Tech-Sciences

Enquête : les patchs anti-ondes pour téléphones sont-ils vraiment utiles ?

Par Anaïs Marechal I Publié le 30 Juillet 2018

Le marché des patchs anti-ondes est florissant depuis quelques années. Chez We Demain, nous nous sommes penchés sur le patch Fazup : les scientifiques s’accordent à dire qu’il n’est utile que dans de très rares cas, grâce aux performances des réseaux 3G et 4G qui réduisent notre exposition aux ondes. Explications.


Commercialisé par la start-up française Fazup, ce patch permet en théorie de limiter notre exposition aux ondes radio émises par nos téléphones(crédit : Anaïs Marechal/We Demain).
Commercialisé par la start-up française Fazup, ce patch permet en théorie de limiter notre exposition aux ondes radio émises par nos téléphones(crédit : Anaïs Marechal/We Demain).
Téléphones portables scotchés à la main, objets connectés partout dans la maison … Les ondes ont envahi notre quotidien. Et soulèvent de nombreuses questions, face par exemple au cas des personnes électrohypersensibles. Les champs électromagnétiques de radiofréquence – comme les ondes émises par les téléphones portables – sont classés par l'Organisation mondiale de la santé dans la catégorie des cancérogènes possibles, et certaines études recensées par l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire  (ANSES) montrent un risque potentiellement accru de tumeur cérébrale pour les utilisateurs intensifs. Pourtant, l’ANSES affirme ne pouvoir établir de lien de cause à effet. 
 
Face à cette controverse scientifique, un marché de protection aux ondes a fait surface. Nous vous avions déjà parlé des solutions pour protéger votre maison. Mais connaissez-vous les patchs anti-ondes pour téléphone ? Celui de l'entreprise française Fazup, avec ses “résultats prouvés scientifiquement“ et accessibles sur leur site internet, a attiré notre attention. D’après l'entreprise, il est même recommandé par les médecins généralistes, et utilisé par des groupes tels AirFrance, la MAIF ou même des institutions publiques comme la CPAM.

D'où la question fatidique : "est-ce que je dois dépenser 30 euros pour éviter de mourir d'une tumeur au cerveau ?" Nous avons enquêté pour vous.

Les ondes émises par nos appareils électroniques suscitent de nombreuses inquiétudes dans la population mais les études n'établissent jusqu'à présent aucun lien de cause à effet avec les tumeurs cérébrales. (crédit : Shutterstock)
Les ondes émises par nos appareils électroniques suscitent de nombreuses inquiétudes dans la population mais les études n'établissent jusqu'à présent aucun lien de cause à effet avec les tumeurs cérébrales. (crédit : Shutterstock)

"Le seul produit scientifiquement prouvé !"

Fazup, c'est un patch rond à coller à l'arrière de votre téléphone, qui ressemble un peu à un circuit imprimé. Il est fourni avec un gabarit qui permet de le positionner précisément, selon votre modèle de téléphone. "Le patch est une antenne passive qui nous permet de diminuer la puissance maximale du téléphone", explique Antoine Samakh, co-fondateur de la société. Selon ses concepteurs, il réduirait l'exposition des utilisateurs aux ondes jusqu'à 99 %. "90 % des utilisateurs ont un avis positif sur notre patch, et nous sommes le seul produit scientifiquement prouvé !"
 
Effectivement, l'entreprise a fait réaliser des mesures dans un laboratoire accrédité, qui montrent une diminution d'au moins 50 à 99 % du DAS. Le DAS, c'est le Débit d'Absorption Spécifique. Notre corps, exposé aux ondes émises par le téléphone, peut subir un échauffement interne. Le DAS mesure l'échauffement maximum possible, et les constructeurs de téléphones mobiles doivent respecter des valeurs limites. Mais il faut comprendre que cette mesure de laboratoire a été choisie pour appliquer le principe de précaution. Elle ne représente donc pas l'exposition réelle des utilisateurs, mais le pire cas. Un "détail" que l'Agence Nationale des Fréquences (ANFR) prend soin de préciser :
"​Les valeurs de DAS mesurées en laboratoire ne reflètent pas l'usage le plus courant d'un téléphone."
Alors en pratique, le patch Fazup est-il efficace ? "Nous les avons également testés, il y a une réelle réduction du DAS", avance Serge Bories, ingénieur de recherche au service télécommunication du CEA Leti. "Mais dans environ 95 % des cas, cela ne sert à rien !"

