Planète

Peter Wohlleben : "Nous avons réalisé ce que perdre la nature implique pour notre bien-être"

Par Julien Millanvoye I Publié le 27 Août 2020

LA REVUE. Depuis la fin du confinement s’exprime un puissant désir de verdure. Une envie de s’en rapprocher, de la respecter. Dans un nouveau livre, l’auteur du best-seller mondial "La vie secrète des arbres" explore les ressorts de cette aspiration et ses conséquences sur nos villes et campagnes.


(Crédit : Marcus Simaitis/LAIF-REA)
(Crédit : Marcus Simaitis/LAIF-REA)

Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans notre numéro d'automne, disponible en kiosque le 27 août et sur notre boutique en ligne.

Forestier de profession, l’Allemand Peter Wohlleben a fait changer le regard de millions de lectrices et lecteurs sur la nature, avec son best-seller mondial La vie secrète des arbres. Son dernier ouvrage, L’homme et la nature, paru aux éditions Arènes en juin, explore notre relation à ces créatures ainsi que la façon dont elles communiquent entre elles, échangent, ressentent et pourquoi il nous est impossible de nous en passer.

Notre bien-être psychique et physique en dépendrait, tout comme l’enjeu climatique. Après le confinement, l’essayiste affirme que c’est sur la vie sauvage que repose, non pas tant la survie de l’humanité, que son épanouissement.

Extrait de ce grand entretien.
 

  • We Demain : La crise du Covid-19 et le confinement semblent avoir réveillé chez beaucoup le désir de se rapprocher de la nature. Avez-vous perçu cette aspiration ?
 
Peter Wohlleben : Oui. Je pense vraiment que sur ce point nous avons assisté à un bouleversement très rapide de la société. Première remarque : nous avons pu observer que, dès que l’on a su qu’il serait impossible de se déplacer durant plusieurs mois, un grand nombre de personnes se sont précipitées vers les campagnes pour un confinement plus confortable. Pendant cette période, elles se sont de fait rapprochées de la nature.

Second point : L’inquiétude écologique grandit, parce que nous avons pu voir quelles conséquences pouvait avoir sur nos existences un minuscule virus, alors même nous modifions en profondeur les paramètres les plus colossaux de la nature : la température et la concentration de CO2 dans l’atmosphère, entre autres. Les effets concrets de tels changements sont désormais un peu plus imaginables.

Par exemple, en Allemagne, le plan de soutien économique spécial Covid exclut de fait toute subvention à l’industrie automobile… sauf pour les véhicules électriques. C’était impensable voilà quelques années. De plus, et c’est crucial, l’Europe envisage enfin de faire preuve de solidarité interétatique.
 
Pour moi, c’est lié à la question environnementale car le plus important est d’agir ensemble, de coopérer, de ne pas être en compétition entre pays ou entre individus.

C’est un nouvel état d’esprit. Je ne sais pas s’il durera très longtemps, mais il existe, et il diffère singulièrement de celui qui prévalait avant le coronavirus. D’une manière générale, les régulations européennes avancent dans le bon sens. Quand j’entends parler d’un projet de "Green New Deal" européen, je reprends espoir. Je cesse de voir la vie en noir, je la vois en vert !

Et puis, nous avons pu expérimenter ce que signifie la liberté, la liberté de voyager, mais aussi de profiter de la nature. Ou plutôt : ce que la perdre implique pour notre bien-être. Selon moi, le confinement a poussé beaucoup de gens à repenser leur relation avec la nature. À prendre conscience que notre avenir repose sur notre capacité à en prendre soin. Je suis donc très optimiste sur ce qui nous attend.
 
  • L’urbanisation de nos sociétés explique-t-elle selon vous la pandémie ? Ou est-ce trop tôt pour le dire ?
 
Non, ce n’est pas trop tôt pour le dire, c’est certain au contraire. Bien sûr, les scientifiques ne sont pas encore en mesure d’affirmer d’où exactement est parti ce virus. Mais il est factuel que détruire la nature revient à ouvrir de nouveaux écosystèmes, dans lesquels existent des virus et des bactéries inconnues. Les virus les plus redoutables nous arrivent tout droit de l'espace sauvage, de notre interaction avec lui, à mesure que nous le défrichons. L’origine de cette pandémie, c’est la façon dont nous avons cru pouvoir tout gérer, tout dominer. Nous constatons que ce n’est pas le cas.
 
  • Pourquoi la nature nous fait-elle autant de bien ?
 
Nous sommes ce que nous sommes parce que nous pouvons manger des aliments cuits. C’est la raison principale qui explique le développement de notre cerveau, donc de notre espèce. Or pour cuire des repas, nous avons besoin de bois et pour le bois, nous avons besoin des arbres. Cette relation dure depuis des millions d’années. Ce n’est donc pas une surprise si l’évolution nous a conduits à aimer la proximité des forêts et des arbres.

Les exemples sont multiples. Au contact de la nature, notre système immunitaire se renforce. Dans les hôpitaux, les patients se remettent plus vite si, par la fenêtre de leur chambre, ils ont vue sur des arbres plutôt que sur un mur. Une étude menée à Toronto démontre également que, en ville, les personnes habitant des rues arborées vivent plus longtemps que les résidents de quartiers dépourvus de végétation. Pour ne citer que ces quelques exemples.

La suite de ce grand entretien est à lire dans le numéro 31 de We Demain.











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