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"J'ai construit mon éolienne" : Ces citoyens qui reprennent le contrôle de l'énergie

I Publié le 28 Novembre 2016

Si la production d’énergie éolienne est souvent associée aux grands groupes énergétiques, elle peut également s’effectuer à plus petite échelle. Au Royaume Uni, l’organisation V3 Power propose des ateliers destinés à construire de toute pièce une éolienne fonctionnelle.


Participants d’un atelier V3 Power à Edimbourg. (Crédit : The Forge Edinburgh)
Participants d’un atelier V3 Power à Edimbourg. (Crédit : The Forge Edinburgh)
L’histoire commence en 1978, lorsque Hugh Piggott imagine et construit son premier prototype d’éolienne. "Mon but premier est de concevoir des designs faciles à construire, fiable et efficace même lors de faibles vents", explique-t-il sur son site internet .

Après presque 40 ans d’expérimentation et d’apprentissage, Hugh Piggott est aujourd’hui une référence dans le domaine de l’énergie éolienne. Disponible dans ses livres d’instructions détaillées, l’expertise de cet ancien fermier originaire du Nord de l’Écosse sert de base aux stages d’auto-construction proposés par de nombreuses organisations autour du monde.

"Si de nombreuses communautés mettent en place ce type d’actions concrètes, ça peut avoir un impact incroyable", commente Caro, qui a participé en mai dernier à un projet de construction d’éolienne organisé par V3 Power à Édimbourg. Cette coopérative, créée en 2006 à Nottingham, se propose d’éduquer la population aux énergies renouvelables en recentrant la production d’énergie sur les communautés locales.

Elle organise, pour ce faire, des ateliers d’introduction au travail du bois et du métal ayant pour objectif la construction d’une éolienne de type Piggott. À Edimbourg, une quinzaine de personnes ont ainsi eu l’occasion de construire une éolienne de 1,8m de diamètre.
          

Éolienne "Petit Prince" de 3,6 m. Installée à l’Île à Vielle Vigne (31). (Crédit : www.tripalium.org)
Éolienne "Petit Prince" de 3,6 m. Installée à l’Île à Vielle Vigne (31). (Crédit : www.tripalium.org)

Comment construire une éolienne

"J’ai tout de suite adhéré à l’idée de construire ma propre éolienne, raconte Matthew, parce que c’est un challenge qui permet d’acquérir une connaissance du métal, du bois, de la mécanique et des systèmes électriques".

Les ateliers de construction autonome, que l’on retrouve également en France via l’association réseau Tripalium , comportent généralement une partie pratique couplée d’une partie théorique. Dans un premier temps, les stagiaires reçoivent une introduction à l’aérodynamique et au fonctionnement électrique et mécanique d’une éolienne.

Ensuite, ils participent à différents ateliers allant de la sculpture des pales en bois à la soudure de la nacelle et du safran, en passant par le branchement des électroniques, le montage du mât, etc… Des savoir-faire qui peuvent servir dans de nombreuses autres occasions. 

Reproduire l'atelier chez soi

La durée de l’atelier dépend de la taille d’éolienne souhaitée. Alors qu’il faut trois jours pour construire une éolienne de 1,2 m de diamètre, il faut compter jusqu’à dix jours de travail pour une turbine de 3,6 m de diamètre. Le coût varie quant à lui entre 2 500 £ et 11 000 £ (2 900 € à 13 000 €) par atelier.

Divisé entre participants, ce coût sert à rémunérer les instructeurs mais également à acheter le matériel nécessaire au déroulement du projet. Contrairement aux idées reçues, construire sa propre éolienne reste relativement accessible."L'utilisation d'outils et de matériaux simples permet de reproduire l'atelier chez soi", explique Louis, qui prévoit déjà de dupliquer l’expérience dans son université.

Les pièces principales sont en vente sur le site internet de V3 Power et il est même possible d’utiliser des matériaux récupérés pour construire l’éolienne.

Ginette, 3,60 m, installée à Bure (55). (Crédit : www.tripalium.org)
Ginette, 3,60 m, installée à Bure (55). (Crédit : www.tripalium.org)

Installée dans un champ ouvert aux vents

Le stage se termine par l’assemblage complet de l’éolienne prête à l’emploi. Comme il n’y a pas de modèle standard d’éolienne Piggott, le design est adaptable selon la situation. Chaque machine est donc unique et exige de coopérer avec le reste du groupe pour s’adapter à un environnement particulier. "Participer au projet m’a vraiment donné confiance en moi", témoigne Caro, qui a particulièrement apprécié l’ouverture d’esprit de l’atelier.

