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Planète

Patagonia au secours des dernières rivières sauvages d'Europe

Par Léna Hespel I Publié le 27 Mars 2018

Le 16 mars, la marque de vêtements éco-conçus a lancé une campagne de plaidoyer pour alerter sur les 3 000 barrages en projet au sud-est de l’Europe. L'entreprise demande aux banques d’arrêter d’investir dans ces projets hydroélectriques et lance une pétition...


Des habitants de la région du Coeur Bleu protestent contre les projets de barrages (Crédit : Andrew Burr)
Des habitants de la région du Coeur Bleu protestent contre les projets de barrages (Crédit : Andrew Burr)
3 000. C'est le nombre de projet de barrages dans les Balkans. Un chiffre qui a doublé en l'espace de seulement trois ans et contre lequel la marque de vêtements Patagonia s'insurge en soutenant le mouvement  "Sauvons le Cœur Bleu de l’Europe".

Vendredi 16 mars l'entreprise a lancé un site web et une pétition dans le but de protéger les dernières rivières sauvages d’Europe. Sur son site dédié au mouvement de protestation, la marque met en avant cette région méconnue entre l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie ou encore le Monténégro, qui abrite un vaste réseau de plus de 20 000 kilomètres de rivières et de fleuves qui ont façonné sa géographie encore largement sauvage.

"La Péninsule balkanique inclut 20 000 kilomètres de rivières vierges entre la Slovénie et l'Albanie. Ces rivières sont l'élément vital de villages locaux, fournissant l'eau pour cultiver et l'eau potable. Par conséquent, la destruction apportée par les barrages et les déviations, est à la fois une question environnementale et une question de droits de l'homme." alerte Mihela Hladin-Wolfe, directrice des initiatives environnementales à Patagonia.


Sur les 3000 projets de barrages, un tiers se situe dans des zones protégées comme des Parcs Nationaux ou des zones Natura 2000. Les projets de barrages menacent ces écosystèmes particuliers, mais aussi le mode de vie des communautés locales. Les écologistes reprochent entre autres aux barrages de perturber les poissons et la faune des cours d'eau, de bloquer les flux de sédiments, et de contribuer au réchauffement climatique.
 
Ces barrages représentent pour ces pays une certaine indépendance énergétique. Mais cette opposition « indépendance énergétique contre préservation de l’écosystème », les ONG, dont Euronatur et Riverwatch, et les entreprises comme Patagonia n’y croient pas. Selon cette dernière, les barrages hydroélectriques sont une technologie sale qui ne relève pas d’un mix d’énergie verte. 

" Le financement de ces barrages vient de sources multiples, y compris des promoteurs étrangers et les banques qui aiment affirmer qu'ils représentent une source d'énergie propre, verte. Cependant, la réalité est que cette hydroélectricité est la seule source d'énergie "renouvelable" qui poussent des espèces à l'extinction, qui déplace des populations, et qui contribue au réchauffement climatique." explique Mihela Hladin-Wolfe, directrice des initiatives environnementales à Patagonia

L’énergie hydraulique a toutefois quelques avantages face à l’éolien et au solaire. C’est le cas du stockage de l’énergie. Les réserves d’eau peuvent être facilement mobilisées en cas de pics de consommation ou de manque de vent ou de soleil. L'énergie hydroélectrique est par ailleurs la première source d'électricité renouvelable dans le monde.
 
Mais tous les barrages ne se valent pas. Il y a d'un côté les systèmes créés sur plusieurs niveaux à partir d’une source d’eau abondante et naturelle, qui peuvent être assez peu néfastes. En revanche, les barrages constitués d’un unique lac artificiel en altitude sont à l’origine de nombreux problèmes. Il y a les conséquences sur la faune et la flore, mais aussi leur coût très élevé, qui mène souvent dans la région à des contrats douteux et à de la corruption.


Pour protester contre ces chantiers, Patagonia a lancé une pétition et produit un documentaire qui sortira le 28 avril 2018. Le film sera diffusé en premier lieu au futur barrage Idbar en Bosnie Herzégovine, puis dans différentes métropoles européennes dont Londres, Paris, Berlin, ou Rome. 


La firme n’en est pas à son premier coup médiatique en ce qui concerne la défense de la cause environnementale. Elle avait par exemple déjà pris position en décembre 2017 contre Donald Trump concernant la réduction des sites naturels protégés aux Etats-Unis.
 
Venant d'une marque, ce type d'initiative peut  surprendre. Et on peut se demander si les actions menées relèvent réellement d'une activité militante ou  plutôt de la communication.... Mais le fait est que Patagonia est une entreprise atypique. Depuis sa création en 1972 par Yvon Chouinard, elle s'est démarquée de la concurrence en misant sur l'éco-conception, par exemple en inventant la polaire en bouteille d'eau recyclée, ou plus récemment un jean's économe en teinture. Depuis 1985, Patagonia a reversé 89 millions de dollars à des ONG et fondé en 2002 le label 1% for the Planet, qui incite les marques à soutenir la cause environnementale. En 2012, elle rejoignait le mouvement B-Corp. La plus haute distinction en termes d'engagement écologique et social pour une entreprise. Un exemple à suivre !









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