Planète

Drôme : 5 indiens kogis viennent "diagnostiquer" nos modes de vie

Par Claire Commissaire I Publié le 18 Juin 2018

Après un Indien dans la ville, des pré-colombiens dans la Drôme. En septembre, cinq chamans issus de la communauté millénaire Kogi viendront poser leur regard sur l'organisation de ce territoire. Une première.


Des Kogis dans un champ en Colombie (Crédits : Eric Julien)
Des Kogis dans un champ en Colombie (Crédits : Eric Julien)
"Pour interroger, il faut être deux : celui qui interroge, et celui qu'on interroge", disait l’écrivain Vercors. Et si cette fois, au lieu d’interroger toujours les mêmes experts, on se tournait vers ceux qui n’ont jamais rompu leur lien avec la nature pour aménager nos territoires ? C’est ce qu’Eric Julien, fondateur de l'Association Tchendukua, veut rendre possible.

Pendant quinze jours en août, cinq chamans kogis, une communauté millénaire installée dans les montagnes colombiennes, poseront donc leurs valises… dans la Drôme. Quatre d'entre eux quitteront pour la première fois leur coin de paradis montagneux, à cinquante kilomètres de la mer des Caraïbes. Au programme : ballade sur le territoire drômois, dans le Haut-Diois, pour faire un "diagnostic" de la zone, et partager leurs impressions avec huit scientifiques volontaires, venus de l'ENS Lyon, de l'Université de Lausanne, en passant par l'Université de l'Oregon ou du Brésil.

Depuis 1997, Tchendukua aide les Kogis à sauvegarder leur mode de vie et leurs traditions ancestrales, notamment en reconquérant des terres fertiles. Là-bas, ou plutôt, là-haut — à plus de 5 800 m d’altitude —, les Kogis ont choisi de vivre selon le rythme de leur "Mère Terre". Ni monnaie, ni écriture, ni trace de notre société de consommation : les 12 000 âmes de cette communauté vivent bien loin de notre confort moderne, dans un environnement préservé, qui concentre 35 % des espèces d’oiseaux du pays. Un modèle dont nos territoires, aménagés selon des intérêts bien loin de ceux de la nature, pourraient s'inspirer ?
 
 "Les Kogis ont une très forte conscience que les humains, dans ses équilibres et déséquilibres, sont le reflet du territoire. On est en bonne santé si le lieu dans lequel on habite est en bonne santé", explique Eric Julien

Le territoire comme un corps

"Pour eux, le territoire est un corps, qui respire, chute, et créée", explique Eric Julien. Alors, quand on demande aux Kogis de procéder à un "diagnostic de santé territoriale" de la Drôme, ce sont aux symptômes physiques qu’ils s’intéressent : la qualité de l’eau, la présence de la faune et la flore, les caractéristiques de la roche… Tout au long de leur séjour, les cinq Kogis rencontreront des scientifiques venus d’un peu partout dans le monde : géographes, médecins, astrophysiciens…

Pour Eric Julien, l’enjeu n’est pas tant de trouver des solutions concrètes dans l’immédiat, que de changer de regard. "Edgar Morin disait qu’il était temps de décoloniser nos imaginaires : aujourd’hui, l'anthropocentrisme remet en cause nos systèmes de représentations. La meilleure manière de changer de regard est de s'ouvrir à l’inconnu pour faire ressortir de nouveaux systèmes de pensée et registres d’action."

Sur le papier, l’idée est séduisante — presque romantique. Mais si chacun comprend la nécessité de renouer avec la nature, la formule relève le plus souvent de l'incantation, et est généralement peu suivie des faits à grande échelle. Avons-nous atteint un niveau de conscience collective suffisant pour être attentifs aux conseils, si bienfondés soient-ils, d'une population qui ne partage en rien notre quotidien ? "Dans cette époque où l’anthropocène détruit notre écosystème, on est peut être plus à même d’entendre ce genre de discours", croit Eric Julien. 
 
"Et si un scientifique dit que ce que font les Kogis n'est pas idiot, cela rendra certainement la parole plus audible."

Et preuve que la démarche convainc même au plus haut niveau, elle jouit de soutiens non-négligeable : entre autres, celui de l'AFD, l'Agence Française de Développement, mais surtout du Ministère de la Transition Ecologique, qui finance à hauteur d’un tiers la venue des Kogis. La transition éco-kogique serait-elle en marche ? 

 








WEDEMAIN.FR SUR VOTRE MOBILE