Connectez-vous S'inscrire

J'ai testé le caisson d'isolation sensorielle, la dernière tendance techno-hippie

Par I Publié le 12 Avril 2016

Vous rêvez de connaître l'apesanteur ? De retrouver la sensation du ventre maternel ? C'est ce que propose Meïso, une start-up parisienne qui fait renaître les caissons d'isolation sensorielle. On a testé.


Le caisson de flottaison de Meïso permet d'oublier tous ses sens et de découvrir la méditation. (Crédit : Jean-Jacques Valette)
Le caisson de flottaison de Meïso permet d'oublier tous ses sens et de découvrir la méditation. (Crédit : Jean-Jacques Valette)

Que se passe-t-il quand on occulte tous ses sens ? Quand on se baigne dans le noir, dans une eau à la température du corps ? Quand on flotte comme sur la mer Morte, le tout dans un silence total ? Ces expériences, je vais les vivre simultanément dans un caisson d'isolation sensorielle. Conçu par la start-up Meïso, il est situé au sous sol du biohacklab parisien La Paillasse. Un concentré de technologie à la sauce hippie, le tout dans un tiers lieu du XXIème siècle. Je repense à la série Fringe tandis que j'ouvre la trappe de la piscine ovoïde et qu'une douce lumière bleue m'enveloppe.


Comment me suis-je retrouvé là ? Quelques semaines plus tôt, j'ai rencontré Maïté Breger et Alexandre Kournwsky. Ces deux jeunes makers sont respectivement anthropologue et designer de formation. Ensemble, grâce à une campagne de crowdfunding, ils ont conçu un prototype de caisson connecté.


(Crédit : JaneWonder)
(Crédit : JaneWonder)

Leur but : faire renaître la pratique de la flottaison en ouvrant le premier centre dédié en France, en plein cœur de Paris. Inventés en 1954 par le médecin américain John C. Lily, les caissons d'isolation sensorielle ont connu leur heure de gloire dans les années 1970. Selon leurs partisans, ils permettent d'atteindre un état proche de la méditation, voire de ressentir ce qu'un enfant vit dans le ventre de sa mère.


Shamans de Thaïlande

D'un point de vue médical, les caissons seraient efficaces dans le traitement des troubles du sommeil, de la concentration, des douleurs chroniques et de l'hypertension. Accusés à tort d'être une source de transmission du sida - à l'instar des piscines - au début de l'épidémie dans les années 1980, ils sont depuis tombés dans l'oubli.



Alexandre Kournwsky et Maïté Breger (Crédit : Jean-Jacques Valette)
Alexandre Kournwsky et Maïté Breger (Crédit : Jean-Jacques Valette)

C'est en s'intéressant aux médecines alternatives après un séjour d'études anthropologiques chez les shamans de Thaïlande que Maïté Breger a découvert les caissons de flottaison. "On en a cherché partout et puis on a trouvé un spa à Londres qui proposait des séances de flottaison. On a testé et on a adoré. Mais leurs caissons étaient très chers et dépassés techniquement. On s'est dit qu'on pouvait faire mieux."


Contrôle tactile

Un an et plusieurs centaines d'heures d'impression 3D plus tard, les deux jeunes makers ont ouvert en mai 2015 leur premier espace dans les sous-sols du biohacklab la Paillasse, rue Saint-Denis à Paris. À l'entrée, il faut se déchausser, avant de fouler des caillebotis. Le lieu est d'inspiration japonaise et baigné de lumière tamisée. Maïté et Alexandre m'accueillent autour d'une table basse en me proposant un thé avant la séance qui va durer une heure.


Le caisson se situe dans un grand cube, au fond de la pièce. "On l'a pensé comme un cocon, un lieu intime et insonorisé. Il y a une salle de bain avec douche et un panneau de contrôle tactile qui permet de gérer tous les paramètres". Avant la séance, Maïté m'explique les préparatifs : il faut se déshabiller complètement, prendre une douche, puis enfiler des bouchons d'oreilles afin d'éviter que l'eau salée ne les irrite. En cas de projection dans les yeux, un flacon permet de se les rincer facilement.


