Politique

Jean Jouzel : "Le départ de Nicolas Hulot illustre un recul de la France"

Par Anaïs Marechal I Publié le 28 Août 2018

Mardi 28 août, Nicolas Hulot annonçait sa démission en espérant que son départ "provoque une profonde introspection du monde." Jean Jouzel, climatologue membre de l'Académie des sciences, réagit en exclusivité à cette décision pour We Demain.


(crédits : DR)
(crédits : DR)
  • We Demain : Quelle est votre première réaction au choix de Nicolas Hulot de démissionner ?
 
Jean Jouzel : Je regrette sa démission, mais je la comprends. Nicolas Hulot avait l'espoir de changer les choses, c'est une grosse déception. L'environnement perd une de ses figures les plus emblématiques. Mais on ne peut pas agir sans soutien [du reste du gouvernement], il aurait fallu qu'il puisse imposer ses choix.
 
  • Est-ce que cela peut contribuer à faire avancer la cause environnementale ?
 
Malheureusement, son action aura un retentissement durant quelques jours, puis on passera à autre chose, avec un autre ministre. Si le départ de Nicolas Hulot est un électrochoc, je crains que ce ne soit pas suffisant. Et même si le prochain ministre est à la hauteur, la transition écologique ne dépendra pas de cette personne, mais de l'écoute au sein du gouvernement.
 
  • Pourquoi le gouvernement et la société civile ont autant de mal à s'engager dans la transition écologique ?
 
Tout le monde a le sentiment qu'on pourra s'occuper plus tard du réchauffement climatique, les gens ont toujours d'autres priorités. Seulement on aurait du s'y mettre il y a 30 ans.
 
Le problème, c'est qu'il faut changer le mode de développement : l'ultralibéralisme [comme aux États-Unis] n'est pas compatible avec la transition énergétique. Le gouvernement français, lui, n'investit pas assez d'argent dans les sujets environnementaux : il a d'autres priorités comme l'immigration ou relancer l'économie. Et le Grand plan d'investissement (ndlr : enveloppe de 20 milliards d'euros dédiée à la transition écologique) n'est que de l'argent recyclé, il n'y a pas d'investissement nouveau dans la transition énergétique.
 
  • Est-ce qu'il est toujours possible de réagir ?
 
Après l'Accord de Paris sur le climat, j'étais optimiste. Mais depuis l'arrivée de Trump au pouvoir, je suis devenu pessimiste. Et le départ de Nicolas Hulot est un signe négatif pour notre politique nationale, il illustre un recul de la France. Pourtant, c'est maintenant qu'il faut réagir ! L'échelle européenne est la plus importante sur le plan mondial, alors que le climat n'est pas au centre des politiques européennes. Je ne vois pour le moment aucune réalisation.
 
  • Et si la transition écologique n'avait jamais lieu …
 
Les gens ne se rendent pas compte… Le risque, c'est de voir les températures augmenter de 3 degrés à la fin du siècle : le climat serait alors complètement différent. Et ce n'est pas la génération suivante qui sera la première à le voir, mais bien les jeunes d'aujourd'hui ! L'été 2018 ne donne même pas la dimension de ce vers quoi nous allons… c'est énorme. Il faut agir aujourd'hui pour lutter contre ça.
 













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