Santé

Notre odorat a perdu 600 gènes

Par Kyrill Nikitine I Publié le 2 Juillet 2018

L’homme de la fin du 21ème siècle sera-t-il myope, sourd, obese, le nez congestionné et totalement imberbe ? Nos cinq sens sont quotidiennement agressés. Et s’ils n’étaient pas immuables ? Modifiés, fragilisés par notre vie urbaine et l’utilisation d’outils technologiques, il est pourtant urgent de les préserver. Quatrième volet de notre série: les dangers qui guettent notre odorat.


© The Guy Bourdin Estate, 2017
© The Guy Bourdin Estate, 2017
Sur les 950 gènes qui constituent notre système olfactif, seuls 350 sont encore fonctionnels. Les autres, ayant subi une détérioration, sont dits pseudogènes ou gènes fossiles. Si cette pseudogénisation touche d’autres espèces, elle est particulièrement massive chez l’homme. Alors que chez les autres primates comme le babouin, le gorille ou l’orang-outang, le taux de pseudogènes oscille entre 20 et 30 %, les humains ont vu leurs capacités olfactives encore plus diminuer.

Selon le neuroscientifique André Holley, ce déclin olfactif est en partie dû à l’évolution du rôle et de la fonction de l’odorat au sein de notre espèce :
" Si une espèce peut perdre beaucoup de gènes de récepteurs olfactifs sans voir son avenir compromis, c’est qu’elle n’a plus un besoin crucial des fonctions auxquelles ces gènes étaient autrefois associés. "(1).

De l’échelle de l’évolution à l’échelle de notre pollution, il est encore difficile de raccorder tous les liens et prédire jusqu’où ira l’érosion de l’odorat. Pour Denis ­Perron, chercheur en physiopathologie, il n’existe pas de " base olfactive minimum et autosuffisante " permettant la subsistance du système olfactif, ce déclin peut donc se prolonger. Ne plus utiliser notre nez comme le faisaient nos ancêtres chasseurs-cueilleurs pour leur survie est une chose, mais en affaiblissons-nous aujourd’hui radicalement les performances ?

Si la pseudogénisation s’évalue sur une échelle de plusieurs millions d’années, l’endommagement provoqué par un environnement citadin pollué nécessite malheureusement très peu de temps pour aggraver la situation. Car notre système olfactif est un véritable filtre. Appelé l’épithélium olfactif, la muqueuse de notre nez a une fonction vasculaire essentielle car elle permet ou non la diffusion dans notre corps de molécules toxiques. Une étude réalisée par Robyn Hudson au Mexique, où les concentrations de plomb et d’ozone dans l’air sont les plus élevées du monde, montre qu’un habitant sur cinq est victime d’un dérèglement olfactif grave et n’est plus sensible à des senteurs standards comme la cannelle, la pomme ou la banane.

Pour certains parents, il devient même difficile de faire la différence entre un lait sain et un lait tourné...

 (1) Le Cerveau gourmand, par André Holley, éd. Odile Jacob, 2006.













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