Société-Économie

L’Estonie va-t-elle devenir le premier pays aux transports gratuits ?

Par Séverine Mermilliod I Publié le 18 Mai 2018

Pionnière dans la mobilité depuis que sa capitale, Tallinn, est passée aux transports gratuits pour ses résidents en 2013, l’Estonie souhaite aller encore plus loin. Au 1er juillet 2018, certaines lignes de bus régionales deviendront gratuites dans tout le pays.


Trolleybus à Tallinn - Guillaume Speurt (Flickr) [CC BY-SA 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons
Trolleybus à Tallinn - Guillaume Speurt (Flickr) [CC BY-SA 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons
Vous trouvez votre abonnement aux transports en commun trop onéreux ? Peut-être devriez-vous penser à déménager en Estonie. L'Etat balte pourrait en effet devenir le premier pays européen à instaurer la  gratuité totale des transports. C’est en tout cas le souhait de sa ministre des Affaires économiques et des infrastructures, Kadri Simson, qui espère que les 15 comtés qui composent le pays vont faire ce choix dès le 1er juillet 2018.

L’Estonie, pays balte connu pour son progressisme en matière numérique et dont l'administration est à 99% en ligne, était déjà pionnière dans le domaine des transports : sa capitale, Tallinn, est passée à la gratuité pour ses résidents il y a 5 ans, en 2013. 

Dans la ville de 450 000 habitants, pour pouvoir utiliser les trains, trams et bus de la ville, il faut être enregistré comme résident, ce qui fait profiter la municipalité de 1000 euros d’impôt par habitant tous les ans – et exclut les touristes de cette gratuité.

Un pari gagnant

Résultats, selon le maire la ville, Taavi Aas, le trafic de voitures a fortement diminué et le nombre d’utilisateurs du réseau a doublé. Par ailleurs, il assure que la ville a gagné plus qu’elle n’a perdu d’argent car la gratuité, en facilitant les déplacements et les sorties des citoyens, a favorisé le commerce local (restaurants, bars, cinémas). 

De quoi rassurer la ministre Kadri Simson dans sa volonté de faire des transports publics gratuits une réalité en dehors de la capitale. Elle est revenue sur cette idée lors d’une conférence  à Tallinn, le 10 mai, dans le cadre de la EU Green Week. Et la France pourrait s'en inspirer, car l'adjoint à la maire de Paris, Emmanuel Grégoire, et Patrice Vergriete, maire de la ville de Dunkerque - qui est déjà passée aux transports gratuits le weekend - avaient fait le déplacement.
 

4 comtés déjà convaincus

Au 1er juillet 2018, pour les lignes de bus régionales subventionnées par le gouvernement estonien, les centres de transports publics de chaque comté auront donc trois options : introduire le transport gratuit, proposer des tarifs réduits ou bien maintenir le système actuel. Dans son discours du 10 mai, la ministre a expliqué que la perte des recettes des billets serait compensée par les subventions des lignes de bus régionales de l’Etat, qui passent de 21,7 millions en 2017 à 34,8 millions.
 
Parmi les zones qui ont d’ores et déjà choisi d’adopter le plan du gouvernement, le centre de transport public du Sud-Est, la municipalité de Saaremaa, une île du comté de Saare ainsi que le comté de Lääne.
 
Comtés d'Estonie ayant déjà accepté la mise en place des transports gratuits au 1er juillet (en vert).
Comtés d'Estonie ayant déjà accepté la mise en place des transports gratuits au 1er juillet (en vert).

1 Estonien sur 3 prêt à renoncer à la voiture

Selon la compagnie de radio et télévision nationale estonienne ERR, le comté de Harju, au Nord (dont fait pourtant partie Tallinn), ainsi que celui voisin de Rapla, ont quant à eux décidé de ne pas y passer pour le moment. Ils craignent que la gratuité coûte trop cher à terme, si la hausse de fréquentation conduit à la création de nouvelles lignes.

Le plan du gouvernement reste toutefois remarquable puisqu'il s’agit de la première expérimentation de ce type sur une aussi grande zone, et qu'elle devrait progresser au fil du temps. Selon Kadri Simson, en Estonie, "une personne sur trois est prête à se passer de la voiture si le trajet en bus est gratuit."
 








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