Politique

Greta Thunberg : “Nous jouons le rôle du méchant car personne d’autre n’en a le courage”

La militante suédoise s’est adressée aux députés français ce mardi, quelques heures avant un vote crucial de l’Assemblée sur l'adoption du CETA. L’occasion pour elle de remettre quelques pendules à l’heure au sujet de l’urgence climatique...

Par Pauline Vallée I Publié le 23 Juillet 2019


La militante écologiste était invitée ce mardi 23 juillet à l'Assemblée Nationale. (Crédit : France 24)
La militante écologiste était invitée ce mardi 23 juillet à l'Assemblée Nationale. (Crédit : France 24)

À peine annoncée, sa venue créait déjà la polémique. La militante climatique Greta Thunberg était de passage ce mardi à l’Assemblée nationale, point d’orgue d’une session parlementaire qui s’annonçait brûlante à plus d’un titre.

La majorité des députés se sont prononcés, à 266 voix pour et 213 contre, en faveur de la ratification du CETA*, dont plusieurs associations et militants écologistes dénoncent pourtant la dimension climaticide. Quand tous les lobbys essayent déjà d’enfoncer la porte, pourquoi leur donner un bélier avec le Ceta ?", relevait Nicolas Hulot, dans une lettre ouverte publiée le 22 juillet par France Info . “Demain, ces firmes qui ont toutes des filiales au Canada pourront menacer de recourir directement à l’arbitrage”, met en garde l’ancien ministre de la Transition écologique.

Plusieurs élus ont vivement critiqué la venue de la militante, faisant valoir sa jeunesse ainsi que son manque d’expertise sur la question, voire son supposé téléguidage par des lobbies des énergies renouvelables. 

Aux sceptiques, Greta a répondu simplement, dans un discours d'une dizaine de minutes prononcé devant une partie des députés, en milieu de journée : “Vous n’avez pas le devoir de nous écouter, car après tout nous ne sommes que des enfants, mais vous avez le devoir d’écouter les scientifiques.  

"D’ici 2030, si nous ne faisons rien, nous aurons vraisemblablement passé plusieurs points de basculement, et nous ne pourrons pas revenir en arrière sur le changement climatique”, a-t-elle ensuite rappelé. Aucune remarque en revanche sur le traité de libre-échange entre l'Union Européenne et le Canada, au sujet duquel elle se dit "sans opinion", en réponse à la question d'un député.


"Nous disons les choses, car personne d’autre n’a le courage de le faire"

Pour démontrer l’urgence de la situation, la militante a longuement insisté sur les chiffres publiés dans le dernier rapport du GIEC (disponible ici en français), notamment celui de 420 Gt de CO2. Selon le groupe d’experts, ce chiffre représente en effet le “budget carbone” maximal dont dispose l’humanité à partir du 1er janvier 2018 jusqu'à 2030, si elle veut avoir une chance d’infléchir sérieusement la hausse des températures.
 

Je n’ai pas entendu une seule fois un politique, journaliste ou chef d’entreprise mentionner ces chiffres. C’est comme si vous n’aviez pas lu le dernier rapport du GIEC, sur lequel se fonde l’avenir de notre génération. Ou peut-être n'êtes-vous pas suffisamment mûrs pour accepter ce rapport. Vous laissez cette charge aux enfants. Et nous jouons le rôle du méchant, nous disons les choses, car personne d’autre n’a le courage de le faire.


Si elle reconnaît comme une “bonne chose” que les États déclarent l’urgence climatique, Greta Thunberg estime que cela n’est pas suffisant. “Le plus grand danger n’est pas d’être inactif, mais de faire semblant d’agir”, a-t-elle déclaré, soulignant qu’en France comme au Royaume-Uni, qui ont tous deux décrété cette urgence, “les changements ne sont pas à l’horizon”. Une leçon "à la Greta", qui n'aura cependant pas réussi à faire changer les députés d'avis... 

accord de libre-échange entre l'Union Européenne et le Canada













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