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J’ai testé le "tree climbing", la randonnée dans la canopée

Par Eliane Patriarca I Publié le 2 Août 2018

La grimpe d’arbres est une escalade végétale dans le respect absolu de la nature. Cette discipline mise au point par un arboriste américain se développe en France, entre découverte du biotope et quête de déconnexion.


La position de la chauve-souris est fortement déconseillée après un pique-nique cassoulet-camenbert-mousse au chocolat… (Crédit : Éric Bouvet)
La position de la chauve-souris est fortement déconseillée après un pique-nique cassoulet-camenbert-mousse au chocolat… (Crédit : Éric Bouvet)
 Article paru dans We Demain n° 19   (septembre, octobre, novembre 2017)

Le plus dur ? Redescendre ! M’extraire de l’abri vert et frais, avec vue panoramique, que m’offre ce cèdre du Maroc ; mettre fin à ce moment de calme absolu, simplement bercée par le chant des oiseaux et le bruissement du ruisseau, pour revenir sur terre… Sanglée dans mon harnais, suspendue à ma corde grâce au nœud autobloquant, je fais durer le plaisir.
 
Je contemple les anciennes écuries du château, leur verrière Eiffel et, au-delà, le hameau en meulière et pierres de taille de Moulignon, en Seine-et-Marne… Quiétude. Adossé au tronc, Frédéric Baudouin, l’éducateur en grimpe d’arbres, retrace l’histoire de cette activité à mi-chemin entre sport, écologie et méditation…
   
"Le père du tree climbing est un Américain, Peter Jenkins, un arboriste passionné par les arbres, qui les escalade depuis son enfance."
    
Jenkins a toujours aimé faire découvrir le plaisir d’évoluer dans les arbres, de se poser là-haut pour contempler la nature ou établir un bivouac.
    
"Il a adapté les techniques et le matériel des élagueurs et fondé la première école de tree climbing à Atlanta, en 1983."
    
Sa philosophie : "Leave no trace !". Ne jamais endommager un arbre, ne laisser ni marque ni matériel sur les branches. Découvrir oui, coloniser non. En France, dès 1989, un groupe d’amis, fascinés par le milieu arboré, suit l’exemple de Jenkins et développe la grimpe d’arbres comme randonnée verticale et découverte d’un milieu naturel à la fois proche et méconnu. Depuis Annonay, en Ardèche, le tree climbing essaime au fil des ans en France, sous des dénominations diverses.
 
En 2009, un diplôme d’éducateur en grimpe d’arbres (EGA) est créé, avec deux centres de formation, l’un à Annonay, l’autre, fondé par Frédéric Baudouin, au château de Moulignon, à Saint-Fargeau-Ponthierry. Ce brevet harmonise les règles de sécurité pour l’encadrement de groupes et a le mérite de distinguer le tree climbing des parcours Accrobranche.
    
"Ce sont des parcs de loisirs, des via ferrata transportées dans les arbres, où l’on recherche la sensation forte, observe Frédéric Baudouin. Mais mettre des câbles dans les arbres, c’est enchaîner des êtres vivants, leur imposer des contraintes physiologiques, mécaniques, les endommager ou perturber leur évolution."
    
Au contraire, le tree climbing est léger et itinérant. "Nous n’avons aucun parcours installé, aucun site équipé. Nos ateliers de grimpe peuvent s’organiser dans n’importe quelle zone arborée".
 
La technique de grimpe elle-même, différente de l’escalade, respecte l’arbre et c’est peut-être pour cela qu’elle séduit autant aujourd’hui. La fréquentation des stages d’initiation et de perfectionnement progresse chaque année de 20 %, selon Frédéric Baudouin.

Retrouver une part d’enfance

Aux débutants, il propose trois arbres majestueux dans le parc qui entoure les communs de l’ancien château de Moulignon : un séquoia et deux cèdres, âgés d’au moins 150 ans. Avec Mathis Teissonnière, jeune arboriste qui prépare le diplôme d’EGA, il installe les cordes autour des branches charpentières à l’aide du "sac à lancer" de l’élagueur : une cordelette fine munie à une extrémité d’un sac lesté de plomb.

