Santé

Notre toucher menacé par l'hygiène

Par Kyrill Nikitine I Publié le 3 Juillet 2018

L’homme de la fin du 21ème siècle sera-t-il myope, sourd, obese, le nez congestionné et totalement imberbe ? Nos cinq sens sont quotidiennement agressés. Et s’ils n’étaient pas immuables ? Modifiés, fragilisés par notre vie urbaine et l’utilisation d’outils technologiques, il est pourtant urgent de les préserver. Dernier volet de notre série: les dangers qui guettent notre toucher.


© The Guy Bourdin Estate, 2017
© The Guy Bourdin Estate, 2017
Nous ignorons encore beaucoup de choses sur les enjeux du toucher. Mais sans le savoir, nous agressons nos interfaces tactiles au quotidien. Prenez la mode du rasage intégral. Selon Marcel Crest, chercheur en neurobiologie:
" Ce modèle imberbe cultivé dans nos sociétés a un réel impact. Nous avons l’habitude d’associer le sens du toucher à nos mains, mais les récepteurs tactiles sont présents sur tout notre corps. Effacer leurs extensions comme le poil, c’est risquer de réduire nos sensations comme celle du plaisir ".
L’épilation répétée peut ainsi entraîner l’inflammation du bulbe pileux ou folliculite. Notre épiderme pèse bien plus sur notre évolution qu’on ne le croit, en témoigne le drame de notre adolescence. Nous produisons alors trop de sébum, cette sécrétion de notre peau censée protéger un pelage perdu depuis plusieurs millénaires, provoquant ainsi l’acné au lieu de lustrer notre fourrure. Si le toucher est encore un des sens qui se porte le mieux, certains processus physiologiques sont cependant plus inquiétants et encore peu étudiés. Ils découlent notamment de la pollution extérieure et du tout-stérilisé, le toucher semble être pris au piège.

L’hypothèse hygiéniste, avancée dès les années 1980, traduit l’idée que notre mode de vie hygiénique, devenu très strict à cause de la pollution, participe malgré nous au développement de maladies difficiles à soigner. Les allergies et les maladies auto-immunes en sont un exemple : depuis les années 1950, l’asthme et le diabète de type 1 ont augmenté de 300 % sur notre planète !

La disparition de ceux que les scientifiques appellent nos « vieux amis » ou ces bactéries vivant à la surface de notre épiderme nous fragilise : une réduction radicale de ces microbes nuirait à l’ensemble du système tactile. L’exposition dès le plus jeune âge à des microbes (qui ne soient pas de graves pathogènes infectieux) est ainsi indispensable au bon développement du système immunitaire.













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