Eau turquoise

"Le bassin contient 1 000 litres d'eau et 700 kilos de sel d'Epsom. Le tout est filtré à 1 micron afin de garder cette eau très propre", précise Maïté. En plus de permettre au baigneur de flotter, le sel d'Epsom offre un complément en magnésium, "une carence dont souffre 70 % de la population."


Le centre est d'inspiration japonaise (Crédit : Meïso)
Le centre est d'inspiration japonaise (Crédit : Meïso)

Je m'approche de l'ouverture circulaire du bassin. Entièrement blanc et lisse, il mesure dans les deux mètres et demi de diamètre. Dans la lumière bleutée, l'eau a des faux airs caribéens. Je suis les recommandations à la lettre et m'y allonge, sans oublier de refermer la trappe.


Nu comme un ver

La première sensation est grisante. Je fais l'étoile dans une eau turquoise, à quelques stations de métro de chez moi. Le résonnement de bols tibétains m'annonce que la séance va commencer. La lumière disparaît peu à peu et je me retrouve à flotter dans l’obscurité.


L'entrée du bassin. (Crédit : Jean-Jacques Valette)
L'entrée du bassin. (Crédit : Jean-Jacques Valette)

Je tente de détendre ma nuque, qui a la fâcheuse tendance à ne pas croire aux pouvoirs combinés du sel d'Epsom et des lois d'Archimède. Ma journée défile dans ma tête. Je souris en pensant aux situations absurdes dans lesquelles m’entraînent parfois le métier de journaliste. Comme ici, nu comme un ver, barbotant dans une bulle en fibre de verre dans un sous-sol parisien.


Perte de la notion du temps

J'ouvre grand les yeux. Je suis dans le noir total. Seul bruit ambiant : celui des clapotis lorsque j'agite mes mains. L'eau est à une température idéale, comme dans un bon bain mais pas trop chaud. J'essaie de me concentrer sur l'instant présent. Je me rappelle un exercice de relaxation et commence à inspirer et expirer doucement en imaginant le sang refluer depuis mes membres.



Le prochain centre de Meïso sera situé dans le quartier de Barbès à Paris. (Crédit : Meïso)
Le prochain centre de Meïso sera situé dans le quartier de Barbès à Paris. (Crédit : Meïso)

Un bruit de gong accompagne la lumière qui se rallume progressivement. Que s'est il passé ? Est-ce que je me suis endormi ? J'ai perdu toute notion du temps. Je sors du caisson un peu hagard et me douche pour chasser le sel. À la sortie, Maïté et Alexandre m'attendent autour d'un thé pour parler de cette expérience. "La première fois varie beaucoup selon les personnes. Certains entrent en méditation, d'autres s'endorment et d'autres ont des phases d'introspection". Je ne sais trop dans quelle case me mettre.


Rêves lucides

Je ressens par contre une profonde sensation de détente, comme après une journée à la plage. Je continue l'interview avec une voix très basse malgré moi. Les deux makers ont beaucoup d'idées : étudier les ondes du cerveau durant la flottaison, ajuster la lumière et la musique selon le rythme cardiaque, explorer les rêves lucides, mais avant tout ouvrir un centre plus grand dans le XVIIe arrondissement. Plus précisément à Barbès, au 51 boulevard de la Chapelle.
 

"En huit mois, nous avons accueillis plus de 1 000 flotteurs. Et les retours sont unanimes. Il est temps pour nous de voler de nos propres ailes et de quitter La Paillasse".


Le nouveau centre de flottaison de Meïso est cours de financement participatif sur Ulule. En y contribuant, on s'offre une ou plusieurs séances de flottaison. Comptez 49 euros pour atteindre la zénitude.





Réservé aux abonnés du site.
Accédez à l'intégralité du n°16 de la revue WE DEMAIN

Pas encore abonné ?
Inscrivez-vous gratuitement !



DÉCOUVREZ WE LIFE PAPIER by WE DEMAIN LA REVUE




WEDEMAIN.FR SUR VOTRE MOBILE