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Jeunes, entreprenez… et plantez-vous, ça vous apprendra la vie !

I Publié le 15 Mars 2017

TRIBUNE. Par Sylvain Tillon, fondateur de la start-up Tilkee.


"Faut-il cesser d’entreprendre, par peur de l’échec ? Bien sûr que non." (Crédit : Tomasz Stasiuk)
"Faut-il cesser d’entreprendre, par peur de l’échec ? Bien sûr que non." (Crédit : Tomasz Stasiuk)
Moins de 20 % des startups survivent au-delà de cinq ans et 60 000 entrepreneurs font faillite chaque année en France. Ces chiffres prouvent bien que l’échec entrepreneurial n’est pas un cas isolé. On pourrait presque considérer, au contraire, que c'est la réussite qui est exceptionnelle…

C’est en tout cas ce que je me suis dit pour me rassurer à 26 ans quand je déposais le bilan de ma première entreprise, Lucyf’Hair (conception de bijoux pour cheveux). Mais je n’avais pas imaginé la suite : une procédure collective difficile à vivre, un commissaire priseur qui a estimé les actifs de ma société à 3 500 € (alors que la valeur d’achat de l’ensemble des actifs était plutôt de l’ordre de 120 000 €), un liquidateur qui m’a mené la vie dure, une banque qui m’a fait un procès pour le remboursement d’une caution sur laquelle nous n’étions pas d’accord et ma copine qui m’a largué.
 
Faut-il pour autant cesser d’entreprendre, par peur de l’échec ? Bien sûr que non. Alors tenez-vous le pour dit : jeunes, lancez-vous, entreprenez… et plantez-vous, car c’est ainsi que vous finirez par réussir !

La culture de l’excellence

La société judéo-chrétienne est profondément marquée par la culture de l’excellence. L’échec, le ratage, l’erreur n’y sont pas acceptables, car associés à l’incompétence.

A 21 ans, je n'y avais été que très peu confronté. Oui, j’avais raté mon permis moto à 18 ans. Mais mon parcours scolaire était plutôt réussi avec mon entrée à EMLyon. Quand on réussit à intégrer une telle école, on ne peut que réussir son ambitieuse start-up, non ?
 
Au contraire, dans les pays anglo-saxons, la posture face à l’échec est beaucoup plus nuancée. Il est davantage considéré comme un vecteur d'apprentissage, une étape presque nécessaire avant la réussite, une sorte de brouillon avant le chef-d’œuvre escompté.

J’ai passé quelques mois à New York pour tenter d’y implanter ma nouvelle startup (Tilkee). Même si cela s’est soldé par un échec (concurrence exacerbée, normes sur le tracking différentes par rapport à l’Europe, frais de développement très élevés…), j’y ai découvert que les investisseurs valorisaient énormément les expériences ratées. Surtout quand l’entrepreneur avait appris de ses erreurs (et gagné en humilité).

Et finalement, c’est une vision bien plus rationnelle : un virtuose n’a-t-il pas commencé par faire des fausses notes ? Pourquoi alors attendre du jeune entrepreneur davantage que des autres ?

L’entrepreneur et l’échec

L’entreprenariat est une formidable école de connaissance de soi. Lorsque l’on monte sa boîte, il n’est pas possible de se cacher derrière une hiérarchie ou des collègues. On prend conscience très rapidement de ses qualités, de ses capacités et compétences.

Le corollaire, c’est que les difficultés, elles aussi, peuvent arriver très rapidement, tout comme les erreurs pouvant être fatales à l’entreprise. C’est là qu’il faut être capable de prendre du recul et d’analyser son échec. Comprendre pourquoi, où et comment on a été mauvais, cela permet de ne pas refaire les mêmes erreurs par la suite.

Quand on se plante, on ne peut pas trop se cacher. Ce n’est pas la faute des autres. C’est à 99 % de sa faute et des mauvais choix qui ont été faits. Il est alors indispensable de les comprendre.

Alors qu’une réussite est difficilement reproductible, c’est très facile de reproduire des erreurs. Et le résultat est toujours le même...

Savoir dire stop

Redressement judiciaire, dettes ou encore burn-out, la palette des possibles est large si l’on ne s’arrête pas à temps. Cependant, si l’on ose dire stop — donc si l’on accepte l’échec et le regard des autres qui va avec — il est possible de s’en sortir honorablement, avec en prime une sacrée expérience professionnelle et humaine !

N’oubliez pas que vos salariés et fournisseurs d’hier seront peut-être vos premiers clients demain… Il est important d’être naïf pour renverser des montagnes mais il ne faut pas non plus se voiler la face et créer une cascade d’impayés. Si vous allez avoir tendance à l'oublier, vos fournisseurs, eux, ne l’oublieront pas.

Le droit à l'erreur

Bien sûr, il n’est pas question de glorifier l’échec. Mais le fustiger, c’est tuer dans l’œuf toute velléité entrepreneuriale. Car la culture de l’excellence, qui pousse au "zéro faute", n’encourage pas le goût du risque indissociable du goût d’entreprendre.

C’est un peu comme quand le prof d’anglais nous reprenait dès qu’on faisait une petite faute à l’oral. Ensuite, plus personne ne prenait la parole en classe. Du coup, en France, on n’est pas super bon en anglais. Pourtant, en vivant à l’étranger, on se rend compte que l’essentiel est de communiquer et de se faire comprendre.
 
Alors, jeunes candidats à l’entrepreneuriat ou à l’intrapreneuriat, ayez en conscience : un échec ne signifie pas nécessairement la fin du monde. Souvent, même, les entrepreneurs qui ont lamentablement échoué connaissant de belles réussites par la suite. En grande partie grâce aux leçons qu’ils ont pu tirer de leurs erreurs !

Sylvain Tillon.
 

Sylvain Tillon est un entrepreneur français. À 21 ans, encore étudiant, il fonde sa première société, Lucyf’hair, spécialisée dans la vente d’accessoires de mode et de coiffure. Diplômé de EMLyon en 2008, et convaincu que tout le monde peut apprendre si on lui propose les bonnes méthodes d’enseignement, il crée Sydo, une entreprise qui dispense des conseils en formation et accompagne les entreprise dans la création ou l’optimisation de dispositifs de formation. En 2013, il fonde Tilkee qui édite un logiciel d’aide à la prospection commerciale.
 





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