Planète

Des poubelles flottantes pour nettoyer nos ports

Par Séverine Mermillod I Publié le 29 Mai 2018

Baptisée Seabin ou "poubelle des mers", l’invention de deux australiens est un ingénieux moyen de lutter contre la pollution plastique de nos océans. Testée pendant un an dans le port de la Grande-Motte dans le Sud de la France, déjà adoptée à Toulon et Marseille, elle va être installée à Paris.


Une Seabin en action. (Crédit : Capture d'écran vidéo Seabin Project )
Une Seabin en action. (Crédit : Capture d'écran vidéo Seabin Project )
Elle s’implante à vitesse "grand V" dans le monde entier, et pour cause : la Seabin, une poubelle flottante à installer dans le bassin des ports, pourrait bien permettre d’améliorer la lutte contre les rejets de déchets plastiques dans les océans.

L’idée du "Seabin Project " émerge en 2012 dans la tête de deux surfeurs et navigateurs australiens, Andrew Turton et Pete Ceglinski. Habitués à vivre sur les mers, ils constatent à quel point les plastiques y deviennent omniprésents et décident d'y remédier. Les deux amis imaginent alors une poubelle qui flotterait dans les ports et les marinas pour ramasser les déchets, avant qu’ils ne partent au large. Dès 2015, ils montent une campagne de financement participatif qui rencontre un franc succès et leur permet de récolter plus de 267 000 dollars. Le projet de "poubelle des mers" est lancé !

Le concept est ingénieux : grâce à un système de pompe,  un courant continu est créé à l'intérieur de la Seabin, suffisamment faible pour permettre aux poissons de l’éviter. Mais assez puissant pour attirer les déchets dans la poubelle, et les empêcher de ressortir. Une Seabin peut en moyenne contenir 20 kilos d’ordures. Dès qu’elle est pleine, elle est vidée par des agents portuaires, et son contenu rejoint alors les circuits de tri classiques.

Crédits photo : The Seabin Project
Crédits photo : The Seabin Project
D’après les tests réalisés par le constructeur puis en situation à la Grande-Motte, le premier port pilote à tester le concept en France dès 2017, le dispositif est efficace.

La poubelle Seabin peut attraper 1,5 kilos de déchets par jour, en fonction du temps et de la taille de ces débris, et des microplastiques jusqu’à 2mm. Au total, une demi tonne de débris peut donc être récoltée par an et par poubelle. Autre avantage, cette poubelle 100% recyclable a un sac réutilisable et fonctionne 24h sur 24. Elle coûte 3300 euros à l’achat, puis en moyenne 1 dollar par jour en électricité.
 

Commercialisée à plus grande échelle depuis le début de l’année, la Seabin fait des émules. En France, elle est en train d’être installée un peu partout dans le Sud (outre la Grande-Motte, les ports de Toulon, Marseille et Golfe-Juan ont déjà sauté le pas), mais aussi à Paris. La Ville a annoncé au Parisien l’installation prochaine de six poubelles "à l’ouverture des bassins de baignade".
Dans un futur proche, les deux créateurs espèrent pouvoir concevoir un modèle alimenté par énergies renouvelables.

Trois questions à Eric Pallier, directeur du port pilote de la Grande-Motte :
 
  • We Demain : Depuis 2017 la Grande-Motte teste des Seabin dans son port. Un an plus tard, quels sont les résultats ?
Eric Pallier : Dès 2016, nous avons signé un contrat de Recherche & Développement avec Pete et Andrew. Pendant un an, on a testé plusieurs modèles, qu’on a fait évoluer pour qu'ils soient techniquement opérationnels dans les ports. Et aujourd’hui les résultats sont probants ! Mais une seule Seabin ne suffit pas. Son efficacité dépend de la spatialité des ports (très urbains ou non), du vent, des courants... Pour être le plus efficaces possible, nous allons en installer dix, contre six aujourd'hui.  En une journée, on peut faire deux ou trois levées de sacs remplis, et donc remonter jusqu’à 30 kg/jour pour une poubelle.
 
  • Quels sont les déchets les plus récupérés ?
Nous avons un port très urbain donc on retrouve tous les déchets "humains". Au printemps les pollens obstruent assez rapidement les sacs, mais dans les déchets réguliers, le plastique c’est 90% de ce que l’on récupère : les bouteilles en plastique, les macro déchets, les sacs plastiques... et les mégots.
 
  • Des affiches éducatives ont été installées avec les Seabin. Le nombre de déchets jetés a-t-il diminué depuis ?
Le jour où un bassin portuaire comme le nôtre en sera à enlever les Seabin -même si c’est l’objectif-, ce sera le jour où plus personne ne jettera de déchets sur le domaine public. À mon avis, on en est loin. Mais ce projet a quand même permis de mobiliser les gens autour de la problématique. On a travaillé avec le conseil municipal des jeunes et avec les écoles pour sensibiliser. Dans le bassin d’honneur, on a constaté une diminution des macro déchets. Mais je pense que c’est aussi et surtout dans les mentalités que c’est efficace.













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