Planète

La chauve-souris, une solution contre les insectes nuisibles

Par Séverine Mermillod I Publié le 5 Juin 2018

Elles ne boivent pas de sang mais se nourrissent d’insectes nuisibles, un potentiel que certaines communes commencent à exploiter. Elles, ce sont les chauves–souris ! À Grenoble, un projet veut les réintroduire en ville grâce à des gites et nichoirs destinés aussi aux mésanges et hirondelles.


Une pipistrelle / Gilles San Martin from Namur, Belgium [CC BY-SA 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], Wikimedia Commons
Une pipistrelle / Gilles San Martin from Namur, Belgium [CC BY-SA 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], Wikimedia Commons
Halte aux idées reçues ! Un imaginaire négatif peuplé de vampires et de mauvais présages  l’entoure, mais pourtant, la chauve-souris de nos régions est surtout un animal pacifique qui s’avère en plus être un insecticide naturel. À l’approche de l’été, les moustiques abondent et par chance, il s’agit d’un de ses plats préférés.

Deux Grenoblois ont donc eu l’idée d’installer des nichoirs directement dans la ville. Pour ce faire, ils ont proposé leur "Projet chauves-souris" lors de l’édition 2017 du budget participatif de Grenoble. Avec 1 681 voix, ce dernier s’est vu allouer un budget de 40 000 euros. Le premier atelier de construction des nichoirs a eu lieu le 26 mai. 

Trois prédateurs pour trois insectes

Gilles Namur, l'un des deux porteurs du projet, raconte : "C'était une solution pour réduire le nombre de nuisibles de façon écologique, tout en favorisant la biodiversité. La chauve-souris vivait en ville et en disparaît par manque d'abri : il n'y a plus d’accès aux greniers, les maisons sont mieux isolées, il y a moins d’arbres creux car dès qu'ils deviennent dangereux ils sont abattus.

Pour y remédier, des gites abriteront des chauves-souris et des nichoirs accueilleront des hirondelles et mésanges bleues. Ces trois espèces sont en effet de grands prédateurs pour plusieurs insectes invasifs, comme la pyrale du buis qui fait des ravages en Isère et la chenille processionnaire. Mais aussi et surtout le moustique : la pipistrelle peut en ingurgiter plusieurs milliers par nuit et de leur côté, les hirondelles et les mésanges s'attaquent au moustique tigre qui sévit la journée.

Plutôt utile quand on sait que celui-ci, loin de disparaître, se propage en France depuis 2004. Quelque 42 départements sont aujourd’hui infestés, et 9 autres sont en "vigilance orange" :

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Gilles Namur assume avoir focalisé l’attention sur la chauve-souris pour intriguer : "On voulait désacraliser les mauvaises idées qu’on peut se faire sur elle, et c'est en quelque sorte devenu notre symbole marketing". Mais ce sont bien ces trois espèces qui vont réguler la prolifération des insectes.

Le premier atelier de fabrication de nichoirs a eu lieu le 26 mai.
Le premier atelier de fabrication de nichoirs a eu lieu le 26 mai.

"La lutte contre les espèces invasives est l'affaire de tous"

Les habitants ont collaboré avec la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de l’Isère, qui leur a fourni l'expertise. "Nous ne sommes pas des spécialistes des animaux. Avant de lancer le projet, nous avons vérifié avec la LPO qu’il tenait la route en terme d'efficacité contre les nuisibles, souligne Gilles Namur. Elle a validé le projet et nous a aidé pour la cartographie en repérant les quartiers où les oiseaux sont déjà présents pour installer les nichoirs et faire grandir la population".

Des ateliers de fabrication sont organisés en parallèle pour sensibiliser les Grenoblois. "Au départ, je pensais que la mairie allait faire fabriquer les nichoirs, les installer et puis basta, se rappelle Gilles Namur. Or, il nous tenait à cœur de rappeler aux habitants que les oiseaux et chauves-souris disparaissent des villes et que la lutte contre les insectes invasifs est l’affaire de tous." Ce souhait a été réalisé puisque le premier atelier a eu lieu le 26 mai. D’autres suivront en juillet, août et septembre.
Les commandes de nichoirs de la Ville se poursuivront quant à elles en hiver : les bénéfices de leur installation ne seront donc pas constatés avant 2019. Au total, quelque 250 gites pour chauve-souris et oiseaux devraient être construits cette année.












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