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Récits

La "Pura Vida", ou comment un village du Costa Rica a mis au point la recette du bien vivre

I Publié le 2 Mai 2016

RÉCIT. Par Ahmed et Karine Benabadji, fondateurs du projet Open-Villages.


(Crédit : Ahmed Benabadji)
(Crédit : Ahmed Benabadji)
Le 1er septembre dernier, Ahmed, Karine et leur cinq enfants se sont envolés de Paris pour un tour du monde d'un an, à la découverte de villages qui ont fait le choix de l'autonomie et du développement durable. Ils racontent chaque étape de leur voyage à We Demain.fr. Ce mois-ci, la famille s'est rendue à Providencia de Dota, au Sud du Costa Rica, à la découverte d'un petit village où il fait à nouveau bon vivre grâce à l'entraide de ses habitants et le soutien de l'État.

Costa Rica, fin avril 2016. 


Nous avons failli ne pas aller au Costa Rica. On nous avait dit que la vie y était très chère, que Canadiens et Américains étaient déjà en train d’y acheter des propriétés faisant monter en flèche les prix des terres, que les villes n’avaient aucun intérêt, et que l’éco-tourisme n’y était plus si "écolo" que ça ; et sans doute que tout cela est en partie vrai puisque nous en avons aussi été témoins.

Nous avons pourtant résisté aux discours défaitistes et bien nous en a pris. Au Sud du Costa Rica, à Providencia de Dota, nous avons trouvé un village qui semble avoir réussi la parfaite combinaison entre la simplicité et le développement, entre l’autonomie et l’ouverture au tourisme, entre la sobriété et le bonheur. Au cœur de ce succès, des choix collectifs vertueux et un État disposé à jouer pleinement son rôle de catalyseur et de facilitateur. 
 
Il y a une quinzaine d’années, Providencia allait très mal. Ce village de 275 âmes dont les maisons sont éparpillées entre 1500 m et 2500 m d’altitude sur les pentes encaissées de la Cordillera de Talamanca voyait sa population se réduire rapidement, les jeunes préférant s’installer à San Jose, la capitale, ou même tenter le dangereux voyage de l’émigration illégale en passant clandestinement la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

À la recherche du Quetzal (Crédit : Ahmed Benabadji)
À la recherche du Quetzal (Crédit : Ahmed Benabadji)

Ceux qui défient la gravité

Pourtant, la communauté bénéficie d’un environnement naturel exceptionnel au cœur du parc naturel Los Quetzales, renommé ainsi en 2005 pour l’oiseau de paradis qui y réside ; un espace de 5000 ha de forêt tropicale abritant un cinquième de toutes les espèces d’oiseaux du Costa Rica. En plus du majestueux Quetzal, on y trouve quantités de sortes de colibris, des toucans, des piverts, ainsi que des jaguars, des tapirs, des paresseux, des singes…

Pourtant, ce sont les gros rochers un peu lisses qui essaiment les bords du Rio Savegre autour de Providencia qui furent le point de départ de la renaissance du village. En effet, ces rochers se révélèrent être parfaits pour les adeptes d’escalade. Grâce à un canadien grimpeur chevronné qui s’éprit du lieu et de ses habitants, les jeunes de Providencia purent apprendre les techniques d’escalade les plus pointues, au point qu’en quelques années, ils devinrent si bons qu’ils raflèrent tous les podiums des championnats d’Amérique Centrale. La légende des "desafiantes de la gravedad" allait naître et avec elle, toute la fierté d’une communauté qui se mit à croire en son avenir.

Un peu de Pura Vida (Crédit : Ahmed Benabadji)
Un peu de Pura Vida (Crédit : Ahmed Benabadji)

La "pura vida", le symbole de tout un pays

David Peralta a fait partie des "desafiantes". Il a gagné plusieurs fois les championnats d’Amérique Centrale, partant souvent seul, en bus de nuit, et avec le peu d’argent qu’il avait réussi à mettre de côté, défier des adversaires bien plus équipés qu’il ne le fut jamais. Cette expérience que tout est possible lorsque l’on se donne la peine (ainsi qu’une expérience malheureuse de quelques mois chez sa sœur émigrée aux États Unis) l’ont convaincu de rester au village dans la ferme de ses parents pour y mener la "pura vida", cette vie pure et naturelle qui est devenue le slogan de tout un pays.
 
