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Planète

Le cri d’alarme des Jarawas

Par Léna Hespel I Publié le 28 Mars 2018

En Inde, le peuple afro-asiatique Jarawa se meurt. Menacé par les braconniers et le tourisme, leur mode de vie est en péril. Le gouvernement indien veut les assimiler au reste de la population. Le film "Nous sommes l'humanité", qui sort le 2 mai, les raconte.


Les Jarawas se maquillent le visage avec de la glaise (Crédit : Claire Beilvert)
Les Jarawas se maquillent le visage avec de la glaise (Crédit : Claire Beilvert)
Un zoo humain. C’est ce que sont devenues les îles Andamans, en Inde. Leur territoire est protégé et toute intrusion est passible de sept ans de prison. Pourtant une route traverse leur territoire. Quotidiennement, des convois militaires l’empruntent pour amener dans le territoire des Jarawas des touristes qui espèrent les prendre en photo. En 2013, suite au scandale révélé par Gethin Chamberlain, un journaliste du Guardian qui a réussi à filmer ce safari humain, la route a été momentanément interdite aux touristes.  Avant de réouvrir, relançant le tourisme et le braconnage...

"Des braconniers viennent sur notre territoire. Ils viennent de l’autre monde. (…) Ils tuent tous nos cochons sauvages. Quelquefois ils nous donnent de l’argent ou des vêtements. On avait l’habitude de ne manger que des cochons, mais comme il n’y en a presque plus, on a été obligé de tuer des daims pour se nourrir. (…) On ne sait pas quoi faire" expliquent dans le film les Jarawas.
 

Une grande part de l'alimentation des Jarawas vient de la chasse de cochon sauvage. Mais les braconniers épuisent leurs ressources (Crédit : Claire Beilvert)
Une grande part de l'alimentation des Jarawas vient de la chasse de cochon sauvage. Mais les braconniers épuisent leurs ressources (Crédit : Claire Beilvert)
Entre les touristes et les braconniers, les Jarawas sont de plus en plus menacés sur leur propre territoire. Il n’en reste aujourd’hui plus que 480. Le gouvernement indien voudrait assimiler les derniers d'entre eux au reste de la population. Des écoles ont été ouvertes spécialement pour les enfants jarawas. Le ministère des Affaires Tribales a même suggéré de «donner des bananes» aux enfants pour les inciter à venir en cours.

(Crédit : Claire Beilvert)
(Crédit : Claire Beilvert)
Pour alerter l'opinion publique sur leur sort, Alexandre Dereims a tourné le film « Nous sommes l’humanité » qui sortira le 2 mai. Ce peule afro-asiatique, qui a vécu isolé pendant 50 000 ans, n’avait jamais accepté d’être filmé. On ne sait quasiment rien d’eux.  
 
"Je n’ai pas cherché à expliquer ni à décrire leur mode de vie. J’ai voulu mettre en lumière ce qui nous rapprochait, leur humanité et leurs valeurs. Le plus marquant lorsque l’on partage la vie des Jarawas, c’est de sentir leur joie, d’être témoin de leur harmonie, de l’évidence de leur bonheur" confie Alexandre Dereims, le réalisateur du documentaire.
 
Le film permet une immersion totale dans leur mode de vie. Sans mise en scène et sans narrateur, il n’y a que les Jarawas qui parlent. On les voit vivre libres, sans croyances ni peurs. Et, plus inhabituel, les différentes familles réunies en plusieurs tribus vivent sans hiérarchie.

(Crédit : Claire Beilvert)
(Crédit : Claire Beilvert)
En plus du documentaire, une campagne de sensibilisation a été lancée et une pétition demande au gouvernement indien de réellement protéger les Jarawas. "Ils nous ont confié la responsabilité de diffuser leur message d’auto-détermination au monde entier" affirme Alexandre Dereims.





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