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Fripes, recyclerie, DIY... La Textilerie, nouveau lieu parisien de la mode éthique

Par Livia Garrigue I Publié le 19 Janvier 2018

La Textilerie vient d'ouvrir ses portes à Paris, dans le 10e. We Demain vous fait visiter ce nouveau lieu de la mode responsable. On peut y boire un café, découvrir des créateurs éthiques, participer à des ateliers de couture et d'upcycling, déposer nos vêtements vieillissants, chiner dans la friperie.


L'atelier de couture de la Textilerie (Crédit : We Demain)
L'atelier de couture de la Textilerie (Crédit : We Demain)
H&M incinère des vêtements neufs et fait travailler ses ouvriers dans des conditions désastreuses. Le secteur de l’habillement est le deuxième plus gros pollueur derrière l’industrie pétrolière : les vêtements jetables de la fast fashion souillent les eaux, encrassent notre chaîne alimentaire.
 
Face à la suprématie de cette mode irresponsable qui érige le gaspillage en système, des contre-pouvoirs s’organisent. C’est le cas de la Textilerie, dans le 10e arrondissement de Paris, lieu hybride dédié à la mode éco-responsable et où les vêtements se voient offrir une seconde vie.

La boutique abrite une fripe, des ateliers de couture, des articles de créateurs responsables, du tissu bio certifié GOTS (critères sociaux et environnementaux), et une recyclerie (vous y amenez les vêtements dont vous souhaitez vous séparer, qui sont ensuite soigneusement triés, recyclés ou revendus sur place).

Clémence, professeure de couture à la Textilerie (Crédit : We Demain)
Clémence, professeure de couture à la Textilerie (Crédit : We Demain)

"Pendant longtemps, j’achetais des vêtements de manière frénétique"

La Textilerie est le fruit de la rencontre d’Elsa Monségur et d’Alice Merle. L’une, Elsa, voulait abandonner sa carrière commerciale "tout en redonnant de la valeur aux vêtements", dit-elle, car passionnée de vêtements de seconde main. L’autre, Alice, a créé une association de réinsertion par la couture, Mode Estime, et souhaitait mettre en valeur des créateurs éthiques à toutes les étapes de la fabrication des vêtements.
 
"Pendant longtemps, j’achetais des vêtements de manière frénétique. Beaucoup de fast fashion", avoue Elsa. Comment en vient-on à toucher une machine à coudre quand on a l’habitude de s’habiller chez Zara ? Elsa raconte :
 
"J’ai voulu mettre fin à ce mode de consommation que je trouvais maladif. Petit à petit, j'ai commencé par customiser mes vêtements, puis je me suis de plus en plus intéressée à la couture".

D'où le dessein de la textilerie : que les visiteurs se réapproprient un savoir-faire et changent leur rapport à la mode en donnant aux vêtements la seconde vie qu'ils méritent.

"En plus, d’un point de vue personnel, l'habillement apporte beaucoup, souligne-t-elle. J’utilise les vêtements comme une expression de moi-même".

Transformer une chemise en jupe

Outre la partie recyclerie, fripe et café, le lieu propose des cours de couture destinés à différents niveaux. Atelier tote bag avec les tissus de la recyclerie, cours d’initiation, d’upcycling… La "morale" de celui-ci : une grande chemise oubliée au fond du placard est une petite jupe en devenir.
 
"Mais dans le cas du cours de tote bag, par exemple, l’idée est de rentrer chez soi avec un objet, mais surtout d’apprendre les bases de la couture pour avoir ensuite la confiance suffisante pour se lancer par soi-même."

La maison propose aussi des cours de confection de kimonos. "Ce sont des objets assez simples à réaliser, qui vont à toutes les morphologies, et on peut s’éclater avec les matières et les motifs", explique Elsa.

Pour ceux dont les dix doigts sont déjà rompus au fil et à l’aiguille, des ateliers d’accompagnement permettent de mener à bien un projet en cas de doutes ou de blocages dans la réalisation du vêtement.

Atelier de confection d'un sac à la Textilerie (Crédit : We Demain)
Atelier de confection d'un sac à la Textilerie (Crédit : We Demain)

"La couture, c'est l'école de l'humilité"

We Demain s'est prêté au jeu du cours de tote bag en partant de zéro. Clémence, qui anime les ateliers de la Textilerie, enseigne autant les détails que les grands principes du métier. "Le travail de préparation, la mise en œuvre de la coupe, c’est aussi important que la partie couture, et beaucoup plus long."
 
Valsant d’un élève à l’autre, Clémence a un œil partout, respecte les différences de rythme de chacun. Un simple atelier "tote bag" permet déjà, avec elle, d’apprendre la minutie du métier.
 
"Il ne faut pas vouloir se précipiter, explique-t-elle. La couture, c’est l'école de la patience et de l'humilité."

We Demain a testé pour vous

Pêle-mêle : la "chaîne" et la "trame" du tissu, le "droit-fil", "décatir", un "sergé"… Ce jargon paraît énigmatique au profane, mais celui-ci est le bienvenu dans les cours de couture de Clémence. Il suffit de trois heures pour que ces mots lui soient familiers.

Sofia Colla, notre journaliste, concentrée, en plein apprentissage de la patience (Crédit We Demain)
Sofia Colla, notre journaliste, concentrée, en plein apprentissage de la patience (Crédit We Demain)
La jeune femme prend plaisir à initier ses élèves à son vocabulaire de professionnelle et aux abréviations du métier, marquant des pauses pour les expliquer.

Tout en enseignant la technique de la couture, elle sensibilise au toucher des étoffes, glisse petites astuces, secrets de couturière et autres digressions historiques sur la provenance des tissus.

Tout cela a un coût. 55 euros pour le cours de confection d'un sac, soit 18 euros de l'heure, ce qu'Elsa Monségur ne trouve pas excessif par rapport aux autres cours privés. Il faut prendre en compte la pédagogie, le prêt d'un matériel de qualité et la durée de l'atelier.

Repair café gratuit

Toutefois, si vous avez un bouton ou une fermeture éclair à réparer, le repair café de la Textilerie, lui, est gratuit. On vous y apprendra comment rafistoler vos vêtements vous-mêmes. 

Finalement, satisfaction. Notre sac We Demain a quelques petits loupés, quelques virages malencontreux au niveau des coutures. Mais à la clé, il y a le plaisir d’avoir réalisé un objet, et de s’être réapproprié un brin de compétence et une confiance dans ses capacités, quand on est persuadé de ne rien savoir faire de ses dix doigts.

Seule ombre au tableau : "Pour l’instant, aucun homme ne s’est inscrit aux cours, à mon grand regret !", déplore Clémence.

Le sac We Demain, confectionné à la Textilerie grâce aux conseils de Clémence (Crédit : We Demain)
Le sac We Demain, confectionné à la Textilerie grâce aux conseils de Clémence (Crédit : We Demain)

La Textilerie, 22, rue du Chateau Landon, Paris, 10ème arrondissement. Du lundi au vendredi : 11h - 19h30. Samedi : 10h30 - 19h30.








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