La performance environnementale et sociale à HEC : "une nécessité absolue "

Par Joseph Adrien I Publié le 7 Juin 2018

Depuis 2013, le centre "Society & organizations" de l’école de commerce concilie business, défis environnementaux et sociaux. Interview croisée de Bénédicte Faivre-Tavignot, Directrice Executive, et Rodolphe Durand, Directeur et Fondateur.


Bénédicte Faivre-Tavignot et Rodolphe Durant dans le hall d'HEC, à Jouy-en-Josas. (Crédit : Xavier Lambours)
Bénédicte Faivre-Tavignot et Rodolphe Durant dans le hall d'HEC, à Jouy-en-Josas. (Crédit : Xavier Lambours)
  • Quelle est l’ambition du Centre Society & Organizations d’HEC ?
 
Rodolphe Durand :
Le Centre SnO est né en 2009 de la nécessité absolue d’inventer de nouvelles  manières de faire du business, qui prennent en compte les défis environnementaux et sociaux.

Notre mission s’appuie sur trois  piliers : la recherche, l’enseignement  et l’action. Sur le volet Éducation, l’objectif est de former une nouvelle génération de managers et de dirigeants qui poursuivent une double performance : économique d’une part, environnementale et sociale de l’autre.
 
  • De quand date cette prise  de conscience ?
 
Bénédicte Faivre-Tavignot :  Cette réflexion a commencé dès 2003 avec la création du Master développement durable. Nous avons très tôt voulu faire entendre d’autres voix. Comme celle de Muhammad Yunus (Grameen Bank), acteur majeur de la microfinance et du social business, prix Nobel de la paix 2006.

Sa rencontre sur le campus en 2005 avec Frank Riboud [PDG de Danone de l’époque, ndlr] a donné lieu à la création du projet de social business Grameen-Danone, dans lequel de nombreux étudiants d’HEC se sont engagés. Nous avons ainsi  créé, en 2008, la chaire Social Business/Entreprise et Pauvreté, coprésidée  par Muhammad Yunus et Martin  Hirsch [Directeur général de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, ancien président d’Emmaüs France, ndlr].
 

  • Le SnO cherche à avoir un impact concret sur le terrain. Comment ?
 
Rodolphe Durand : Via son  pôle Action, incarné notamment  par l’Action Tank Entreprise  et Pauvreté, une structure créée conjointement avec Martin Hirsch  et Emmanuel Faber [actuel PDG  de Danone, ndlr]. Il s’agit d’un  incubateur de projets de social business,  cocréés par des grandes entreprises,  la société civile et les acteurs publics.

Autre outil : le Movement for Social Business Impact. Il réunit de grands leaders comme Danone, Renault, Schneider Electric, Sodexo et Veolia.  La collaboration entre les chercheurs  du SnO et les entreprises du « Movement » vise à repenser une économie plus juste et inclusive.  L’idée est de fusionner logiques économique, politique et sociale, pour, in fine, créer de nouveaux business models au sein des entreprises.
 
  • Comment se structure le volet éducatif du centre ?
 
Bénédicte Faivre-Tavignot : Les programmes phares sont le Master Sustainability & Social Innovation (ex-Master développement durable), qui accueille chaque année, pour un an, une cinquantaine d’étudiants venus du monde entier, et aux parcours variés (ingénieurs, sciences éco, sciences po, etc.) ; et le Certificat Social Business, validé en 6 semaines. On trouve aussi un module de formation à l’entrepreneuriat social couplé à un stage de terrain de 6 semaines auprès d’entrepreneurs sociaux ; des rencontres entre des étudiants et des femmes entrepreneures issues des quartiers sur le thème innovation et inclusion.

Autre dispositif clé : les Alter Leaders Series. Ce sont des séminaires conviant des personnalités (philosophes, entrepreneurs, chercheurs) à l’origine de modèles alternatifs. Enfin, nous bâtissons des MOOCs [massive open online course, cours en ligne ouverts à tout le monde, ndlr], à l’instar de « Devenir entrepreneur du changement », suivi par près de 50 000 personnes !
En parallèle, nous travaillons avec les responsables de cours fondamentaux à l’intégration des perspectives sociales et environnementales dans leurs enseignements.
 

