Débats, opinions

La transition énergétique : Une utopie ou déjà une réalité pour les citoyens ?

Par Clément Le Roy I Publié le 19 Juillet 2018

TRIBUNE. Par Clément Le Roy, Senior Manager Energy and Utilities chez Wavestone.


(Crédit: Shutterstock)
(Crédit: Shutterstock)
Une journée chaude s’annonce en ce début d’été 2028. Au cours de la nuit, profitant d’une demande en énergie plus faible, le véhicule électrique d’Inès s’est rechargé en bénéficiant de tarifs réduits. Il s’est rechargé à 60%, ce qui lui permet amplement d’aller à son bureau, situé à 25 KM de son domicile et cela grâce aux algorithmes d’intelligence artificielle qui seront en mesure de prédire ses déplacements en fonction des jours de la semaine. Durant la journée, la machine à laver va se déclencher, consommant la production générée par les panneaux solaires installés sur le toit de la maison, en autoconsommation. Le surplus a pour partie été stocké localement et pour le reste, partagé avec plusieurs commerçants de sa rue, avec des échanges certifiés par une blockchain. 
Ainsi s’achèvera une journée type en 2028. Ou peut-être dès 2020 ? ou alors en 2035 ?

Le rythme de déploiement des innovations, tant numériques qu’énergétiques, fait partie des nombreuses accélérations qui touchent le secteur de l’Energie. Un secteur à la croisée des chemins, avec des incertitudes fortes pour les années à venir et qui concernent l’ensemble des acteurs : Etat, fournisseurs d’énergie, collectivités territoriales… et citoyens !

Energie : Peut-on vraiment parler de transition ?

A l’instar de nombreux domaines d’activités, le secteur de l’énergie est en train de connaître une transformation profonde de son modèle. Tout d’abord, parce que la prise de conscience est mondiale, comme en témoignent les actions développées par les Etats pour accélérer la transition énergétique de leur pays et la volonté d’agir sur les émissions de CO2, ou encore la forte médiatisation de la Cop 21/Accords de Paris et du OnePlanetSummit. Mais aussi, parce que le secteur est porté par de multiples innovations et le développement de nouvelles opportunités technologiques : nouvelles générations d’éoliennes onshore et offshore, gaz vert, hydrogène, technologies de rupture pour le stockage et les batteries, smart grids et microgrids
 
Si la volonté est claire, la réalité est autre : les cours actuels des énergies (prix du baril de Brent, coût de production du nucléaire, prix du carbone, …)  ne constituent pas encore un levier suffisant pour inciter massivement les industriels du secteur à s’orienter vers des moyens de production plus respectueux de l’environnement, à l’échelle mondiale. Il faut se rappeler qu’en 2018, le charbon reste la principale source de production d’électricité sur la planète. Dans ce contexte, la véritable question est de savoir quel serait le juste prix pour faire bouger les lignes définitivement ? De fortes incertitudes persistent sur cette équation économique alors même que le secteur est en pleine transformation… Une transformation souhaitée et attendue par les Français

Les Français et l’énergie : une relation faite de paradoxes !

Certes, le rapport des Français à l’énergie est fait de paradoxes. Il suffit d’être attentif aux débats, toujours vifs, sur le déploiement des compteurs intelligents Linky, sur la prolongation des centrales nucléaires, sur l’implantation des éoliennes sur la terre ou au large… En revanche, le débat citoyen sur la future loi portant sur les programmations pluriannuelles de l’énergie (PPE) n’a suscité, pour l’instant, qu’un intérêt assez limité alors que les Français avaient là une occasion unique de s’exprimer…
 
Pour autant, l’un des principaux changements que connaît le secteur de l’énergie réside notamment dans l’évolution du rapport que les citoyens eux-mêmes entretiennent vis-à-vis de l’énergie ! Il y a quelques années, lorsqu’on interrogeait les Français sur leurs préoccupations du quotidien, venait d’abord l’insécurité, le terrorisme, la précarité d’emploi, la santé et loin derrière, l’énergie et l’environnement. Aujourd’hui, nous assistons à une vraie prise de conscience du citoyen avec le sentiment de pouvoir agir… les Français s’engagent dans le quotidien.
Une très grande majorité pratique déjà les éco-gestes. Plus de 80%* sont prêts à changer leurs équipements énergivores de leurs logements et plus de la moitié souhaiteraient convertir leur véhicule thermique vers l’électrique.
 
S’ils ont une confiance très relative dans les principaux acteurs secteur (39%* des Français déclarent faire confiance aux fournisseurs d’énergie), ils ne sont pas plus convaincus par l’action de l’Etat : seuls 45%* d’entre eux estiment que l’Etat a la capacité à infléchir le mouvement vers la Transition énergétique. Ainsi, la majorité des Français pensent que les associations, les ONG, les collectivités locales et les mouvements citoyens sont le plus à même de changer la donne. Les actions des acteurs majeurs de l’Energie peinent encore à être perçues même si les annonces récentes (Total, EDF et ENGIE ont récemment annoncé des investissements massifs dans des plans solaires et de stockage) démontrent une volonté d’accélérer le mouvement vers la transition énergétique.

Un nouveau modèle énergétique à construire…

Qu’attendent les concitoyens des acteurs leaders du système énergétique ? Une réinvention et une transformation forte ! 89%* d’entre eux souhaitent que les fournisseurs d’énergie agissent davantage pour améliorer les choses. Une écrasante majorité des Français attendent de la part des énergéticiens un changement de modèle pour faire face à une double urgence : mieux répondre aux nouveaux besoins de leurs clients et, en même temps, aux attentes de la société à leur égard. Dans les priorités des années à venir : développer des solutions à grande échelle tirant partie des nouvelles technologies de production d’énergie, minimiser l’inéluctable hausse des prix et accompagner les clients pour consommer moins et mieux.
 

(Crédit : Clément Le Roy)
(Crédit : Clément Le Roy)
À propos de l'auteur :
Clément Le Roy est expert dans le secteur de l'énergie et de l'environnement. Diplômé de l’École Centrale de Nantes et d’un Mastère en Stratégie à l’ESSEC, il accompagne depuis 2005 des grands énergéticiens dans leurs transformations vers un système plus durable, plus local et plus digital, au sein du cabinet Wavestone. Il accompagne également des collectivités locales dans leur approche de l’énergie (Lyon, PACA, Bretagne, …) ainsi que les institutions (Commission de Régulation de l’Energie, ADEME, …).













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