Débats, opinions

Pourquoi l'An Zéro n'aura pas lieu

TRIBUNE. Par le collectif la Bascule, mouvement impulsé par Maxime de Rostolan et des étudiants, qui entend accélérer la transition écologique et sociale.

I Publié le 1 Août 2019


Guéret, dans la Creuse. (Crédit : La Bascule)
Guéret, dans la Creuse. (Crédit : La Bascule)
L'An Zéro, le rassemblement inédit qu'organisent la Bascule et plusieurs organisations depuis plus de deux mois, vient de recevoir un nouveau coup dur qui compromet la tenue de l'événement. En cette période de doutes, l'importance pour la société civile de s'organiser et proposer une réponse structurée aux crises apparaît comme essentielle. Puisse cette initiative qui va dans le sens du dialogue se concrétiser rapidement, nous en avons tant besoin !

Une fois n’est pas coutume, nous ne rappellerons pas en introduction que la situation mondiale est catastrophique et que si rien n’est fait en urgence nos petits-enfants n’auront pas la chance d’en avoir.

Dans ce contexte de crise de civilisation, l’ambition qui a donné naissance à la Bascule est énorme : créer une vague citoyenne pour déferler sur nos institutions et faire émerger l’intérêt général comme seul phare à la vie politique.

L’association a tout de suite réuni dans un même lieu de vie des dizaines de bénévoles, souvent jeunes, tous déterminés et à plein temps ; des missions se sont dessinées par l’intelligence collective : agir sur la politique (convention citoyenne, démocratie locale 2020, lobbying d’intérêt collectif), sur les outils numériques pour créer une alternative à Facebook & Co dont le pouvoir en particulier auprès des gouvernements est inacceptable, sur les territoires en créant des cellules d’actions locales, sur les entreprises en accompagnant celles qui répondent à de vrais besoins ET le font en régénérant les écosystèmes, sur les nouveaux récits en infusant dans l’imaginaire collectif des scénarios inspirants pour un futur désirable.

Le tout en tendant vers l’autonomie (alimentaire et énergétique) et dans le souci, au quotidien, du respect de notre humanité avec une gouvernance partagée qui s’installe petit à petit grâce à des personnes dédiées au ‘chemin’.
    

L’An Zéro discrédité

La mobilisation citoyenne a également été identifiée comme un chantier énorme dans lequel s’investir et nous avons alors lancé l’idée de l’An Zéro : un rassemblement conçu pour parler stratégies avec les acteurs et responsables engagés, permettre la convergence et identifier des pistes d’actions pour tous ceux qui veulent consacrer (un peu de) leur énergie à résoudre les problèmes que connaît la société.

Lancée le 3 juin avec les premiers partenaires motivés, l’organisation de l’An Zéro en un temps record (d’aucuns diront "irréaliste") se frotte depuis à une succession de sérieux obstacles. Le premier lieu choisi, particulièrement symbolique dans l’univers des luttes militantes, n’a pas fonctionné. Par manque de concertation en amont et sous la menace de sabotages, nous avons été contraints de trouver un nouveau site. Une étoile sembla alors s’allumer à quelques kilomètres de là, nous permettant de nous installer dans la foulée d’un festival de musique dont nous pouvions récupérer toutes les infrastructures, avec toute l’adaptabilité que cela implique.

En parallèle de la dimension logistique, avec laquelle nous composions au mieux, s’est déployée sur les réseaux une campagne de discréditation de l’An Zéro par une (micro)sphère d’activistes, partisans d’une approche révolutionnaire. Ils ont lancé des rumeurs afin de semer le doute autour de nos intentions. Les dernières semaines, des tribunes d’anonymes à l’amalgame facile ou de journalistes à l’éthique curieuse, qui tentent absurdement de faire passer notre initiative pour macroniste et complaisante avec le capitalisme, minent notre quotidien en mettant notre motivation et notre image à rude épreuve. Cela aura eu le mérite de mettre sur la table du milieu écologiste le débat sur la complémentarité des dynamiques, à laquelle nous croyons mais que certaines tendances ne souhaitent manifestement pas. Et comme toujours, ce sont ceux qui critiquent que l’on entend, les pourtant nombreux soutiens bienveillants et motivés ayant du mal à éteindre le feu de paille.
 
