Société-Économie

"Le nouveau féminisme est un féminisme multiple"

Il n’existe pas un féminisme mais des courants divers et variés. Sorti en librairie le 2 mai, Le Nouveau Féminisme, dernier livre de Barbara Polla, permet de mieux se repérer dans cette galaxie.

I Publié le 13 Mai 2019


Le dernier livre de Barbara Polla, Le nouveau féminisme, a été publié aux éditions Odile Jacob jeudi 2 mai 2019 (Crédit : Steeve luncker Gomez)
Le dernier livre de Barbara Polla, Le nouveau féminisme, a été publié aux éditions Odile Jacob jeudi 2 mai 2019 (Crédit : Steeve luncker Gomez)
Observer et prendre part à diverses formes de féminisme, Barbara Polla l'a expérimenté tout au long sa vie. Médecin, élue politique, galeriste, mère… L’auteure a longtemps été une féministe “qui fait”.

Deux ans après ce qu’elle appelle le “tsunami Weinstein", le scandale sexuel qui a engendré le mouvement #metoo et ses répercutions à de nombreux niveaux de la société, c’est par le biais de l’écriture que l’auteure exprime son engagement, se convertissant en féministe “qui dit”.

Féminisme "qui fait", féminisme "qui dit"… Dans son dernier livre, Le Nouveau Féminisme (Éditions Odile Jacob), l’auteure aide à se repérer au sein de divers courants, qui, selon elle, s’ignoraient encore. À leurs côtés, elle recense d'autres idéologies féministes déjà populaires, voire historiques. C’est notamment le cas du féminisme universaliste (les hommes et les femmes sont des citoyens et doivent être traités selon ce principe unificateur) que l’on oppose souvent au féminisme différencialiste (les homme et les femmes sont égaux tout en étant différents par nature).

Malgré des divergences, les différents mouvements forment à l’intérieur de ce livre ce que l'auteure appelle la "galaxie féministe" : un univers humain et citoyen avant d'être genré, où la multiplicité des points de vue et des identités est, selon elle, une richesse.
 

  • We Demain : En quoi le féminisme que vous évoquez dans votre livre est-il nouveau ?

Barbara Polla : Le “nouveau” n’émerge jamais de “rien” : il est toujours le fruit du “vieux”. Ce nouveau féminisme, tel que je l’ai pensé, est donc un féminisme à l’intérieur duquel cohabitent tous les courants existants, historiques comme modernes.

Mon principal travail a été de considérer, non sans admiration et amour, le foisonnement des batailles et des désirs féminins. À partir de mes observations, j’ai par la suite tenté d’unifier ces recherches tout en conservant et en respectant la diversité des courants. L’inclusion : c’est ça, "le nouveau féminisme".
 

  • En parlant d’inclusion : le nouveau féminisme n’est donc pas réservé aux femmes, comme certains de ces courants historiques ?

Le nouveau féminisme de mes rêves est un féminisme humaniste. Ce n’est pas un féminisme contre les hommes, mais un féminisme “par les femmes” qui affecte positivement tous les autres individus. Car c’est une réalité qui n’a pas de contre-argument : plus les femmes accèdent à des droits, mieux la société se porte.

De par son caractère inclusif, ce nouveau féminisme tend donc à abolir tous les stéréotypes de genre pour permettre à tous, femmes, hommes et enfants, de se développer en fonction de qui ils sont et non en fonction de leur identité sexuelle officielle.
   

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  • Vous qui prônez un féminisme universaliste, que pensez-vous de l’écoféminisme, qui voudrait que la femme soit plus sensible à la nature que l’homme ?

On a souvent tendance à penser que les femmes sont naturellement impliquées dans le “care”, plus proches de la terre et donc plus sensibles aux questions écologiques. Il est d’ailleurs vrai que nombre de grandes figures écologiques sont des femmes...

Mais pour préserver notre environnement aujourd’hui et demain, et pour prendre la place qu’elle doit impérativement occuper, l’écologie, comme le féminisme, aura besoin de toutes les forces.

    

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  • Féminisme, écoféminisme… Quel a été le rôle d'Internet dans la fédération des groupes féministes ?

Internet et plus précisément les réseaux sociaux ont largement contribué au “tsunami Weinstein”. En ce sens, ils ont été et continuent d’être de précieux outils fédérateurs.

Le hashtag #MeToo n’a pas seulement été un moyen de dire “moi aussi, je me suis faite agressée”, il a aussi permis à certaines d’affirmer “moi aussi, je suis une femme”.

Chaque jour un peu plus, je mesure la prise de conscience favorisée par les réseaux sociaux : il ne s’en passe pas un où un homme ne cherche à me faire comprendre qu’il a changé, où une femme ne me parle pas des changements dont elle rêve ou qu’elle réalise.
    

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  • Peut-on dire que vous êtes une féministe optimiste pour l’avenir ?

Je ne suis pas optimiste. L’optimisme est une paresse, une parade... Ceci dit, chaque jour, j’essaie de contribuer à un monde si ce n’est meilleur, tout du moins vivable.

Mon optimisme, s’il en est un, est donc celui de la construction : ce que je fais aujourd’hui construit demain… C’est un optimisme qu’on retrouve dans le titre de votre revue d’ailleurs : We Demain résonne comme une invitation à la construction, ensemble.













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