Le Centre Society & Organizations (SnO) : réfléchir, enseigner et agir pour un monde inclusif et durable !

Le Centre SnO d’HEC est un centre interdisciplinaire unique en Europe. Ses membres, professeurs, chercheurs et doctorants, étudient les organisations (entreprises, ONG, régulateurs, etc.), leurs comportements et la façon dont elles appréhendent les grands défis contemporains. Les enjeux sociaux et environnementaux sont au cœur de sa recherche, de son enseignement et de son action auprès des entreprises, avec qui il collabore activement.

Nadia Stand, étudiante en Master Sustainability & Social innovation. (Crédit : Xavier Lambours)
Nadia Stand, étudiante en Master Sustainability & Social innovation. (Crédit : Xavier Lambours)

« Mettre mes compétences au service d’une économie utile à mon pays »

Avant HEC, Nadia Stand, 28 ans, native de Barranquilla (Colombie) a étudié la finance et l’économie à l’université del Rosario, à Bogota. Après cinq ans dans une société de capital-risque, elle décide de bifurquer vers une approche plus sociale du métier. « J’avais envie de mettre mes compétences au service d’une économie plus inclusive, utile à mon pays », explique-t-elle.

Ses recherches la mènent au SnO et le Master Sustainability & Social Innovation. « J’ai vite été convaincue que j’y trouverai ce que je cherchais. » Elle s’inscrit donc pour la rentrée 2017. Elle ne s’est pas trompée. « Outre la qualité des cours, j’apprécie l’espace donné au développement personnel. C’est un préalable fondamental pour comprendre l’impact que nous voulons avoir, et le type de leader que nous aimerions être. » Les séminaires Changemaker l’ont conquise. « Ce sont des journées durant lesquelles nous sortons du campus pour réfléchir à nos aspirations personnelles. »

Nadia en a retiré deux convictions : « Je veux sortir des organisations traditionnelles pour lancer mon propre business ; et je ressens une obligation morale de m’investir positivement pour mon pays. » C’est plutôt bien parti. « J’ai beaucoup avancé mon projet cette année. » Il s’agira d’une entreprise d’accompagnement des entrepreneurs sociaux et à impact en Colombie : comment fonder sa boîte, vendre ses idées, bien négocier avec les fonds de capital-risque et les autorités, etc. « Le regard critique et bienveillant des professeurs a été décisif », souligne Nadia, enthousiaste. « Je suis entrée à HEC avec une idée, et j’en sors avec un business plan ! »
 

Jean-Marc Guesné, directeur d'Ashoka France (Crédit: Xavier Lambours)
Jean-Marc Guesné, directeur d'Ashoka France (Crédit: Xavier Lambours)

« Quête de sens et entreprise : deux notions qu’on n’oppose plus »

Jean-Marc Guesné n’a pas traîné pour s’engager. Celui qui préside aujourd’hui la branche française de l’ONG Ashoka a fondé, à 19 ans, une association pour électrifier grâce à l’énergie solaire des zones rurales en Afrique. C’est donc assez naturellement qu’il s’inscrit, en 2004, au Master management du développement durable d’HEC, futur diplôme phare du SnO. « Ce qui m’a frappé d’emblée, c’est qu’HEC réconciliait quête de sens et entreprise, deux notions qu’on continuait, à l’époque, d’opposer. »

Le Master vient de naître. « En tant que première promo, nous nous sentions comme des pionniers ! », se souvient-il. À HEC, Jean-Marc Guesné se forme, bien sûr, mais se bâtit surtout un réseau. « Pour moi, HEC est une histoire de rencontres. On y croise des professeurs qui nous challengent, nous poussent, et cultivent notre droit à rêver. »

