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Pour que l’Île-de-France ne devienne pas une autoroute, imitons l’Asie : développons le train !

TRIBUNE. Par Alain Krakovitch, directeur général de SNCF Transilien et auteur du livre "Métropolitrain".

I Publié le 18 Juin 2019


(Crédit : DR)
(Crédit : DR)
Il y a urgence à agir. Les métropoles deviennent des mégapoles de plus de 10 millions d’habitants. Elles ne cessent de croître en nombre : 10 en 1990, 43 en 2030 (sources ONU) et en taille : 37 millions d’habitants à Tokyo aujourd’hui, 85 millions à Lagos en 2100. Les mégapoles de demain seront aussi peuplées que les pays d’aujourd’hui !

Cette concentration urbaine rime avec une croissance exponentielle des déplacements : les villes millionnaires en habitants sont aussi milliardaires en déplacements.

Saviez-vous qu’en Ile-de-France on compte aujourd’hui 3 milliards de voyages en transports en commun par an, 6 milliards en voiture. Et cette mobilité ne cesse de croitre : + 20 % de trafic d’ici 8 ans alors même que le système est déjà saturé aux heures de pointe.

C’est un mouvement sans retour en arrière possible. D’autant que la mobilité est un droit fondamental, un droit qui ouvre à tous les droits : travailler, se soigner, étudier, se divertir.
 
Comment préparer et opérer un service irréprochable de mobilité dans ce contexte ?

S’inspirer du modèle asiatique

Repenser le système de Mass Transit, en Ile-de-France, un des 10 plus importants réseaux mondiaux, c’est étudier et adapter ce qui se fait de mieux au monde : l’organisation des transports dans les grandes métropoles, notamment d’Asie.

Car il faut comparer notre situation avec celle de l’Asie, et sans doute d’abord avec Tokyo, où la régularité des trains y est de 99 %. 16 lignes ont plus 1 million de voyageurs par jour, 3 en ont plus de 3 millions. Les transports quotidiens y sont assurés à plus de 60 % en transport collectif, et par 40 compagnies différentes.
 
Il y a urgence à agir car les flux ne cessent de grossir et les systèmes de transport s’inscrivent sur le temps long : quand on raisonne sur les infrastructures de transport, ce que l’on conçoit aujourd’hui ne se concrétise que 15 ans après.
 
Urgence sociétale car 1 francilien sur 2 veut quitter l’IDF (Forum Vies mobiles) et les transports y ont leur part de responsabilité, malgré tous nos efforts et les investissements d’Ile de France Mobilités.
 
Urgence écologique car les routes représentent 72 % des émissions de gaz à effet de serre contre 0,5% pour le rail, ce qui fait du train le moyen de transport qui émet le moins de CO2, ramené au voyageur transporté.
 
Singapour refuse de dépasser 12 % de son espace public réservé aux déplacements (routes, parking, voies ferrées…). Los Angeles en est à 50%. En Ile-de-France, nous ne mesurons pas ce chiffre, qui doit être autour de 30 %, et je trouve cela dommage car il devrait être un indicateur de politique publique.

Je pose la question : souhaitons-nous que l’IDF devienne l’immense autoroute urbaine qu’est Los Angeles ? 

Le mirage des voitures autonomes

Pour répondre à ces enjeux immenses, je vois trop souvent proposé comme la solution d’avenir les voitures autonomes. Certains vont jusqu’à prédire, à horizon 2050, un quasi-monopole de ces flottes de voitures remplaçant ainsi les transports en commun. Cette vision est un mirage.

Il est particulièrement périlleux de faire reposer l’avenir de la mobilité des métropoles sur ces seuls véhicules intelligents. L’espace en zone dense est LA ressource rare et le grand défaut du véhicule autonome est d’occuper beaucoup d’espace, à l’arrêt comme en mouvement pour… très peu de personnes transportées. Il ne règlera pas la question de la congestion voire pourrait accentuer la thrombose des villes.

Un embouteillage de voitures autonomes restera un embouteillage !

Le train d’avenir

Ma conviction : le train est indispensable pour assurer la mobilité des métropoles. C’est le seul mode de transport qui permette d’allier grands flux, fréquence, vitesse, écologie, grandes distances et économie. La rénovation, la modernisation et le développement du réseau, ou le renouvellement massif des rames, sont indispensables. Mais hélas insuffisants.

Alors comment répondre à ce défi en Ile-de-France ? En anticipant des solutions de rupture et en simplifiant le système de Mass Transit, à l’exemple des réseaux asiatiques.
 
Nous avons déjà engagé deux simplifications majeures. Le train autonome, d’une part, qui permet des gains considérables en termes de vitesse, de capacité et de fréquence. Et d’autre part, des dessertes moins longues, moins complexes et donc plus robustes.
 
Mais il faut aller plus loin. Et l’intégration, entre le gestionnaire du rail, de la gare et du train est à mon sens indispensable à la gestion ferroviaire d’avenir en zone dense, et ce, non pas de manière globale, mais à l’échelle d’une ligne.

Les tours de contrôle ferroviaire de Tokyo ou de Hong Kong sont d’immenses salles où tous les acteurs concourants au train sont réunis : aiguilleurs, électriciens, mais aussi gestionnaires de rames et de conducteurs, responsables de l’information voyageurs, de la sûreté… Cette intégration apporte la réduction des interfaces et donc la réactivité indispensable dans le Mass Transit où tout se joue à la seconde près.
 
Ces évolutions sont pour moi essentielles et à la hauteur des enjeux. La mobilité Mass Transit, la mobilité des Métropoles, cristallisent tant d’espoirs. Car ce qui est en jeu, c’est la qualité de vie des millions d’habitants des métropoles pour les 50 ans à venir.
 
J’en suis convaincu : le train, capacitaire, sûr, écologique et bientôt autonome, est la réponse incontournable pour relever ce défi













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