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En France, l'innovation sociale veut sa French Tech

I Publié le 25 Janvier 2017

TRIBUNE. Par Romain Dichampt, directeur du développement d'Ashoka France.


"Il faut créer les conditions de l’innovation sociale en tous lieux, et encourager les alliances exogènes." (Crédit : Pexels)
"Il faut créer les conditions de l’innovation sociale en tous lieux, et encourager les alliances exogènes." (Crédit : Pexels)
Les entrepreneurs sociaux formeraient une espèce entrepreneuriale à part… La crise a généré des milliers de chômeurs supplémentaires ? Les entrepreneurs sociaux ont, depuis 2008, créé en France plus d’emplois qu’ils n’en ont perdus. Les élections américaines ont ouvert brutalement le débat sur la démondialisation ? Les entrepreneurs sociaux continuent de développer un emploi local, non délocalisable, et connecté aux besoins de terrain.

La France peine à décentraliser son arsenal d’innovation en dehors des grandes métropoles et des pôles de compétitivité ? Les entrepreneurs sociaux épanouissent leurs solutions sur les territoires les plus complexes (zones rurales, quartiers difficiles…), appréhendant avant tout les problématiques sociales comme des opportunités de création d’activité économique porteuse de valeur pour la société.

Parce qu’ils portent des modèles qui permettent bien souvent de faire "mieux avec moins", parce que leur agilité leur permet de développer des solutions parfaitement calibrées à la spécificité des enjeux locaux, les entrepreneurs sociaux sont incontestablement des acteurs majeurs du développement économique et de l'inclusion sociale sur nos territoires.

Encourager les alliances

Robustes, innovants, visionnaires, tout terrain ? Ce portrait déraisonnablement flatteur omet l’idée que les entrepreneurs sociaux n’ont rien d’autosuffisant. Ce potentiel territorial menace en effet de s’effriter, alors que, face à la contraction des financements publics, l’économie sociale et solidaire voit déferler un mouvement de concentration vers de très grands opérateurs, qui menace le social de proximité.

Pour endiguer ce relatif repli sur soi, réengager une stratégie de conquête, et poser les fondements du maintien de services essentiels aux populations partout en France, il faut créer les conditions de l’innovation sociale en tous lieux, et encourager les alliances exogènes. Encore faut-il que les parties prenantes non traditionnelles de l’intérêt général y trouvent leur compte. À ce titre, le meilleur des prescripteurs est certainement à chercher du côté de la puissance publique, or…

Politiques publiques ?

Les Stratégies Régionales d’Innovation (SRI) ont certes consacré l’innovation comme moteur du développement des territoires, mais sa composante sociale peine encore à trouver une place claire dans les politiques publiques. Malgré la loi Économie Sociale et Solidaire de 2014, ce qu’on regroupe sous la sémantique "d’innovation sociale" demeure un terrain mal défini, peu structuré, que les acteurs publics et économiques peinent à appréhender.

Persistent des définitions trop segmentées, une absence de relais identifiés, un méandre généralisé de financements plus ou moins dédiés, et surtout l’absence de stratégies claires et intégrées, à l’échelle des territoires, pour développer des écosystèmes publics/privés de soutien à l’innovation sociale sous tous ses aspects, quel que soit le statut des acteurs qui la portent.

Une French Tech soutenue

En 2013, une autre espèce d’innovateurs, qui faisait face à des difficultés de structuration comparables, a su inspirer une initiative gouvernementale dont on peut aujourd’hui mesurer l’impact. Avec l’ambition de fédérer, d’accélérer et de faire rayonner le secteur, le gouvernement a porté l’initiative French Tech  : une marque "collective et ouverte" qui labellise et rassemble sous un même drapeau les initiatives digitales, et les écosystèmes territoriaux les plus favorables à leur développement.

Associés à ce label : des fonds pour soutenir la croissance de ces start-up innovantes, et une stratégie de rayonnement international. En quelques années, la French Tech s’est imposée sur le devant de la scène entrepreneuriale française et s’exporte déjà à l’international, via une vingtaine de hubs dans les plus grandes métropoles mondiales.

Métropole de Lyon

Comme leurs cousins du numérique, les entrepreneurs sociaux peinent à entrer dans les cases d’une économie qui mue trop lentement pour être capable d’assimiler à temps leurs modèles disruptifs. Une "French Tech de l’innovation sociale" permettrait de repérer et de fédérer les territoires pionniers, et d’encourager d’autres à leur emboîter le pas. Un territoire mature comme la Métropole de Lyon, par exemple, qui vient de participer à la création d’un pôle d’excellence français en matière d’innovation sociale (Le CentSept), pourrait ouvrir la voie.

Un écosystème propice s’y développe, avec une diversité incroyable de projets qui apportent des solutions nouvelles aux besoins des populations, la naissance de formations dédiées au sein d’écoles comme l’ESCD 3A, la prolifération d’acteurs pionniers de l’accompagnement (Ronalpia, Alter’Incub), l’engagement de grandes entreprises qui ont compris l’urgence de territorialiser leurs politiques RSE, et la volonté affichée de la Métropole de faire de l’innovation sociale un des piliers de sa politique de développement économique à l’horizon 2021.

La France s'engage

Alors que la Présidence de la République soutient depuis 2014 la réplication des solutions portées par les entrepreneurs sociaux avec l’initiative La France S’Engage, une initiative de labellisation et de soutien plus large offrirait à l’ensemble de nos territoires les outils pour adopter collectivement une nouvelle approche du progrès sociétal, basée sur des modèles durables, performants et coconstruits. Elle ferait enfin de la France une nation pionnière en Europe et dans le monde, à la hauteur de l’urgence des défis sociaux et environnementaux.

Par Romain Dichampt, directeur du développement d'Ashoka France.
 
Cette tribune a initialement été publiée dans le baromètre de l'entrepreneuriat social 2017
Article initialement publié le 16 janvier 2017.





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