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Société-Économie

Éducation, gendarmerie... Ces services publics qui disent adieu à Google

Par Anaïs Marechal I Publié le 31 Août 2018

Petit à petit, le service public s'organise contre le monopole de Google. Des outils associatifs font leur apparition sur les sites internet des collectivités comme Framasoft ou OpenStreetMap, et certaines entreprises comme Qwant investissent l'éducation nationale.


Certaines instances comme le CESE ou l'Éducation Nationale délaissent Google pour Qwant (crédits : antb / Shutterstock).
Certaines instances comme le CESE ou l'Éducation Nationale délaissent Google pour Qwant (crédits : antb / Shutterstock).
Cet été, le département Maine-et-Loire a fait le choix d'abandonner GoogleMaps pour OpenStreetMap, un fournisseur de données géographiques libres. Dans les outils utilisés par les collectivités, les cartes sont désormais omniprésentes : trafic routier, sentiers natures, recherche d'établissements scolaires, etc. Or quel est le réflexe de chacun lorsqu'il s'agit de consulter une carte ? Google Maps évidemment.

Avec les récents scandales comme celui de Cambridge Analytica, la société civile a pris conscience des dangers posés par les géants du numérique : gestion opaque des données, monopoles financiers... avec Google en figure de proue. Qu'en est-il du service public ? À l'image du département Maine-et-Loire, les administrations françaises s'émancipent-elles du géant américain ?
 
"Avec la hausse des tarifs de GoogleMaps, nous ne voulions surtout pas mettre le doigt dans l'engrenage, explique Christian Lecomte, directeur logistique et systèmes d'information du département Maine-et-Loire. Notre choix est éthique, mais aussi financier."

Comme OpenStreetMap, de nombreux outils jouent cette carte de l'éthique. Les logiciels libres, comme Linux, VLC ou Firefox, sont l'alternative brandie depuis les années 1990 contre les géants du numérique. Gratuits, mais sans pour autant leur céder votre vie privée. Ils peuvent être utilisés, modifiés, dupliqués librement, un vrai bien commun pour la communauté.

Dans le cadre de sa transformation numérique, l'État met "sur un pied d'égalité les logiciels libres et propriétaires au sein de l'administration" depuis septembre 2012. Et publie chaque année son socle logiciels libres, une liste préconisée pour les services de l'état et les particuliers, adaptée à chaque usage numérique : édition de documents, navigateur internet ou encore solution de stockage en ligne.

GoogleDoc remplacé par Framapad

La gendarmerie est l'exemple le plus cité : très engagés dans la culture du logiciel libre, nos gendarmes ont quitté Google Chrome et autres pour Firefox depuis 2005.

Autre exemple : dans certains collèges, les adolescents ne travaillent pas sur Google Docs mais Framapad, l'alternative libre proposée par l'association française Framasoft. Une petite structure collaborative qui emploie 7 personnes, et financée à 95 % par des dons.
"Ça me met mal à l'aise que des services de l'État reposent sur une si petite association", confie Tristan Nitot, une des figures de l'internet libre et fondateur de l'association Mozilla Europe en 2003.
 
C'est bien là le cœur du problème. Une partie des logiciels libres utilisés par le service public français repose sur des associations ou des programmes soutenus par des organismes à but non lucratif. 
 
"Le gouvernement demande aux logiciels libres d'être une contre-offre, mais nous n'offrons pas de service de qualité professionnelle, nous aspirons à ce qu'ils utilisent nos logiciels de façon indépendante, témoigne "Pouhiou" porte-parole de l'association de logiciels libres Framasoft. L'État est engagé dans la consommation des GAFAM, pas du numérique libre."

Le site de l'assurance maladie utilise l'outil Géoportail pour sa recherche de praticiens (crédits : capture d'écran ameli.fr).
Le site de l'assurance maladie utilise l'outil Géoportail pour sa recherche de praticiens (crédits : capture d'écran ameli.fr).
Mais le choix du département Maine-et-Loire de basculer sur OpenStreetMap illustre un autre problème : des solutions fournies par l'État existent, mais sont peu utilisées. Dans un rapport rendu au gouvernement en juillet, la députée Valéria Faure-Muntian souligne que "la puissance publique […] doit conserver la maitrise des données géographiques." Concrètement, cela signifie que pour les données géographiques, la référence doit être la plateforme Géoportail , fournie par l'Institut Géographique National. "Géoportail est arrivé après Google Maps, et malheureusement il n'a pas encore l'efficacité de Google Maps ou OpenStreetMap", admet Christian Lecomte du département Maine-et-Loire.
 
Certaines municipalités, dans leur combat contre le monopole de Google, se tournent alors vers des entreprises privées. L'économiste et urbaniste Jean Haentjens nous confiait par exemple le bras de fer entre Google et la métropole lyonnaise  pour mettre au point son calculateur de trajet Optimod'Lyon, élaboré avec IBM, Renault Trucks ou encore Orange Business Services. La mobilité, un des enjeux les plus importants des villes aujourd'hui, n'est pas épargnée par les GAFAM avec l'omniprésence de Google Maps ou de Waze – racheté par Google en 2013 – pour assister les citadins dans leurs trajets quotidiens.

Engouement grandissant pour le moteur Qwant

Dans cette lutte contre le géant américain, une entreprise tire son épingle du jeu depuis quelques mois. Le moteur de recherche français Qwant, qui ne traque pas ses utilisateurs contrairement à Google, s'immisce un peu partout comme en témoigne le hashtag dédié #SwitchToQwant. L'éducation nationale, déjà engagée dans une démarche éthique avec l'utilisation des logiciels libres Framasoft, a adopté Qwant Junior depuis 2016 dans l'Académie de Versailles.
 
Le 16 juillet 2018, France Télévisions annonçait sa bascule chez Qwant, une semaine après le Conseil économique social et environnemental (CESE). Troisième assemblée constitutionnelle française, ses postes informatiques proposent désormais par défaut le moteur de recherche français. Un choix fondamental : le CESE a pour rôle de prendre le pouls de la société civile, et la "bulle " dans laquelle Google peut enfermer les internautes est problématique pour cette institution.
 
Doit-on voir ces récents changements numériques comme un signe d'un vrai engagement de l'État français ? Malheureusement, pas encore. Le récent faux-pas du gouvernement l'illustre. En avril, pour déclarer nos revenus en ligne, le site internet des impôts imposait le visionnage d'une vidéo Youtube, filiale de Google. Lui permettant de récupérer des informations sur les internautes... et d'enrichir ainsi sa base de données.
 









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