Depuis un mois malgré tout cela, le programme s’étoffe. La proposition éditoriale est magnifique. Toute l’équipe de la Bascule, dont une partie est à fond sur l’organisation de l’An Zéro, prend coup sur coup mais s’accroche, s’adapte, résiste. Dans chacun des ‘villages’ ont été imaginés des formations, des conférences, des ateliers. Plus de 120 intervenants passionnants, de tous horizons, avaient prévu de venir présenter leur vision, leurs idées de stratégie à mettre en œuvre collectivement ; 80 organisations partenaires ont quant à elles échafaudé des animations, des temps d’intelligence collective, pour embarquer tous les participants dans une aventure inédite et leur permettre d’amplifier leur engagement.

Malheureusement, il y a quelques jours est tombé le coup de grâce : après avoir composé pendant des semaines avec le flou du changement de site, nous avons fini par recevoir des prestataires les devis des installations, après la remise du dossier en préfecture quand plus rien ne pouvait être modifié. Le choc est douloureux, l’addition bien plus piquante que prévu et la quote-part financière qui nous est demandée pour couvrir les frais est de très loin supérieure au budget initialement annoncé.

Les 6 mois de la Bascule

À force d’enchaîner les difficultés et parvenir tant bien que mal à rebondir sur chacune d’elles, le moral s’use, le plaisir disparaît, les tensions se multiplient. Cette inattendue et improbable équation financière à trop d’inconnues torpille nos derniers espoirs. Si nous sommes plus que jamais convaincus qu’il est important et nécessaire de créer un vrai espace-temps de construction d’une stratégie collective, nous devons aujourd’hui admettre que cette audacieuse idée mérite une plus longue préparation et des étoiles alignées. Certains nous avaient prévenus, d’autres nous ont encouragés, les plus heureux en cet instant nous ont mis des bâtons dans les roues.

Nous ne pouvons pas risquer de condamner une si jeune association avec autant d’idées dans la tête pour un premier projet qui se passe mal. Devant les signaux qui s’accumulent, nous prenons la (très) douloureuse décision de reporter l’An Zéro, et de nous donner le temps de réfléchir à la plus utile des feuilles de route pour les mois à venir. Les postures, dont les lignes se tranchent sous l’effet des crises qui nous secouent, alors qu’elles nous enferment quand elles sont dogmatiques et n’ont pas conscience les unes des autres et de la notion d’intérêt collectif, pourraient nous ouvrir des perspectives désirables si elles savaient dialoguer, se respecter mutuellement et coopérer.

Avec quelques partenaires et intervenants annoncés pour l’An Zéro, nous consacrerons les 30, 31 août et 1er septembre à réfléchir à nos erreurs, mais aussi à imaginer la suite à donner à cette dynamique inédite de la Bascule, qui fêtera ses 6 mois à ce moment-là.

Nous souhaitons remercier tous les partenaires, intervenants et artistes pour leur confiance, et leur présenter nos excuses de l’avoir déçue. Nous espérons trouver comment transformer ce tour de chauffe en la lame de fond promise. Nous tenons aussi à exprimer toute notre admiration et notre gratitude à tous les basculeurs, qui se donnent sans compter depuis des mois... Nous n’avons pas fini de faire des sauts de géants dans cette fabuleuse école de la vie. Nous aimerions également dire, à ceux qui ont contribué à faire vaciller ce projet, que si leur stratégie se résume à détruire tous ceux qui tentent des choses, il y a des projets plus pertinents à saborder qu’une initiative engagée, sincère et collective ; que notre monde a besoin non de violence mais de solidarité et d’amour.

Enfin, vous qui lisez ces lignes et n’avez pas forcément tout compris à cette histoire, soyez assurés que nous ne renonçons pas à tenter de changer le système. Il est évident que nous n’y arriverons que si tout le monde s’y met, et nous sommes persuadés que l’approche collaborative, l’intelligence collective et la gouvernance partagée que nous expérimentons est une des composantes précieuses de la solution. Si vous pensez vous aussi que c’est le cas, suivez la Bascule...on vous tient bientôt au courant de la suite !
  













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