Il "suffit" de passer son pied droit dans une boucle de corde, de plier la jambe, puis de remonter avant de coulisser les bras vers le haut. (Crédit : Éric Bouvet)
Il "suffit" de passer son pied droit dans une boucle de corde, de plier la jambe, puis de remonter avant de coulisser les bras vers le haut. (Crédit : Éric Bouvet)
Pour atteindre une branche ou une fourche à la cime de l’arbre, on envoie le sac. Puis on relie corde fine et corde d’accès afin de faire coulisser cette dernière de chaque côté de la branche. Plus grosses que celles utilisées en escalade, les cordes sont tissées différemment pour ne pas se vriller. Des manchons de plastique glissés autour évitent l’abrasion de l’écorce aux points de contact.
 
Lorsque vient mon tour de me hisser le long du cèdre, je glisse le mousqueton fixé à mon baudrier dans la corde. Je passe mon pied droit dans une boucle de cordelette, une "pédale" nouée à la corde. Je replie ma jambe puis la tends et m’élève (peu !). Avec les mains, je fais coulisser le nœud le long de la corde et… je recommence.
 
Un peu stressée, je me démène et m’épuise, avec la désagréable impression de stagner. Peu à peu, je calme mes mouvements, je monte. Ça tire sur les bras, le mollet et le bassin ; le geste, inhabituel, asymétrique demande de l’énergie mais n’a rien de difficile… À la hauteur des grandes branches, je me relâche, j’observe. Ravie, avec l’impression d’avoir retrouvé une part d’enfance.
 
Parmi les stagiaires que reçoit Frédéric Baudouin, il y a des élagueurs, intéressés par une activité complémentaire, mais aussi beaucoup de citadins à la fibre écolo, d’amoureux de la nature.
 
"Passer trois jours dans les arbres, c’est un dépaysement extraordinaire, une déconnexion. Parfois, ça agit comme une thérapie", assure le moniteur qui se souvient de ce cadre chez Free en plein burn-out, venu s’initier au tree climbing et reparti apaisé. "Il a démissionné et a passé son diplôme d’EGA !"

Vivre dans les canopées

En forêt, au milieu des arbres, les enfants "turbulents" se calment, constate l’éducateur. "Ils font moins les malins en hauteur !" Et des timides se révèlent par leur aisance à grimper. En mai, Frédéric Baudouin a accueilli un groupe de chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle. Ces naturalistes, spécialistes de la faune vivant dans les canopées, ont trouvé avec le tree climbing la méthode idéale et éthique – légère, peu coûteuse, et non invasive – pour leurs explorations dans ce biotope situé au sommet des plus grands arbres.
 
Encore quelques secondes, pour le fun, en position de chauve-souris, et je me laisse glisser doucement le long de la corde jusqu’au sol. Avec déjà l’envie de remonter, d’apprendre à me déplacer dans l’arbre, à poser un hamac là-haut… Il ne nous faut que quinze minutes pour retirer les cordes et ranger tout le matériel dans les sacs. Voilà, il n’y a plus aucune trace de notre passage. Les arbres peuvent retrouver leur calme et leur intimité. 
   

LE MATÉRIEL NÉCESSAIRE
Casque, baudrier, gants, cordes et mousquetons sont généralement fournis par l’éducateur. Choisir des vêtements confortables et résistants et des chaussures de randonnée ou de trail montantes.
 
OÙ PRATIQUER ?
  • EN RÉGION PARISIENNE :
Profil Évasion - Frédéric Baudouin
Communs du château de Moulignon
77310 Saint-Fargeau-Ponthierry
[profil-evasion.com ]
  • AILLEURS :
Sur le site du réseau des éducateurs en grimpe d’arbres (EGA), vous trouverez tous les professionnels déclarés auprès du ministère des Sports ainsi que beaucoup d’informations sur le tree climbing.[les-ega.fr ]














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