Planète

La géo-ingénierie, "une épée de Damoclès sur la tête des jeunes générations"

Par Propos recueillis par François Siegel I Publié le 13 Février 2020

Les projets fous de la géo-ingénierie pourront-ils sauver le climat ? Réponse de Jean Jouzel, climatologue et vice-président du groupe scientifique du GIEC de 2002 à 2015.


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(Crédit : Ludovic Marin / AFP)
(Crédit : Ludovic Marin / AFP)

"Le captage et le piégeage du CO2 peuvent être utiles, mais ils ne représentent qu’une partie de la solution à la réduction des gaz à effet de serre. De même les cultures d’agrocarburants ou la plantation de milliards d’arbres risquent d’entrer en compétition avec les surfaces utilisées pour l’alimentation.

Je ne crois pas à la fertilisation des océans : il n’existe pas d’enquêtes concluantes, notamment sur la durée, et les risques d’une augmentation de l’acidification des mers sont trop grands pour la biodiversité. D’ailleurs les lois internationales l’interdisent. L’idée de contrôler la pluie et autres phénomènes météorologiques n’a jamais marché : je me suis intéressé à la grêle dès les années 70 pour arriver à la conclusion avec le programme Grossversuch que les techniques d’ensemencement sont inefficaces.

Mais le plus grave concerne les injections de soufre. Il faudrait injecter de plus en plus d’aérosols à mesure que le CO2 et l’effet de serre augmentent. Même en supposant que les effets secondaires soient négligeables ou maîtrisables, on ferait face à un énorme problème si dans vingt ou trente ans il fallait tout arrêter, pour des raisons techniques, géopolitiques ou autres : le demi-degré ou le degré – suivant la région – qui aura été évité serait repris en quelques années avec des conséquences beaucoup plus graves qu’un réchauffement étalé sur une ou deux décennies.

Ce type de géo-ingénierie serait une épée de Damoclès sur la tête des jeunes générations qui auraient raison de se révolter. C’est d’un total égoïsme. Il est plus intelligent de réduire nos émissions de CO2 plutôt que de continuer à les augmenter et dire aux jeunes : 'Vous n’aurez qu’à les pomper !'"

Le climatologue tentera de répondre à la question "La science peut-elle sauver le climat ?"   lors de notre soirée soirée-débat #UnVerreAvec du 19 février






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