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Travailler demain

Hélène Campourcy, la disruptive

[SAISON 1 : Les affirmé.e.s]

I Publié le 28 Mars 2018

Directrice de la relation clients monde chez un leader européen du stockage de données dans le « cloud », Hélène Campourcy prône une désobéissance gouvernée par l’intérêt collectif.


Hélène Campourcy (Crédits : Nod-A, 2018)
Hélène Campourcy (Crédits : Nod-A, 2018)
« Les règles sont indispensables en entreprise, mais parfois un grain de folie, ça ne fait pas de mal, assure Hélène Campourcy. Cela peut au contraire provoquer une disruption bienvenue. »  Elle le sait pour  l’avoir elle-même expérimenté. Aujourd’hui directrice de la relation clients chez un leader européen du Cloud, elle a travaillé auparavant pour la branche française d’une multinationale spécialisée dans la relation clients durant dix-sept ans.
« En 2010, j’étais directrice de projet, en charge d’un plan de transformation du Workforce Management, c’est-à-dire du management des effectifs opérationnels. On souhaitait mettre en place un outil plus performant de planification, afin d’améliorer la relation avec les clients mais aussi de parvenir à un nouvel équilibre pour les collaborateurs entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. Cela  nécessitait évidemment de parvenir à un accord avec les partenaires sociaux puisqu’on touchait aux conditions de travail. »

Mais les syndicats, les CHSCT et le Comité d’entreprise se montrent plutôt hostiles à ce changement, d’autant que le climat social est alors très tendu par un plan de sauvegarde de l’emploi. Face aux tensions et au risque de conflit social, la Direction générale décide alors de stopper le projet puis de l’annuler. 

Pour Hélène Campourcy, cette décision n’a aucun sens : elle risque même selon elle d’être dommageable pour l’entreprise qui se prive ainsi d’un « levier d’optimisation du modèle économique ». « J’ai dit que c’était n’importe quoi mais je n’ai pas été entendue », regrette-t-elle.

Clandestinement, elle décide alors d’expérimenter la nouvelle méthode et le nouvel outil dans l’un des centres d’appels. Elle y envoie ses équipes qui rencontrent les délégués du personnel. « Nous avons proposé au CHSCT d’organiser une enquête sur les souhaits des salariés pour aboutir à un meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle, à une meilleure gestion de leur planning. Puis, à partir de ces souhaits, durant six semaines, nous avons procédé à des simulations à l’aide de notre nouvel outil de planification. On a éliminé des scénarios, on  en a validé d’autres. Finalement, on a trouvé un compromis qui satisfaisait clients et collaborateurs et qui a obtenu la validation du CHSCT. »
 

« Je ne me posais pas vraiment la question des risques que je prenais, des conséquences que cela pouvait avoir, se souvient-elle. Pourtant, je contrevenais clairement à l’ordre de la direction et si j’échouais, je risquais de déclencher une mouvement social dans l’entreprise et, évidemment, d’y perdre mon poste. »

Hélène Campourcy présente à la direction générale l’expérimentation qu’elle a menée, l’accord des syndicats et du CHSCT et met ainsi ses supérieurs devant le fait accompli. « Ils ont été très surpris, mais finalement obligés de donner leur accord sinon ils se seraient mis en porte-à-faux avec le CHSCT et le CE. Je n’avais pas respecté les règles, c’est vrai, mais j’avais fait le travail qu’aurait dû faire la direction générale et j’avais réussi ! Ils ont validé l’expérimentation, l’accord et cela nous a ouvert les portes des autres centres du groupe. Nous avons pu déployer partout notre nouvel outil, pour la plus grande satisfaction des clients, des collaborateurs et au final de l’entreprise ».

Une fois cette mission accomplie, Hélène Campourcy demande à changer de poste. « Mon expertise a été reconnue et c’est ainsi que j’ai obtenu le poste de directrice de l’innovation. » Depuis cette expérience formatrice qui, dit-elle, l’a « enrichie », elle  prône la désobéissance en entreprise, « une  source de valeur ajoutée », à condition que cela soit fait «  pour le bien collectif, et non pas par intérêt personnel ».

C’est même le ferment de l’innovation, selon elle. « Il faut parfois casser les systèmes qui ne fonctionnent pas ou plus », assure Hélène Campourcy. Convaincue que « le leadership au féminin est un atout majeur de performance pour l’innovation », elle a cofondé en 2015 Pink Innov’, un réseau qui rassemble des femmes dirigeantes pour les aider dans leur vie professionnelle et « booster » l’innovation.

Elli Luveri