Connectez-vous S'inscrire

Grâce aux dons des particuliers, cette ONG a sauvé 900 migrants en mer en deux mois

Par I Publié le 4 Mai 2016

Fondée en 2015 par une ancienne de Médecins du monde et un marin allemand, SOS Méditerranée a affrété a navire de 77 mètres pour palier la fin de l'opération menée par la marine italienne. Une opération financée à 98 % par des particuliers, dont les dons cumulés atteignent déjà 1,2 millions d'euros.


Le 3ème sauvetage du 28 mars 2016, durant lequel l'Aquarius a accueilli 378 rescapés à son bord (Crédit : SOS Méditerranée)
Le 3ème sauvetage du 28 mars 2016, durant lequel l'Aquarius a accueilli 378 rescapés à son bord (Crédit : SOS Méditerranée)
Elle avait permis d'éviter la noyade de plus de 150 000 migrants au large des côtes italiennes, en un an. L'opération militaire et humanitaire Mare Nostrum, menée par la marine italienne dans la foulée de l'un des premiers drames de Lampedusa, s'est terminée en 2014.

Un renoncement de trop pour Sophie Beau, la directrice adjointe et cofondatrice de SOS Méditerranée, une ONG franco-italo-allemande lancée en 2015. "Cela faisait plus de dix ans que j'observais la situation se détériorer et les pouvoirs publiques se désengager, raconte celle qui travaillait auparavant pour Médecins du Monde, mais je ne disposais pas assez d'expertise pour essayer, à mon niveau, de sauver toutes ces personnes".

L'expertise survient lorsqu'elle rencontre début 2015 Klaus Vogel, un capitaine de marine marchande allemand. "Enfin". Ensemble, ils unissent leurs réseaux respectifs, maritimes et humanitaires, et décident d'agir en lançant leur propre projet : "Une société civile de sauvetage en mer, non soumise aux débats politiques". SOS Méditerranée est né. D'une triste conviction commune : "la crise migratoire va durer".

Pour y répondre, l'ONG s'associe début 2016 à Médecins sans frontières, et affrète un bateau : L'Aquarius, long de 77 mètres et large de 12 mètres. Du 26 février au 28 avril, sa première campagne a permis de secourir 917 personnes. Toutes embarquées au "petit matin sur des canaux pneumatiques pas assez puissants pour aller de la Libye à Lampedusa, avec des passeurs qui n'ont aucune notion de navigation".

L'équipage compte 27 personnes. Onze "marins pilotes", six sauveteurs venus principalement d'Allemagne et de France, et six membres de l'équipe médicale, formée par Médecins sans Frontières. Sur terre, l'ONG basée à Marseille compte de nombreux bénévoles, mais aussi deux contrats aidés : "Sauver ces gens requiert une organisation énorme en amont : chaque départ en mission est scrupuleusement programmée, et puis, il faut collecter les fonds pour le faire", précise la directrice adjointe.

Ces fonds proviennent de fait à 98 % de la société civile. Lancée en septembre 2015 sur la plateforme Ulule, une campagne de financement participatif a permis à l'ONG de récolter 275 000 euros en 6 semaines, auprès de donateurs de 42 pays.
 
"Une mobilisation citoyenne exceptionnelle, qui a continué, puisque nous en sommes à présent à 1 210 000 euros de fonds propres et que nous sommes ainsi devenus la plus grosse campagne de solidarité financée en France", explique Sophie Beau.

Le 7 mars 2016, premier sauvetage effectué par l'Aquarius. Bilan : 74 personnes secourues sans encombres (Crédit : SOS Méditerranée)
Le 7 mars 2016, premier sauvetage effectué par l'Aquarius. Bilan : 74 personnes secourues sans encombres (Crédit : SOS Méditerranée)
Ces donateurs, ce sont des artisans, des consultants, des citoyens de tout bord, "souvent modestes". Mais très peu d'institutions ou d'entreprises, à part quelques unes comme BNP Paribas, regrette Sophie Beau, "comme s'il ne s'agissait pas d'une priorité de sauver des milliers de gens en Méditerranée et d'assurer les droits fondamentaux à toute vie humaine"
 
"Nous avons encore besoin de 1 100 000 euros minimum pour assurer notre maintien cette année et éventuellement augmenter nos capacités : chaque jour, il faut payer l'affrètement, le fuel, la nourriture, le sauvetage, l'équipe", précise la directrice, qui annonce cependant "avoir quelques pistes".

Notamment afin d'aider les garde-côtes italiens ou les navires militaires proches des côtes européennes , "dont l'action n'est absolument pas coordonnée", à sauver un nombre "incalculable" de personnes qui se noient tous les jours. Fin avril, ils sont cent à avoir perdu la vie pendant que L'Aquarius rentrait au port pour renouveler son équipage. Et avec l'arrivée des beaux jours et "des vagues potentiellement moins hautes", SOS Méditerranée craint qu'ils ne soient encore plus nombreux à risquer leur vie pour gagner l'Europe.

Une crainte qui pousse l'ONG a poursuivre ses démarches pour sensibiliser l'opinion publique. À force de concerts, de débats, de visites guidées du bateau, de plus en plus de citoyens donnent "mensuellement" ou deviennent bénévoles. "Je suis persuadée que la réponse viendra de la société civile en Europe", martèle énergiquement sa directrice, avant de conclure : "Elle, elle a compris que nous n'avions pas le choix". Le bateau repart lundi 3 mai en Sicile, puis dans les eaux internationales au larges des côtes libyennes.





Réservé aux abonnés du site.
Accédez à l'intégralité du n°16 de la revue WE DEMAIN

Pas encore abonné ?
Inscrivez-vous gratuitement !





WEDEMAIN.FR SUR VOTRE MOBILE