Planète

Des Japonais à l'assaut des déchets parisiens

Par Roger Maveau I Publié le 15 Juin 2018

Depuis plus de dix ans, l’association japonaise Green Bird s’évertue à nettoyer bénévolement les rues de la capitale tout en sensibilisant les parisiens. Et ils ont encore du boulot…


Une nuée de green birds se pose sur le quartier Edgar-Quinet, non loin de la gare Montparnasse à Paris. Les déchets n'ont qu'à bien se tenir... (crédit photo: Ania Freindorf)
Une nuée de green birds se pose sur le quartier Edgar-Quinet, non loin de la gare Montparnasse à Paris. Les déchets n'ont qu'à bien se tenir... (crédit photo: Ania Freindorf)
À la sortie d’un métro du quartier de Montparnasse, à Paris, un à un, les participants se voient remettre un gilet et des gants verts floqués du nom de Green Bird, avant d’être équipés de longues pinces métalliques, de sacs-poubelle… Et de se déployer dans les rues adjacentes.

La vendeuse d’une échoppe de céramique voisine est sceptique : « Si au moins ils avaient pensé à mettre un sac plastique dans la poubelle vide à côté d’eux… » Des badauds chuchotent : « Quelle drôle d’idée. » Ce qui unit ces nettoyeurs volontaires ? Beaucoup d’abnégation pour traquer les détritus abandonnés sur la chaussée : cannettes, bouteilles vides, emballages, mégots… Le tout grâce à du matériel envoyé par le siège de l’association… à Tokyo. Les gants, par exemple, sont griffés Laforêt Harajuku, un must de la mode nippone.

« J’AI EU HONTE »

« Tout a commencé à Tokyo, en 2002, sur les lieux des illuminations de Noël, raconte Tsuchiya, membre du secrétariat national de Green Bird au Japon. Les touristes laissaient des montagnes de déchets. Les jeunes des quartiers branchés de Harajuku et Omotesando ont commencé à les ramasser pour préserver la propreté de leur cadre de vie. » Le mouvement était lancé. Il regroupe plus d’une soixantaine de groupes actifs au Japon et n’a pas tardé à s’exporter.

En 2007, ulcérés par l’état de saleté de Paris, des expatriés japonais y créent une antenne locale. Une de plus dans la nuée des Green Bird, qui s’étend de Boston à Singapour en passant par Dakar, au gré de la diaspora nippone. On compte aujourd’hui une dizaine d’antennes dans le monde.
« Au Japon, je ne connaissais pas Green Bird », s’amuse Yoshiko, membre depuis 2009 de l’antenne parisienne, dont elle est devenue responsable en 2013. Même histoire pour Mitsuhiro, qui a rejoint l’association avec son fils à son arrivée en France il y a deux ans, jugeant que « les trottoirs sont sales avec tous ces mégots ». Kayoko, elle, a connu Green Bird via une association française de ressortissants : « J’ai à mon tour convaincu d’autres amies de nous rejoindre. » C’est aussi par le bouche-à-oreille qu’est arrivée Chantal, une Française revenue du Japon et choquée par la différence de propreté entre les deux pays : « J’ai eu honte de penser que cette initiative était menée par des Japonais effarés de voir tant de déchets dans les parcs parisiens où jouaient leurs enfants. »

La dernière étude du site de voyages TripAdvisor, en 2014, révélait que Paris, première destination touristique mondiale, se situe seulement au 22e rang en termes de propreté, loin du lauréat… Tokyo.
Green Bird Paris repose sur un fonctionnement simple et efficace. « Nul besoin d’être inscrit ou de nous informer à l’avance. Les rendez-vous mensuels sont annoncés sur Facebook, détaille Yoshiko. En fonction de la météo et des périodes de vacances, environ 30 à 50 personnes se déplacent, parfois même une centaine. »

La mairie est informée une dizaine de jours à l’avance pour que les ordures ramassées soient collectées par un camion benne. Un système rodé qui fidélise les participants. « J’ai vu un changement depuis quatre ou cinq ans. Avant, il n’y avait que des étudiants, expatriés et touristes japonais. Désormais, les Parisiens participent », observe Yoshiko.
 

L’objectif de ces actions est double.

Bien sûr, assainir la ville… mais sans grande illusion, note Olivier, l’époux de Kayoko : «C’est plus symbolique qu’efficace. Il faudrait que les gens arrêtent de tout jeter par terre alors qu’une poubelle se trouve juste à côté. » Ensuite, sensibiliser les Parisiens. « Les passants viennent se renseigner, poursuit Olivier, même s’ils ne participent pas, ils y réfléchissent. » « On reçoit des encouragements, précise Michelle, certains participent spontanément. » Plus rarement, on les accuse de prendre le travail des agents municipaux.

Yoshiko estime que le comportement des Parisiens s’améliore, même s’ils partent de loin. « Au Japon, note Olivier, l’espace public est sacré : on n’y jette rien. » Là-bas, les écoliers nettoient leur classe, les fumeurs ont un cendrier portable… Yoshiko se souvient même que, lors d’une sortie
de Green Bird Japon après un typhon, « il n’y avait quasiment rien à ramasser en dehors de parapluies cassés ! » 













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