Planète

Paul Watson, le pirate qui aimait les baleines

Par Frédéric Joignot I Publié le 7 Juillet 2020

Depuis les années 1970, ses interventions musclées contre la pêche illégale au sein de Greenpeace puis de son ONG Sea Shepherd, ont forcé l’admiration, mais aussi défrayé la chronique judiciaire. Rencontre avec un pirate sexagénaire qui ne compte pas prendre sa retraite. Extraits.


Paul Watson en 2007 devant le Farley Mowat, bateau de Sea Shepherd. (Crédit : James Nachtwey/James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth)
Paul Watson en 2007 devant le Farley Mowat, bateau de Sea Shepherd. (Crédit : James Nachtwey/James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth)

Retrouvez cet entretien dans son intégralité dans le numéro d’été de la revue We Demain, disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne

Le capitaine Watson, 69 ans, n’est pas un gentil militant. Face à l’implacable dégradation des océans par la pollution, face à l’extinction les grandes espèces marines par la surpêche industrielle et le braconnage, il nous renvoie à nos responsabilités et à notre apathie.
  
"Tout le monde se dit écologiste jusqu’à ce que cela implique d’agir et de renoncer à quelque chose", comme il le rappelle. Lui a choisi.
   
En 1977, Paul Watson a été exclu de la direction de Greenpeace parce qu’il avait arraché une massue des mains d’un tueur de phoque. Il ne pouvait se résoudre à témoigner du massacre : il voulait l’arrêter. La même année, il a fondé la Sea Shepherd Conservation Society dans ce but : se consacrer à la défense des océans et de peuples de la mer par l’action directe, à bord de ses propres bateaux.
 
Depuis, ses inlassables interventions pour paralyser les baleiniers, poursuivre les pêcheurs illégaux, détruire les filets dérivants, protéger les sanctuaires marins ont forcé l’admiration, mais aussi défrayé la chronique judiciaire. En 2012, deux mandats d’arrêts internationaux ont été émis contre lui par le Japon et le Costa Rica, qui l’accusaient d’"éco-terrorisme". Ce qui a conduit à sa brève incarcération en Allemagne, puis à sa fuite alors qu’il y était assigné à résidence. Blanchi par le Costa Rica en 2019, Paul Watson vit désormais dans le Vermont (États-Unis) et continue son combat.
 
"Nous sommes les pirates de la compassion face aux pirates du profit", revendique-t-il. Son ONG, entièrement financée par des dons, compte aujourd’hui dix bateaux d’intervention, un hélicoptère et deux drones d’observation, et ses équipes travaillent en collaboration de plus en plus étroite avec des gouvernements. En 2019, Sea Shepherd a ainsi mené trente-trois campagnes, et elle ne manque pas de projets pour 2020. Du seul côté de son antenne française, l’ONG poursuit ainsi la campagne documentant le massacre des dauphins par la pêche au chalut sur la côte atlantique, et lance une opération à Mayotte pour sauver les tortues géantes.
 
  • We Demain : En 1977, vous quittez Greenpeace pour fonder Sea Shepherd. Qu’est-ce que vous leur reprochez ?
  
Paul Watson :
 Greenpeace est une organisation de protestation, et de mon point de vue la protestation est une approche de soumission. Quand on marche dans une rue et qu’on assiste au viol d’une femme ou à la mise à mort d’un animal, on ne peut pas se contenter de prendre des photos ou d’accrocher une bannière de protestation. Vous devez intervenir… Face aux violations de la nature aussi, nous devons intervenir. J’ai créé Sea Shepherd pour me consacrer à la conservation marine par des actions directes de sauvetage de la faune et des écosystèmes.
 
  • Vous vouliez abandonner la non-violence ?
     
J’ai élaboré une stratégie que j’appelle la "non-violence agressive". Nous respectons les limites de ce qui est acceptable par la loi. Nous intervenons directement, sur le terrain, pour faire respecter les lois internationales de conservation de la nature et arrêter les massacres en cours. Nous paralysons ou quelquefois détruisons des biens (navires, armes…) qui sont utilisés pendant des activités reconnues comme illégales, mais nous le faisons sans blesser personne, sans causer de décès, sans dommage physique. D’ailleurs notre bilan, après quarante-trois ans d’activité, est éloquent : nous n’avons jamais causé, ni subi, blessures et pertes, jamais. Mais pour nous, la destruction de biens comme des harpons ou des bateaux de chasse n’est pas de la violence, quand elle sauve des vies d’êtres protégés par la loi internationale… Des êtres sensibles, intelligents, à qui nous infligeons des souffrances indicibles. De mon point de vue, l’approche de Greenpeace consistant à seulement témoigner des massacres et des violations relève de la lâcheté.
 
(…)
 
  • Le 20  février, 1 000 scientifiques ont signé dans Le Monde une tribune alarmiste, intitulée "Face à la crise climatique, la rébellion est nécessaire" et appelant à la "désobéissance civile". Les temps, les stratégies changent ?
    
Je corrigerais cette question en disant "une tribune réaliste pour agir afin de contrer une grave menace pour notre survie collective". Les dirigeants mondiaux semblent ignorer volontairement cette menace et une grande partie du public a choisi d’être apathique. Le changement climatique constitue une menace très sérieuse pour notre survie, qui a été validée par la science. Je vérifie tous les jours les parties par million (ppm) de dioxyde de carbone contenue dans l’atmosphère enregistrée à l’observatoire de Mauna Loa (Hawaï), et ce mois-ci elles ont dépassé 413 ppm [une concentration jamais atteinte depuis 2,5 millions d’années]. En tant que marin, je vois partout l’impact négatif du réchauffement climatique sur la mer, sur les vents – surtout dans l’Arctique et l’Antarctique, où les glaciers se disloquent et fondent à un rythme accéléré. Lorsque les dirigeants mondiaux refusent de répondre à cette menace, le seul recours est la désobéissance civile. C’est pourquoi nous assistons maintenant à toutes ces grèves étudiantes, à l’apparition de mouvements comme Extinction Rebellion…












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