Débats, opinions

"Le roman d’écologie donne à voir la condition humaine sous un jour nouveau"

I Publié le 9 Avril 2018

TRIBUNE. Par Lucile Schmid et Dalibor Frioux, cofondateurs du Prix du Roman d’Écologie


Lucile Schmid, cofondatrice du Prix du Roman d’écologie
Lucile Schmid, cofondatrice du Prix du Roman d’écologie
Les questions écologiques traversent de plus en plus la société, en France comme ailleurs. Elles résonnent dans le débat public, modifient la vie quotidienne, transforment les rôles de chacun, du scientifique à l’entrepreneur, en passant par les responsables politiques. Relation à la Nature et au progrès, construction des villes et aménagement des territoires, cause animale, modes de vie et relations entre générations, mise en question du capitalisme… l’écologie embrasse une grande diversité de thèmes et d’expressions. Elle fait partie de nos vies et joue un rôle essentiel dans la construction des perspectives lorsqu’il s’agit d’imaginer un avenir au monde. Elle est une source d’inspiration, d’engagement, de réalisation.

Mais des obstacles économiques et psychologiques freinent cette traversée. Pour reprendre la formule de Jean-Pierre Dupuy, nous ne croyons pas ce que nous savons, et la raison ne peut pas tout, surtout quand la « post-vérité » permet de tout justifier. La politique, l’information et la science ne s’adressent qu’à une partie de la nature humaine et ignorent largement d’autres ressorts, la sensibilité, l’émotion, l’empathie spontanée. Pire encore, l’écologie est parfois considérée comme dogmatique, source d’injonctions, et ennemie de la liberté.

LA LITTÉRATURE REFLET D’UN MONDE QUI SE TRANSFORME, OÙ L’ECOLOGIE EST UNE SOURCE D’INSPIRATION

La littérature permet, sans doute encore plus que d’autres formes d’expression artistiques, d’associer la quête intime, les rêves et l’invention du monde. Les grands auteurs de science-fiction étaient-ils les précurseurs du catastrophisme ? Romain Gary ou Nabokov portaient-ils déjà une préoccupation écologiste ? Oui indéniablement. Le roman d’écologie est aussi roman d’anticipation, des relations familiales, du paysage, ou roman social. Comme le projet écologique s’enroule avec la question sociale, économique ou démocratique, le roman d’écologie nous donne à voir la condition humaine et son enchevêtrement avec le monde sous un jour nouveau.

Au travail de conviction par la preuve, s’ajoute la persuasion par l’œuvre artistique. La littérature et son genre le plus populaire, le roman, y ont une place centrale. Le roman irrigue les imaginaires, ouvre des perspectives,  met en récit. Il est un témoignage d’époque. Depuis Homère ou Ovide, la nature est un élément éternel du récit. Mais à nos yeux un roman d’écologie ne prend pas la nature comme décor, mais l’homme comme partie d’un tout qui le dépasse, pour le meilleur et pour le pire. Transcendant les plans purement psychologique ou historique, il pose la question des limites entre l’humain et le non-humain, du rapport des civilisations humaines au temps, à l’espace, à l’animal, à la démesure technicienne. Il crée une distanciation salutaire, élargit nos sens, bouscule l’anthropocentrisme en replaçant les destins humains dans leurs milieux.

Dalibor Frioux, cofondateur du Prix du Roman d’Écologie
Dalibor Frioux, cofondateur du Prix du Roman d’Écologie

UN PRIX LITTÉRAIRE COMME ÉLAN CRÉATEUR

Ecofiction, écothriller, dystopie, célébration des paysages, voyages vers l’ailleurs: l’écologie alimente une autre forme d’écriture. Habituellement décrite dans son lien aux sciences ou à la politique elle habite aussi les mondes de notre vie. C’est par ses qualités littéraires qu’un roman d’écologie touche, révèle et donne de nouvelles raisons de penser et d’agir autrement. Les problématiques écologiques sont là dans leur multiplicité. « Un roman, c’est un miroir que l’on promène le long d’un chemin », disait Stendhal. La littérature anglo-saxonne possède depuis longtemps son genre, le “Nature Writing”. Il est temps de mettre en avant l’éveil de la littérature francophone.

Décerner un Prix du Roman d’Écologie répond au désir de distinguer un champ littéraire en effervescence, dont la créativité est nécessaire au développement d’une conscience des liens entre êtres humains et nature. Ce prix littéraire a été porté par une grande diversité de personnes, de générations et de parcours : étudiants en création littéraire et en études du paysage, libraires, écrivains, personnes engagées dans les causes de l’écologie. Il ne s’agit pas d’orner une œuvre d’une énième distinction mais de remercier et d’encourager un auteur qui, en sortant l’écologie d’une forme d’entre-soi, propose une autre manière de voir et de penser. Un Prix du Roman d’Écologie pour rappeler ce que nous oublions parfois dans une société qui va trop vite et où il faut toujours « faire court » que l’on peut rêver, agir et se mettre en mouvement, à l’écoute du monde, grâce à la littérature.
 













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