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En faisant fusionner Solar City avec Tesla, Elon Musk prend de gros risques

I Publié le 22 Septembre 2016

Avec sa "théorie du champ unifié", qui doit permettre à chacun d'être producteur d’énergie, et la fusion Tesla-SolarCity, Elon Musk, le patron de ces deux entreprises, se met en danger. Les marchés financiers pourraient ne plus le suivre très longtemps. Décryptage.


(Crédit : Steve Jurvetson/FlickR)
(Crédit : Steve Jurvetson/FlickR)
"Là où Mark Zuckerberg veut vous aider à partager des photos de bébé, Musk veut sauver l'humanité d'une disparition accidentelle ou auto-infligée", écrit Ashlee Vance, biographe du patron des entreprises Tesla Motors, SpaceX et, désormais, SolarCityn. En effet, Elon Musk semble prêt à tout risquer pour enrayer le réchauffement climatique grâce à l'énergie solaire, avant de coloniser Mars. Bref, pour écrire l'histoire.

Son plan global – qu'il nomme sa "théorie du champ unifié" – est de permettre à chacun d'être son propre producteur d’énergie, grâce au Powerwall, conçu pour stocker l’énergie solaire avec des batteries au lithium très performantes. Dans sa vision, le toit de votre maison ou le plancher de votre terrasse sera un panneau solaire qui fournira de l'énergie à votre foyer et aux voitures auto-pilotées.

Prise de risque maximale

Mais avant qu'une MuskCity 100 % solaire ne voit le jour, la firme californienne devra impérativement retrouver la confiance des banques et des marchés financiers.

Car, aux yeux des spécialistes des nouvelles technologies, la fusion, officialisée ce 14 septembre entre Tesla et le producteur d’énergie solaire à domicile SolarCity (dont Musk et ses proches sont aussi actionnaires majoritaires) est un pari très risqué. Trop peut-être. Déjà, en juin, l'annonce de dette opération à 2,6 milliards de dollars fit chuter l'action Tesla de 13 %.

Trop de questions sans réponses

Cette alliance fait certes de la firme d'Elon Musk "la seule entreprise mondiale d’énergie intégrée verticalement, offrant à ses clients des produits d’énergie propre de bout en bout", selon ses propres mots.

Mais l'empire électrique que se bâtit le Sud-africain n'est, aux yeux de beaucoup, qu'un château de cartes. "Tesla et SolarCity sont deux cash burners", explique un financier spécialisé dans la robotique. "Ils dépensent des centaines de millions de dollars, alors que leur profitabilité est faible". D'ailleurs, depuis un certain temps, le modèle économique de SolarCity patine et la société a vu son cours en bourse diviser par trois en un an.

Malgré l'énorme succès des bolides Tesla, désormais aussi prisés que les Porsche ou Ferrari, les financiers doutent. "Musk n'a aucune notion du risque", résume l'expert spécialisé dans la robotique. Seul contre tous, Tesla résistera-t-elle longtemps aux lobbies des majors du pétrole, du nucléaire, de l'industrie automobile, des puissances pétrolières, des garagistes... ? Et s'il perdait le soutien de la Maison-Blanche après le départ de son "ami" Obama ? "La liste de ceux qui veulent me voir mort s'allonge", ironisait Elon Musk en 2015.

D'autres soulèvent un problème de matières premières. La production de batteries Powerwall au lithium-ion devrait doubler la demande mondiale de lithium, dont les réserves sont limitées, selon une étude du cabinet Meridian international research en 2007.

Surtout, celui que l'on compare souvent à l'excentrique Howard Hugues aurait les yeux plus grands que son coffre-fort. Certes, la "prise de risque maximale" est l'un des secrets de son succès, selon son biographe. Mais "on ne peut indéfiniment appliquer une logique de start-up à l’industrie lourde", avance une source proche de la City londonienne.

L'étau financier se resserre

Ces derniers mois, Tesla approche dangereusement du point de rupture financier. Musk ne cesse de reporter la sortie de sa berline Model 3. À 35 000 dollars, cette voiture électrique pour tous est censée révolutionner le marché et remplir les caisses de Tesla.

Aujourd'hui, on évoque fin 2017. Mais, au vu du retard cumulé et du récent divorce avec le concepteur de son autopilot, Mobileye plusieurs investisseurs institutionnels quitteraient la navette, selon un gestionnaire de fond spécialisé dans les nouvelles technologies. "Nous sommes sur le fil du rasoir", avoue Musk lui-même dans un e-mail de motivation à ses employés, ce 29 août.

Alors, trop mégalo pour être fiable, Elon Musk ? Selon une étude publiée par la banque Barclays le 22 juin 2016, la fusion Tesla-SolarCity a laissé ses actionnaires préoccupés et les marchés financiers sceptiques.

Plusieurs signes indiquent que Tesla est en danger. D'un côté, l'entreprise est à sec. En mai 2016, elle a dû vendre 6,8 millions d’actions pour financer le développement de la Model 3. Même Elon Musk a dû céder 2,8 millions de ses propres actions pour... payer ses impôts. De l'autre côté, les banques hésitent de plus en plus à lui faire crédit.

Tesla vient, en effet, de rejoindre la liste, dressée par Standard&Poors, des entreprises menacées de "credit crunch" (limitation du crédit). Ainsi prise à la gorge, on peut se demander combien de temps les firmes de Musk, qui mène de front Tesla Motors, SolarCity, SpaceX et le futuriste Hyperloop, pourront encore garder la tête hors de l'eau...

Jacques Tiberi.  






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