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Débats, opinions

Pas de communs sans gouvernance démocratique

Par Myriam Bouré I Publié le 26 Juin 2018

TRIBUNE. Par Myriam Bouré, cofondatrice d'Open Food France.


(Crédit : DR)
(Crédit : DR)
Je m’appelle Myriam, j’ai cofondé Open Food France, une plateforme basée sur un logiciel libre où paysans, mangeurs, restaurateurs, peuvent organiser et opérer des circuits de distribution courts et indépendants.

Cette plateforme est aussi ce que nous appelons une plateforme coopérative, car ce sont les utilisateurs qui sont en gouvernance de la plateforme.

Nous discutons par exemple en ce moment du modèle de prix qui va s’appliquer aux utilisateurs, ce modèle de prix sera adopté par consentement des utilisateurs.

Quel est le problème? Pourquoi reconstruire des communs est si important?

Ces dernières décennies, nous nous sommes / avons été infantilisés, privés de notre pouvoir de décider de l’organisation de notre société:

- Travail: on va confier ça à de grandes entreprises ou des startups qui vont vous employer et vous dire quoi faire de vos journées.
- Santé: laissons cela à l’industrie pharmaceutique et aux médecins experts, pas la peine d’être à l’écoute de votre corps, d’apprendre les plantes médicinales, on s’en occupe pour vous.
- Alimentation: l’industrie agro-alimentaire s’occupe de tout, main dans la main avec la grande distribution. Plus besoin de savoir cultiver, ni même de cuisiner, on va vous livrer des plats tout préparés que vous aurez juste à mettre dans le micro-ondes.
- Objets: plus besoin de bricoler, il y a Ikea.
Etc.

Nous avons perdu la souveraineté sur nos propres vies, notre alimentation, notre santé, on n’est plus capables de satisfaire nos besoins de base.


Alors on doit revenir à l’autarcie et réapprendre à tout faire tout seul?

Pas l’autarcie, mais l’autonomie. Ça ne veut pas dire qu’on doit tous se remettre à cultiver, bricoler, apprendre les plante médicinales, construire sa maison. L’autonomie peut passer par réapprendre à faire en partie les choses soi-même. Mais surtout, l’autonomie pour moi c’est de retrouver la gouvernance des systèmes que nous utilisons au quotidien, et partageons en commun.
 
Par exemple: quel mot avons-nous à dire quand on va faire nos courses chez Carrefour? On ne décide pas des produits dans les rayons! Oui on peut acheter des produits bio, qui vont dans le sens de notre vision, mais on reste consommateur, c’est toujours Carrefour qui décide de ce qui est sur les étagères et pouvons acheter.

Prenons le cas du supermarché coopératif La Louve où seuls les membres peuvent faire leurs courses. Ils décident des produits sur les étals et travaillent chacun 3h/mois. c’est LEUR supermarché. Au contraire, les Nouveaux Robinsons est aussi coopérative, mais les membres se contentent d’acheter une part. On peut essayer de se faire élire pour représenter les consommateurs dans la gouvernance. Mais on reste client. La démocratie représentative ne suffit plus.


Les enjeux des communs dans l’alimentaire sont cruciaux, il est urgent d’agir!

  • 1/3 de la nourriture produite est jetée alors que 870 millions de personnes ne mangent pas à leur faim (source: ONG Phenix);
  • 75% des espèces cultivées ont disparues (source: FAO);
  • 90% des rivières européennes sont polluées, notamment aux pesticides;
  • La disparition de l’humus avec l’artificialisation des sols (bétonnage) et l’usage de phytosanitaires entraîne sécheresses ET innondations (voir article Reporterre);
  • 1 pommes d’il y a 100 ans vaut 100 pommes aujourd’hui pour leur teneur e vitamine C (voir article Nouvel Obs/Rue 89 pas mal décrié);
  • l’ensemble du système alimentaire représenterait 50% des émissions de gaz à effet de serre (source: Via Campesina);
  • 1 agriculteur se suicide tous les 2 jours en France (voir article France Bleu);
  • Le nombre de fermes en France a été divisé par 4 en 50 ans (voir article Safer);
  • Face à la disparition des abeilles qui s’empoisonnent aux pesticides, Wallmart construit des abeilles robotisées (cherchez le problème);
  • En France 92% de notre alimentation passe par 4 centrales d’achat (qui contrôle ce que nous mangeons?);
  • Monsanto (ex Monsanto devrais-je dire!)/Bayer/Dupont/Google et compagnie investissent massivement dans le big data agricole, car demain le contrôle du système alimentaire ce sera les données agricoles (un article sur le sujet de terre-net pour voir de quoi on parle).
 
Ce sont des AMAP, groupements d’achats, coopératives qui rassemblent producteurs et mangeurs sur un territoire.
Ce sont des supermarchés coopératifs.
Ce sont des systèmes de garanties participatifs comme le label Nature & Progrès.
Ce sont des connaissances ouvertes et partagées sur les méthodes culturales, la fabrication d’outils.
Ce sont des jardins communautaires.

En fait, les communs, c’est la démocratie.

“Il n’y a pas de passager dans le vaisseau-terre, nous faisons tous partie de l’équipage”, alors c’est à chacun de nous de se retrousser les manches de choisir le ou les communs qui font le plus sens pour nous, et d’avancer !

 

(Crédit : DR)
(Crédit : DR)

À propos de l'auteur: OuiShare Connector, co-fondatrice des chapitres Open Food Network en Norvège et France, je m'intéresse particulièrement à la transformation et à la décentralisation du système alimentaire, ainsi qu'aux processus de design des organisations et des modèles de gouvernance dans les organisations distribuées collaboratives (DCO).








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