Un droit dont il a usé avec éclectisme par la suite : au Cambodge, d’abord, dans une ONG dédiée à de jeunes artisans d’art puis dans l’agriculture bio ; au Tibet, ensuite, dans l’économie pastorale ; en France, enfin, en tant qu’intrapreneur social business au sein du groupe Bel. « À HEC, j’ai appris à affiner et à écouter mon intuition… voire mon inconscience, sourit-il. Et à cultiver enthousiasme, empathie et prise d’initiative, des qualités sans lesquelles je n’aurais pas eu le parcours que j’ai eu. » De même, il a hérité de son Master une aptitude à « valoriser les rencontres et un esprit de collaboration ». Un mode de pensée essentiel à ses activités social business, qu’il partage avec les nouvelles promos d’HEC, où il enseigne désormais.
 

Marie-Laure Piednoir, chef de projet stratégie RSE chez Renault (en congé maternité). (Crédit : Xavier Lambours)
Marie-Laure Piednoir, chef de projet stratégie RSE chez Renault (en congé maternité). (Crédit : Xavier Lambours)

« Comment rendre une entreprise du CAC 40 plus responsable »

C’est forte d’un diplôme d’ingénieure et d’une envie d’élargir son horizon que Marie-Laure Piednoir a rejoint, en 2014, le Master Sustainability & Social Innovation. À 34 ans, cette diplômée de Supéléc (Rennes) est en poste au développement des systèmes multimédias chez Renault. Plancher sur les véhicules électriques de la marque lui a donné « l’envie d’approfondir la problématique développement durable », et de se former.

« La promo comptait vingt nationalités pour une quarantaine d’élèves ! Pour moi, qui avais passé dix ans dans l’industrie au sein d’une boîte franco-française, ça chamboulait positivement mes certitudes. J’y ai découvert une variété de points de vue et d’idées. » À l’issue de son cursus, elle retourne chez Renault, mais à la direction de la responsabilité sociale d’entreprise, à un poste de chef de projet stratégie RSE. L’enjeu : « Comment, dans une entreprise du CAC40, pousser des comportements plus responsables et lever les freins au changement. »

Elle dispose désormais d’outils. « Depuis mon passage à HEC, je communique mieux et je fédère donc davantage autour des missions que je pilote », explique-t-elle. De même, « convertir les diagnostics en actions concrètes » lui semble plus aisé, comme lorsqu’elle plaide pour la mise en place d’une veille sur les sujets RSE, ce qui n’existait pas jusqu’alors dans le service. Enfin, le « langage » de la finance et des dirigeants d’entreprise, acquis à HEC, lui permet, lorsqu’elle rencontre les investisseurs, « de parler d’égal à égal avec eux, et de saisir leurs logiques ».
 

Thomas André, responsable Performance & Stratégie - programme Accès à l'énergie de Schneider Electric (Crédit : Xavier Lambours)
Thomas André, responsable Performance & Stratégie - programme Accès à l'énergie de Schneider Electric (Crédit : Xavier Lambours)

« Intégrer les plus pauvres à l’économie »

Ingénieur de formation (ESME Sudria), Thomas André a très tôt voulu se réorienter. Après deux ans comme concepteur électronique dans une PME, il se tourne, en 2008, vers HEC et son Certificat Social Business/Entreprise et Pauvreté. « J’ai voulu ajouter une dimension sociale, sociétale et humaine à mon travail », justifie-t-il. « à HEC, j’ai découvert la stratégie dite “à la base de la pyramide”, qui cible les segments de population les plus pauvres, pour les intégrer à l’économie. J’en ai finalement fait mon métier ! »

À 34 ans, il occupe chez Schneider Electric une fonction transversale au sein du programme Accès à l’énergie. Ce dispositif, créé en 2009, promeut l’investissement à impact social ; développe des services et des produits développement durable et forme des électriciens dans les pays en développement, en partenariat avec des ONG locales. « Lorsque l’on planche, par exemple, sur l’électrification d’un village, on doit être capable d’intégrer des acteurs multiples (Banque mondiale, comités de village, associations de microcrédit, agents locaux, etc.) dans un système cohérent qui fonctionne. Cette vision systémique de la RSE et du développement durable, je l’ai apprise à HEC. »
 



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