimer de nouveaux billets (actuellement 150 000 Pêches sont déjà imprimées, 1 Pêche valant 1 euro) et d'élaborer une monnaie électronique pour faciliter les échanges inter-entreprises.

Une monnaie inédite pour Paris

Aujourd’hui, il n’existe aucune capitale européenne qui possède une monnaie locale. Et pour cause : implanter une monnaie locale dans une ville de deux millions d’habitants n’est pas chose aisée, "Ici on a pas le droit à l’erreur, on a tous les projecteurs politiques et juridictionnels qui sont braqués sur nous" explique Lucas Rochette-Berlon, co-président de l’association MoPPa.
« Ce que l’on fait avec la Pêche c’est inédit. Plusieurs ont essayé avant nous et se sont cassés les dents. Nous on a voulu prendre le temps de construire quelque choses de solide ».
 L’association travaille depuis deux ans et demi sur des missions de prospection, de sensibilisation et de co-construction "pour pouvoir lancer la monnaie sereinement". Au fil des évènements, festivals, réunions publiques et conférences, la Pêche s’est transformée pour correspondre au mieux aux attentes des entreprises partenaires.

Les intérêts d'une monnaie locale complémentaire et citoyenne selon la MoPPa (Crédit : Moppa)
Les intérêts d'une monnaie locale complémentaire et citoyenne selon la MoPPa (Crédit : Moppa)

« Les monnaies locales complémentaires n’ont que des avantages »

Depuis 2010, une cinquantaine de monnaies locales sont apparues sur le sol français, et quatre-vingt autres sont en projet. L’engouement pour ce paiement alternatif s’explique par les nombreux avantages qu’il apporte à la société une fois bien implanté dans le mode de vie des consommateurs.

Lucas explique que l'utilisation d'une monnaie locale revitalisera les commerces indépendants et locaux, souvent soucieux de l'environnement en proposant des produits responsables. À long terme, cela permettra de relocaliser l'activité et ainsi augmenter le niveau de vie des consommateurs en leur permettant plus de pouvoirs d'achat pour s'orienter vers des produits locaux. "L'idée est de casser le cercle vicieux de ces 30 dernières années à savoir : on achète pas cher, on délocalise, on s'appauvrit et donc on achète toujours moins chers et on délocalise encore plus." En qualité de monnaie complémentaire, la Pêche ne remplacera pas l'euro :
"On défend l'idée de subsidiarité", rappelle le président de l'association. "Tout ce qui peut être produit localement (agriculture, biens, énergies et services de bases) peut s'acheter en monnaie locale. Ce qui a besoin d'être produit au niveau continental, typiquement une voiture, ça se fera en euro. L'euro sera toujours utile à l'entreprise pour payer les impôts et les taxes nationales, mais aussi payer une partie des salaires pour que les employés puissent voyager, etc..."
Enfin, la Pêche ne sera pas une monnaie fondante, dans le sens où sa valeur ne dépréciera pas avec le temps. Au lieu de cela, la MoPPa a opté pour un système de bonus/malus. Au moment de la conversion euro/pêche, les consommateurs bénéficieront de 3% de leur investissement qu'ils seront libres de dépenser en don ou de garder comme bonus au pouvoir d'achat (100 euros = 103 Pêches). Si les entreprises décident de reconvertir leur monnaie en euro, le même taux leur sera déduit lors de l'échange. Si l'argent ne fait pas le bonheur, peut-être que la Pêche y contribuera !












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