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De la douche aux WC, au jardin: des chercheurs créent un réseau local de recyclage d'eau

Par I Publié le 9 Juin 2016

Dans un quartier de la ville de Lünen, dans l'ouest de l'Allemagne, un nouveau réseau d'évacuation d'eau mêlant phytoépuration et économie circulaire va voir le jour dès 2017. Un système qui permettrait de recycler les eaux usées d'un ménage. Explications.


L'allée de l'énergie (Crédit : DR)
L'allée de l'énergie (Crédit : DR)
Vous devez refaire le réseau d’évacuation d’eau de votre maison ou de votre appartement ? Bonne chance. En moyenne, ces travaux peuvent coûter des milliers d’euros… Et côté respect de l'environnement, on repassera. Mais un centre de recherche allemand, le Fraunhofer Institut de Karlsruhe (ISI), a peut-être trouvé LA solution du futur en la matière.
 
Présenté lors de l’IFAT, le salon mondial de la gestion des eaux, de l’exploitation des eaux usées, de l’industrie des déchets et des matières premières, qui se tenait jusqu’au 2 juin à Munich, l’i.WET est le premier système intelligent d’évacuation des eaux usées durable à entrer en fonction dans une ville. Ce sera le cas dès 2017 à Lünen, une ville de Rhénanie-du-Nord-Westphalie au nord de Dortmund.

Thomas Hillenbrand, chef de ce projet, explique son principe à We Demain :
 
"Notre système permet de recycler plus d’un tiers des eaux usées d’un ménage, car il fonctionne en réseau fermé, grâce à une installation circulaire dont le circuit permet, in fine, de produire de l’électricité avec la photosynthèse des plantes."

Thomas Hillenbrand (Crédit : DR)
Thomas Hillenbrand (Crédit : DR)
Pour parvenir à ce résultat, son équipe de dix chercheurs, associée à 16 partenaires (entreprises, collectivités...), s’est penchée pendant trois ans sur ce problème : Comment mettre au point un système écologique répondant aux besoins de rénovation d'un îlot d'immeubles de Lünen ?
 
Cent-vingt appartements, habités par environ 250 personnes, sont concernés. Désormais, les eaux usées y sont directement séparées en eaux grises, peu chargées en matières polluantes (vaisselle, douche, bains…), et en eaux noires, qui contiennent les matières fécales, les produits industriels ou cosmétiques d’un ménage. 

Les premières sont envoyées vers un réservoir installé dans la cave, à travers un nouveau système de tuyauterie. Là, elles sont nettoyées à 25 ou 30 degrés, ce qui permet au passage de chauffer en partie les bâtiments. Elles sont ensuite récupérées afin d'être réutilisées pour les chasses d'eau. Ainsi, nul besoin de les purifier.

Les eaux noires, issues des toilettes, des machines à laver ou des lave-vaisselles, restent elles aussi dans le voisinage : Au lieu d'être envoyées vers une station d'épuration, elles viennent alimenter une allée végétale, au pied des immeubles.

Schéma (Crédit : DR)
Schéma (Crédit : DR)
En apparence, ce dispositif baptisé Energieallee ressemble à n'importe quel parterre de plantes. À une différence près : sous ses platebandes, on trouve des sillons au sein desquels circulent les eaux usées.

Ces eaux sont purifiées grâce aux bactéries présentes dans les racines de plantes marécageuses (osiers, roseaux...). C'est le principe de la phytoépuration, encore peu mis en pratique en milieu urbain (faute d'espace), qui voit des bactéries transformer des déchets en matière assimilable, tout en oxygénant les bactéries, et donc la terre, en retour.
 
"Selon nos calculs, l'allée sera assez longue pour tous les habitants : une personne nécessite une surface d'un m2. Et puis, détail non négligeable, elle ne sentira pas mauvais, les eaux noires étant absorbées, et ne présentera aucun danger pour les animaux ou autres espèces fouisseuses, le canal de circulation étant assez profondément installé sous la surface de la terre", précise Thomas Hillenbrand.

Mais ce n'est pas tout. La croissance, très rapide, de ces plantes, permet une récolte tous les deux ans, ce qui permettra de valoriser les déchets verts au sein d'une filière énergétique. Notamment afin de produire de l'électricité.

Pour mettre au point ce système, les chercheurs ont évalué à 110 litres les besoins quotidiens en eau de chaque habitant de ces immeubles.
 
"La moitié de cette eau est utilisée pour les douches et les bains", estime Thomas Hillenbrand : "cela suffit amplement pour avoir assez d'eau grise pour chaque chasse d'eau, et la réduction d'eaux résiduelles, qui elle est payante, est ainsi assurée". 


Selon Thomas Hillenbrand, les coûts d'installation d'un tel système seraient amortis en huit à dix ans. Le chercheur va même plus loin : 
 
"J'espère que notre système va peu à peu remplacer les modèles existants. Vu le nombre d'intéressés, je compte sur de nombreuses installations dans les trois ans à venir. Nous voulions montrer aux municipalités qu'il existe, techniquement, des alternatives écologiques au traitement des eaux en place, qui répondent à notre société en mutation : nous y sommes parvenus."

Rendez-vous mi-2017 à Lünen pour en avoir le coeur net.





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