On vous explique : l'exposition réelle de l'utilisateur dépend du réseau utilisé (2G, 3G, 4G), de la puissance d'émission et de l'usage que l'on fait du téléphone. Par exemple, en l'éloignant à 50 centimètres du corps, l'énergie absorbée par l'utilisateur sera réduite à … 1 % du DAS ! Le problème d'échauffement lié aux ondes se pose donc plutôt lorsque vous passez un appel, téléphone collé à l'oreille.

Utile dans de très rares cas

Autre exemple, le DAS est mesuré pour un téléphone qui émet à sa puissance maximale. "C'est une situation rare dans la vie réelle, c'est un peu comme si vous téléphoniez tout le temps dans un ascenseur au troisième sous-sol", détaille Serge Bories. Il y a quelques années, avec les réseaux 2G, les téléphones émettaient effectivement plus souvent à leur puissance maximale. "Le téléphone n'a pas le même comportement selon le protocole de communication“, indique Joe Wiart, titulaire de la chaire “Caractérisation, modélisation et maitrise des expositions“ de l’Institut Mines-Télécom à Paris. 
"En 3G, la puissance moyenne ne vaut que 1% du maximum lors d'un appel, et même moins en 4G."
Et les chiffres de l'opérateur Orange parlent d'eux-mêmes. En mai 2018, 18 % des appels ont été passés en 4G, 69 % en 3G et seulement 12 % en 2G. Joe Wiart confirme le constat : "Les patchs réduisent le DAS, mais cela ne veut rien dire sur la puissance moyenne réelle. Aujourd'hui les téléphones émettent très rarement à leur puissance maximum, même lorsque nous sommes mobiles." Autrement dit : le patch n'a une utilité que dans de (très) rares cas.
 


En 2015, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avait déjà alerté sur les dispositifs anti-ondes pour mobiles. “Les tests portant sur le DAS ne rendent pas compte de l’effet réel des dispositifs.“  Pire, ils peuvent dans certains cas “avoir un effet contraire à celui allégué, en augmentant le niveau d’exposition aux radiofréquences […] du fait de la dégradation des performances du signal du téléphone.“ Les conclusions de la DGCCRF mettent en exergue une méconnaissance de la communauté scientifique. “Depuis les années 2000, nous cherchons à évaluer l’exposition réelle des utilisateurs de mobiles, détaille Joe Wiart. Nous travaillons aujourd’hui à réaliser des mesures plus représentatives des usages réels des gens.“

30% d'efficacité de l'antenne en moins

Dans tous les cas, Serge Bories estime que "le patch entraine une très légère perte d'autonomie due à une diminution de 30 % de l’efficacité de l’antenne.“ À la rédaction de We Demain, nous avons testé les patchs sur trois téléphones, pendant une semaine, sans constater de problème particulier de communication ou de batterie, mais sans effet apparent sur les migraines ou acouphènes dont souffrent deux de nos journalistes. 

Si cette enquête vous questionne sur votre exposition aux ondes, quelques précautions peuvent être appliquées : “En passant de la 2G à la 3G, nous avons divisé par 50 l’exposition des utilisateurs", témoigne Joe Wiart de l’Institut Mines-Télécom. "Il n’existe pas encore de conception de téléphone qui permette de réduire aussi significativement l’exposition.“ L’ANSES recommande en effet d’émettre des appels dans de bonnes conditions de réseau. Et d’utiliser le kit mains-libres pour éloigner simplement la source d’émission de votre tête. En vente à partir de quelques euros dans vos magasins favoris.








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