"D’habitude, le travail du métal et la soudure ne sont pas forcément des activités ouvertes aux femmes", confie-t-elle. Chaque éolienne reflète également la créativité des participants. Certaines sont même baptisées par leurs propriétaires et s’apparentent plus à des œuvres d’art qu’à des machines de production d’énergie. Une fois terminée, l’éolienne est installée dans un champ ouvert aux vents, appartenant à l’un des stagiaires ou à une communauté locale.

S'appuyer sur un mix énergétique varié

Avec plusieurs milliers de livres vendus, des centaines de participants aux ateliers et une communauté d’utilisateurs de plus en plus large (se réunissant en ce moment même pour une série de conférence, en Patagonie), la construction d’éoliennes autonomes semble avoir le vent en poupe.

Selon Tom Dixon, ingénieur et membre de l’organisation V3 Power, dans certaines zones isolées, l’installation d’éoliennes est plus rentable que le raccordement au réseau ou l’utilisation de groupes électrogènes...

Il faut néanmoins rester lucide sur l’intérêt financier d’une telle démarche. "Produire assez d’énergie pour être autonome nécessiterait l’installation d’un ou deux grands modèles d’éoliennes en zone fortement ventée", relativise Hugh Piggott, "et il faudrait tout de même s’appuyer sur un mix énergétique varié (en utilisant l’énergie solaire par exemple), car le vent reste une source imprévisible".

Tableau d’estimation de l’énergie produite par mois, selon le diamètre de la turbine et la force du vent. (Crédit : scoraigwind.co.uk)
Tableau d’estimation de l’énergie produite par mois, selon le diamètre de la turbine et la force du vent. (Crédit : scoraigwind.co.uk)

"J’adore l’éolien, mais surement pas pour des raisons financières"

À vent constant, une éolienne de 1,2 m de diamètre produit environ 33 Kilowatt-heure (KWh) contre 296 KWh pour une turbine de 3,6 m de diamètre (PDF). Sachant que le besoin d’énergie d’un foyer français est en moyenne d’environ 400 Kwh par mois (PDF), la production d’une éolienne ne représente qu’une petite partie des besoins énergétiques d’un ménage.

De plus, s’il est possible de connecter l’éolienne au réseau électrique en achetant un inverseur sécurisé, revendre l’électricité n’est toujours pas rentable. En effet, le prix de d’achat du KWh éolien reste trois fois moins cher que celui du solaire photovoltaïque. "Je ne recommanderais à personne de construire une petite éolienne pour gagner de l’argent", conseille Hugh Piggott. "J’adore l’éolien, mais sûrement pas pour des raisons financières".

Hugh Piggott sur la péninsule de Scoraig, en Écosse. (Crédit : scoraigwind.co.uk)
Hugh Piggott sur la péninsule de Scoraig, en Écosse. (Crédit : scoraigwind.co.uk)

Reprendre le contrôle sur la production d'énergie

Ce n’est pas non plus l’aspect financier qui a motivé les participants à l’atelier de V3 Power. "Je suis inquiet des conséquences du changement climatique", dit Caro. La protection de l’environnement est la première raison invoquée par presque toutes les personnes questionnées. Ainsi Isabelle, une autre stagiaire, ajoute : "personnellement, je souhaite juste participer activement à la diminution de notre dépendance aux énergies fossiles". Alors que les énergies renouvelables ont récemment dépassé le charbon en termes de capacité énergétique, investir dans les énergies vertes apparaît pour beaucoup comme une solution intéressante. 

"J’ai perdu confiance dans les grandes entreprises énergétiques et franchement, je préfèrerais ramener la production d’énergie près de chez moi", déclare Isabelle.

Comme de nombreux participants, cette retraitée évoque également la déconnection entre production et consommation d’énergie.

La production d’énergie s’appuie aujourd’hui principalement sur des grands groupes, notamment en France - où 75 % du mix énergétique est d’origine nucléaire. De plus en plus de citoyens considèrent l’utilisation d’énergie renouvelable comme un moyen de reprendre un certain contrôle sur cette production d’énergie.

Explorer des modes de production alternatifs

Étudiants, retraités, ingénieurs, les stages de V3 Power attirent une population curieuse d’explorer des modes de production énergétiques alternatifs. Ces projets de réappropriation de la production énergétique sont de plus en plus courants au Royaume-Uni, en France et ailleurs dans le monde.

La transition énergétique permet pour beaucoup de prendre conscience des coûts de l’énergie fossile. Dans ce contexte, les énergies renouvelables offrent une alternative séduisante qui allie action environnementale et reprise d’autonomie énergétique. Alors, pourquoi ne pas construire sa propre éolienne ?

Léopold Salzenstein.




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