L’improbable succès des "desafiantes" attira à Providencia les premiers touristes, des sportifs et des grimpeurs qui affluèrent pour chercher à percer les secrets de ces jeunes paysans-champions. Rapidement, il apparut que ces visiteurs-là n’allaient pas représenter une source de revenus suffisante pour remettre le village en selle. Mais la dynamique était lancée.

La seconde impulsion vint lorsque Adrian Fonseca, un autre natif du village, entreprit avec quelques familles de créer et de commercialiser une offre touristique complète comprenant l’hébergement en familles d’accueil, des circuits de trek, et pour les écoles et les universités étrangères, des séjours de volontariat durant lesquels des jeunes viennent apprendre diverses  techniques de recyclage des déchets, participent à la protection et à la maintenance des forêts et donnent un coup de main sur les plantations de café.


L'offre a été rapidement un succès. Chaque famille participante s'est spécialisée dans une ou deux activités spécifiques et achète à d'autres les produits ou les prestations qui lui font défaut lorsque des visiteurs en font la demande. Ainsi, chacun profite indirectement du succès des autres dans un système finalement très "coopératif" : chaque année, un programme de répartition des visites et des nuitées est établi et les prix de cession des prestations et des produits alimentaires entre les familles sont définis lors d'une réunion à laquelle tous participent.

À la sortie du ranch (Crédit : Ahmed Benabadji)
À la sortie du ranch (Crédit : Ahmed Benabadji)

Un système d'éducation original

Quel est le secret de cet incroyable succès ? Contrairement à ce que nous avons souvent constaté dans les autres pays, l’État est ici la clé de voûte de ce développement dans l'autonomie, principalement au travers d’un système d'éducation original. En effet, à côté de l'école "classique", l’INA (Instituto Nacional de Aprendizaje) propose une offre de formation pluridisciplinaire qui va de l'école à la maison pour les plus jeunes en leur permettant de suivre chez eux une scolarité complète avec des ponts possibles vers les études universitaires, à des formations ciblées pour les adultes qui souhaitent développer des compétences particulières, souvent pour démarrer ou développer une nouvelle activité. Adrian a ainsi bénéficié de formations en cours du soir pour démarrer son activité touristique.

Mais l'apport de l’INA ne se limite pas au transfert de compétences. Les personnes qui suivent les stages et réussissent les examens finaux bénéficient aussi d'une aide financière et technique de l’État.

Nous avons rencontré Flora et Francisco pour mieux comprendre le fonctionnement de ce programme. Il y a quatre ans, Flora a voulu compléter les revenus de l'activité agricole de son mari en produisant et en commercialisant de la confiture, notamment de mûre qui est très abondante dans la région.

Une maison en bois (Crédit : Ahmed Benabadji)
Une maison en bois (Crédit : Ahmed Benabadji)

Des confitures commercialisées dans les coopératives

Pendant plusieurs mois, elle est donc partie se former à la ville voisine sur les techniques alimentaires y compris la réglementation sur l'hygiène qui est très rigoureuse au Costa Rica. À l'issue de sa formation, elle a rédigé un projet qui a été accepté et qui lui a donné droit à un financement (non remboursable !) pour l'équipement de son petit centre de production.

Aujourd'hui, avec l'aide de deux femmes du village, elle produit ses confitures qu'elle commercialise dans les coopératives, sur les marchés des alentours et auprès des maisons d’hôtes qui accueillent des touristes friands des produits du terroir. En échange de son soutien, l’État exige le respect des règles d'hygiènes alimentaires (les contrôles sont fréquents) et le paiement d'une taxe relativement modeste et très simple à calculer sur les achats réalisés par l'entreprise de Flora.

"Tout a finalement été très simple et très facile." nous a dit Flora. "À partir du moment où j'ai démarré les formations, tout est allé très vite." Simple et facile : C’est peut-être cela le vrai secret de la "Pura Vida".

Danse traditionnelle (Crédit : Ahmed Benabadji)
Danse traditionnelle (Crédit : Ahmed Benabadji)
Ahmed et Karine Benabadji, fondateurs du projet Open-Villages.  

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Et pour (re)lire les précédents épisodes du tour du monde de la famille Benabadji, c'est par ici -> Épisode 1       / Épisode 2       / Épisode 3      / Épisode 4     /Épisode 5    / Épisode 6   
Épisode 7  / Épisode 8



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