Débats, opinions

Loi anti-fake news : devra-t-on censurer Trump ?

TRIBUNE. Par Yann-Maël Larher, cofondateur de okaydoc.fr

I Publié le 7 Mars 2019


Avec la "loi fake news", le juge aura 48 heures pour interdire la diffusion d'une information, en l'absence de preuves (Crédit : RawPixel)
Avec la "loi fake news", le juge aura 48 heures pour interdire la diffusion d'une information, en l'absence de preuves (Crédit : RawPixel)
Le Conseil constitutionnel  a validé la proposition de loi décriée contre les fausses informations, mais celle-ci sera-t-elle efficace ? Et si nous défendions plutôt le pluralisme et l’éducation aux médias ?

La désinformation n’est pas un phénomène nouveau. Les rumeurs et les tentatives de déstabilisation existent depuis l’antiquité. En France, les fausses informations étaient déjà réprimées par une loi nationale sur la presse du 29 juillet 1881 qui s’applique à tous les supports.

Ce qui est nouveau, c’est leur ampleur et la vitesse avec laquelle les fausses informations se répandent, grâce aux médias numériques, à l’échelle de la planète. La viralité du web fait qu'il est toujours plus facile de propager rapidement des contre-vérités sur la toile que de collecter patiemment des faits étayés et recoupés. Or, on voit mal comment la France va censurer des médias étrangers opérant sur internet. 

Si l'intention est louable, la réponse est inadéquate, voire dangereuse pour la démocratie

Le plus dangereux avec cette loi est qu'un candidat à une élection ou un électeur pourra directement demander la suppression d'un contenu sur Internet. Le juge aura alors 48 heures pour interdire la diffusion d'une information en l'absence d'éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable. Mais comment déterminer le vrai du faux en si peu de temps ? Devra-t-on censurer les tweets de Donald Trump sur le réchauffement climatique ?

Le 21 novembre 2018, le président américain a encore utilisé son compte pour ironiser sur le réchauffement climatique, ce qu'il avait déjà fait il y a presque un an jour pour jour. "Le vent froid, brutal et prolongé pourrait exploser TOUS LES RECORDS - Qu'est-il arrivé au réchauffement climatique ?"a tweeté le président américain.
 

Enfin, même si les juges arrivaient à une décision, il est probable que le jugement relance l’intérêt pour la fake news sur les réseaux sociaux, selon une dynamique bien connue : l'effet Streisand.
 
La photo du domaine de Barbara Streisand à l'origine de "l'effet Streisand" (Crédit : Kenneth & Gabrielle Adelman)
La photo du domaine de Barbara Streisand à l'origine de "l'effet Streisand" (Crédit : Kenneth & Gabrielle Adelman)

L’effet Streisand désigne le phénomène par lequel le fait de vouloir faire cesser la diffusion d’une information (article, parodie, image...) sur Internet se traduit le plus souvent par l’effet contraire à celui recherché. Le nom d’effet Streisand vient du fait que la chanteuse Barbra Streisand a voulu faire cesser en 2003 la diffusion d’une photo aérienne de sa villa sur Internet en demandant notamment des dommages et intérêts astronomiques. Sa demande a finalement provoqué une diffusion beaucoup plus importante de la photo.

Proposer une nouvelle éducation aux médias

Les fake news affaiblissent l’audience des médias, en entretenant le doute sur ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Le public doute désormais de tout ce qui est en circulation. Face à ce constat implacable, il est nécessaire de proposer une nouvelle éducation aux médias, à commencer par les médias sociaux. Il est essentiel d'en délimiter les usages, ainsi que de former à l’esprit critique. L’enjeu est majeur pour la société.

Les fake news posent également un défi aux journalistes, qui doivent distinguer le vrai du faux, et dont le rôle se voit considérablement renforcé. À court terme, les fake news sont une épine dans le pied des journalistes mais, à plus long terme, elles les légitiment et leur donnent plus de poids dans la société. Car si quelqu’un peut dénoncer les informations truquées, c’est bien le journaliste professionnel.
 
"Bien informés, les hommes sont des citoyens... Mal informés, ils deviennent des sujets." Alfred Sauvy
 

Yann-Maël Larher est le confondateur de okaydoc.fr, une communauté de chercheurs et d'experts dédiés à la transformation numérique des organisations.
Il est Docteur en droit social et spécialiste des relations numériques de travail.

Retrouvez le sur Twitter : @yannmael 












Newsletter : recevez chaque semaine
une sélection de nos meilleurs articles



wedemain.fr sur votre mobile