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Du Nunavut aux Territoires du Nord-Ouest, dans l’intimité des oiseaux de l’Arctique

I Publié le 23 Janvier 2017

RÉCIT. Par Jean-Paul Curtay, nutrithérapeute et auteur.


Les bois de caribous qui jonchent le sol sont autant de preuves de leur présence. (Crédit : Jean-Paul Curtay)
Les bois de caribous qui jonchent le sol sont autant de preuves de leur présence. (Crédit : Jean-Paul Curtay)
De l'Islande à la péninsule antarctique, Jean-Paul Curtay est parti en "croisière-expédition" autour des nouvelles routes maritimes rendues possibles suite à la fonte des glaces. Chaque semaine, il la raconte à We Demain. 

Nous effectuons le dernier débarquement au Nunavut sur l’île d’Edinburgh.

Le terrain composé d’une ancienne vallée glaciaire avec ses falaises accueille une toundra très colorée. Pourtant, c’est sur un épais tapis de mousses imbibées d’eau, ponctué de pierres couvertes de lichens noirs, orange ou gris pâle, que nous devons d’abord progresser.
 
La végétation est la plus prolifique que nous ayons vue jusqu’à présent. Elle a même gagné des niches dans les falaises et nous contemplons pour la première fois de véritables arbustes, des saules de 60 centimètres ! Des crânes et bois de caribou, des empreintes d’ours et des crottes de bœufs musqués attestent que cette végétation est capable de nourrir de grands animaux.

Territoires du Nord Ouest

"Des crottes de boeufs musqués attestent que la végétation est capable de nourrir des grands animaux." (Crédit : Jean-Paul Curtay)
"Des crottes de boeufs musqués attestent que la végétation est capable de nourrir des grands animaux." (Crédit : Jean-Paul Curtay)
Au moment de gravir un passage entre les falaises, les ornithologues entendent des cris. Ils pointent leurs jumelles. Une famille de faucons pèlerins, le père, la mère et leur rejeton, ont pris en chasse un hibou des marais qu’ils parviennent à attraper en plein vol ! C’était trop rapide pour que le vidéaste les capte. Nous continuons vers le haut de la falaise, où des marins ont laissé un cairn couvert de déjections violettes d’oiseaux qui visiblement adorent les points de vue dominants et… les baies.

Le lendemain, nous quittons l’immense Nunavut (qui a lui tout seul pourrait contenir l’Europe) et entrons dans les Territoires du Nord Ouest. Nous y retrouvons de la banquise avant de débarquer à Jesse Harbour sur Banks Island, la dernière île de l’Archipel arctique.

Un havre de paix pour volatiles

Au bout d’une plage de sable fin, s’étend une langue qui sépare de la mer un lac dont les bords sont couverts d’une écume. « Ce sont les lipides des algues qui sont émulsifiées et poussées par le vent », précise un naturaliste.

Le lieu est un havre pour de nombreux oiseaux qui y trouvent un sol douillet de mousse très épaisse, parsemée à perte de vue d’empreintes de pattes, de duvet, de plumes et de crottes en formes de cigarettes. Y viennent surtout des cygnes de la toundra et des plongeurs. C’est aussi une halte pour de nombreux oiseaux migrateurs.

Ces empreintes attestent de la large fréquentation du lieu par des oiseaux de tous horizons. (Crédit : Jean-Paul Curtay)
Ces empreintes attestent de la large fréquentation du lieu par des oiseaux de tous horizons. (Crédit : Jean-Paul Curtay)

Une découverte tardive

La migration des oiseaux n’a été découverte qu’en 1822 quand quelqu’un, en Allemagne, est tombé sur une cigogne qui portait à travers le cou une flèche africaine de 80 cm ! Cette cigogne "historique" se trouve aujourd’hui au musée de l’Université de Rostock.
 
Depuis, avec des balises argos ou des puces, on suit le parcours de quelques milliers d’oiseaux qui se dirigent vers les aires qui leur offrent, en fonction des saisons, les meilleures conditions pour se nourrir et se reproduire.

S'éloigner pour survivre

Aller vers le Nord, réduit aussi les risques de prédation car les régions les plus septentrionales sont de plus en plus désertes. À 50 ° de latitude Nord, par exemple, à la hauteur de Churchill, les migrateurs réduisent de 17 % le risque de prédation. À 80 ° de latitude Nord, dans l’île d’Ellesmere, la plus septentrionale de l’Archipel arctique, le risque est réduit de 66 %.
 
Ainsi, les sternes arctiques parcourent chaque année 35 000 km pour faire un aller-retour entre Arctique et Antarctique ! Le bécasseau de Bonaparte se reproduit, lui, dans l’Arctique canadien et passe l’hiver, en Patagonie, sur la côte Atlantique sud-américaine ou sur les Malouines.

"Les sternes arctiques parcourent chaque année 35 000 km pour faire un aller-retour entre Arctique et Antarctique." (Crédit : Jean-Paul Curtay)
"Les sternes arctiques parcourent chaque année 35 000 km pour faire un aller-retour entre Arctique et Antarctique." (Crédit : Jean-Paul Curtay)

Un périple contraignant

Mais un tel voyage coûte cher. D’abord en carburant. Les oiseaux sont obligés de s’auto-gaver avant le départ. La barge rousse double son poids : elle passe à 367 grammes dont 200 de graisse. Cela lui permet de parcourir 11 000 km non-stop en 9 jours, c’est-à-dire 1220 km par jour ! D’autres, au contraire font beaucoup d’arrêts pour se reposer et se restaurer, comme l’oie bernache nonette, l’oie rieuse ou le bécasseau variable.
 
Mais certaines aires ne sont pas dépourvues de prédateurs et d’autres dangers. La mortalité oscille entre 5 et 20 %. Beaucoup d’espèces préfèrent voler de nuit. Il fait moins chaud, ce qui réduit la déshydratation. Il y a moins de vents et ils peuvent profiter des balises que représentent les étoiles pour naviguer.
 
Le navire reprend sa route sous les étoiles, escorté par quelques dizaines d'oiseaux pélagiques, dont les ailes immobiles épousent chacune des courbes langoureuses des vagues de l'Océan arctique.

Jean-Paul Curtay.


Portrait de Jean Paul Curtay. (Crédit : Bernard Plossu)
Portrait de Jean Paul Curtay. (Crédit : Bernard Plossu)
Jean-Paul Curtay, a commencé par être écrivain et peintre, au sein du Mouvement Lettriste, un mouvement d’avant-garde qui a pris la suite de Dada et du surréalisme, avant de faire des études de médecine, de passer sept années aux États-Unis pour y faire connaître le Lettrisme par des conférences et des expositions, tout en réalisant une synthèse d’information sur une nouvelle discipline médicale, la nutrithérapie, qu’il a introduite en France, puis dans une dizaine de pays à partir des années 1980. 

Il est l’auteur de nombreux livres, dont Okinawa, un programme global pour mieux vivre, le rédacteur de www.lanutritherapie.fr, et continue à peindre et à voyager afin de faire l’expérience du monde sous ses aspects les plus divers.












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