wedemain.fr
We Demain - Info Partenaire

Hydrogène, biogaz, éolien... : quand Engie parie sur le renouvelable

I 16 Janvier 2018

La transition écologique, tout le monde (ou presque) s'y met. Institutions, administrations ou secteur privé, elle est devenue un passage obligé pour qui prétend habiter sans regret l'ère du réchauffement climatique. Reste que certains ont plus à faire que d'autres... Ainsi, pour qui a fondé son business model sur les énergies fossiles, le virage est coton. C'est le défi que doit relever le géant de l'énergie Engie.


Abandon du charbon

L'avenir de l'énergie n'est plus au creux des chaudières des centrales thermiques à charbon, il est dans les énergies renouvelables. (Crédit : Wikimedia)
L'avenir de l'énergie n'est plus au creux des chaudières des centrales thermiques à charbon, il est dans les énergies renouvelables. (Crédit : Wikimedia)
"Nous sommes face à un bouleversement qui dépasse la simple révolution industrielle. Nous avons pris conscience du fait que le monde ne pouvait plus continuer à fonctionner comme auparavant", nous confiait récemment sa directrice générale, Isabelle Kocher (We Demain n°18). Le groupe français, qui voit les énergies renouvelables comme un avantage comparatif face à la concurrence (EDF, China Datang, Enel, etc.), ne s'y trompe pas : son passage à l'énergie verte répond autant à une responsabilité sociétale qu'à une nécessité économique et stratégique. L'avenir de l'énergie n'est plus au creux des chaudières des centrales thermiques à charbon, il est dans les énergies renouvelables : gaz naturel, éolien, solaire, biomasse et géothermie.

Engie (ex-GDF Suez) a d'ailleurs refondé sa stratégie, désormais baptisée "3D", pour mieux intégrer l'enjeu climatique : D comme énergie décentralisée, digitalisée et, donc, décarbonnée.

Il y a du pain sur la planche. Qui dit transition dit d'abord abandon. En l'occurrence celui du pétrole et du charbon. Le chantier est colossal. En 2018, 40% de l'électricité mondiale demeure en effet liée au charbon, ultra-polluant. Engie a entrepris l'arrêt et la cession de ses activités pétrole et charbon, qui constituaient jusqu'alors 20% de son business. Un plan de revente sur 3 ans, qui doit rapporter quelque 15 milliards d'euros... réinvestis dans la foulée dans la transition énergétique.

Pour bien marquer publiquement ce tournant, Engie a rejoint, lors du sommet climat orchestré par Emmanuel Macron à Paris en décembre dernier, la Powering Past Coal Alliance. Ce groupement international de 26 pays vise une sortie de la production d'électricité par charbon d'ici 2030 dans les pays riches, et 2050 dans les pays en développement.

Solaire et éolien font partie des priorités du groupe. (Crédit : Pixabay)
Solaire et éolien font partie des priorités du groupe. (Crédit : Pixabay)

Solaire et éolien, des énergies d'aujourd'hui

Transition dit, aussi, adoption. Celle, ici, de nouveaux modes de production. De fait, si ceux-ci sont perfectibles, ils sont aujourd'hui opérationnels et de plus en plus efficaces. "Le renouvelable, ce sont des ressources locales qui deviennent vraiment compétitives et qui changent la donne", affirme Isabelle Kocher : "Beaucoup d’argent a été investi par les États européens dans les subventions en faveur du renouvelable, et par les entreprises pour développer de nouvelles technologies. Les résultats sont spectaculaires. Le prix du solaire a été divisé par dix en dix ans, pour les fermes solaires comme pour la production à l’échelle d’une maison."

Solaire et éolien font partie des priorités du groupe. En 2015, Engie a racheté 95% de Solairedirect, opérateur à succès, devenant le numéro 1 du solaire en France et quadruplant sa production d'énergie photovoltaïque. Il a en outre passé avec Crédit Agricoles Assurances un accord pour que leur filiale commune, Futures Energies Investissements Holding (FEIH), se dote de 500 mégawatts (MW) supplémentaires, via l'acquisition de nouveaux parcs éoliens et photovoltaïques. Objectif à fin 2018 : un parc éolien et solaire d'une capacité totale de plus d'1,3 gigawatt (GW). Un développement qui passe par l'international, puisqu'Engie a mis en service une série de fermes éoliennes au Brésil et au Maroc, et solaires en Afrique du Sud et en Indonésie.

Le gaz naturel, une énergie qui devrait prendre de l'ampleur sur le marché. (Crédit : shutterstock)
Le gaz naturel, une énergie qui devrait prendre de l'ampleur sur le marché. (Crédit : shutterstock)

Gaz naturel : vers le 100 % renouvelable

Deuxième ressource clé : le gaz naturel, une énergie qui devrait prendre de l'ampleur sur le marché. Engie évalue en effet à 30 % la part probable du biogaz dans la consommation totale des Français en 2030. Elle est de seulement 1 % aujourd'hui. L'énergéticien ambitionne 100 % de gaz d'origine renouvelable en France d'ici 2050.

Il faut pour cela développer le biométhane. Seuls trois sites de production sont aujourd'hui opérationnels pour les particuliers : Cran-Gevrier en Auvergne-Rhône-Alpes (à partir des boues de station d’épuration) et, dans les Hauts-de-France, Biogaz Pévèle (fumier et lisier de bovins, résidus d'endiveries, de pommes de terre ou de céréales) et Saint-Maximin (déchets ménagers et industriels).

Pour booster la production, les investissements dans le biogaz, jusqu'alors limités à quelques dizaines de millions d'euros annuels, se chiffreront désormais à plusieurs centaines, a prévenu le directeur général adjoint chargé des réseaux gaziers. De quoi financer une quarantaine de projets de méthanisation sur le territoire français. Pour Engie, le challenge technique et technologique est double. D'abord, faire chuter les coûts de production, afin de rendre le biogaz plus compétitif sur le marché ; ensuite, reconfigurer les réseaux d'acheminement pour le rendre plus largement accessible et massifier son usage. Aujourd'hui, les projets de biogaz sont en effet souvent limités à production locale pour une consommation locale.

Innover pour booster l'hydrogène

Troisième ressource, dont l'exploitation est peut-être la moins techniquement aboutie à ce jour : l'hydrogène. "Il faut 'verdir' cette technologie car elle émet encore du CO2", concède la patronne d'Engie. "La solution passe par l’électrolyse de l’eau, qui sépare les molécules d’oxygène et d’hydrogène et permet ainsi de produire un gaz propre".

Le jeu en vaut la chandelle, au regard du grand avantage de cet élément chimique, qui représente à ce jour moins de 2 % de la consommation mondiale d'énergie : l'hydrogène permet un stockage durable de l'énergie. Grâce à lui, et contrairement à l'électricité, on peut en effet stocker le surplus d'énergie renouvelable pour un usage futur. Aussi Engie s'est-il doté en 2017 d'une entité entièrement dédiée au développement de l'hydrogène renouvelable.

En matière de renouvelables, l'innovation est le nerf de la guerre. Eolien, solaire, piles à hydrogène... Ces technologies sont récentes, et leur potentiel encore sous-exploré. Au delà de la R&D, Engie compte sur son fonds d'investissement Engie New Ventures. L'idée : veiller à ne pas laisser passer les innovations qui  compteront demain. Pourvu de quelque 150 millions d'euros, il a permis de soutenir une quinzaine de start-ups innovantes, comme l'allemande Heliatek, productrice de films photovoltaïques nouvelle génération, ou la française Symbio F Cell, qui planche sur les piles à combustible hydrogène.



WEDEMAIN.FR SUR VOTRE MOBILE