Société-Économie

Pourquoi le cash n’a pas dit son dernier mot

Par I Publié le 12 Mars 2020

La Suède impose depuis le 1er janvier à ses banques de continuer à distribuer de l’argent liquide, tandis que certaines villes américaines interdisent les magasins “cashless”. Objectif : lutter contre les discriminations, les plus précaires et les plus âgés étant souvent privés de moyens de paiement digitaux.


Bien qu'en recul, les espèces représentent encore 68 % des paiements en magasin en France.  (Crédit : Shutterstock)
Bien qu'en recul, les espèces représentent encore 68 % des paiements en magasin en France. (Crédit : Shutterstock)

Dépassé, le cash ? Voilà maintenant quelques années que sa disparition est annoncée, au profit de la carte bancaire, du paiement mobile, et des nouvelles monnaies virtuelles comme le Bitcoin, l’Éther ou la Libra. Championne de cette digitalisation de l’économie : la Suède, où les couronnes sonnantes et trébuchantes ne représentent plus que 13 % des transactions monétaires et 80 % de la population utilise une carte bancaire pour régler ses dépenses.

Le parlement suédois a pourtant fait passer fin 2019 une loi imposant l’obligation pour les banques de fournir des services en liquide à leurs clients. Le texte, actuellement en phase de test avant une entrée en vigueur prévue pour le 1er janvier 2021, veut garantir aux Suédois la possibilité de retirer ou déposer de l’argent liquide dans un rayon de 25 kilomètres autour de leur domicile.

Parmi les raisons invoquées : protéger les plus vulnérables, qui peinent à accéder à des services en cash, et laisser à chacun la liberté de choisir son moyen de paiement. Une liberté de choix que revendiquent également New York, Philadelphie et San Francisco. Les villes américaines ont décidé d’interdire les commerces “cashless”, c’est-à-dire n’acceptant plus les paiements en liquide. 

Nous nous dirigeons vers une économie sans cash, où la technologie nous permet de payer très facilement [...]”, reconnaît Annamaria Lusardi, professeure à la George Washington School of Business, dans le média économique Quartz. “Mais il existe une partie, non négligeable, de la société qui préfère, ou est contrainte de, recourir au paiement liquide.

Inclure les plus âgés et les précaires

La dématérialisation des paiements reste en effet inaccessible pour certaines franges de la population. Elle implique de posséder un compte bancaire, ou, dans le cas d’un paiement mobile, d'avoir accès à un smartphone, à une connexion Internet, et de maîtriser les outils numériques. Autant de conditions qui excluent les plus âgés, immigrés, touristes, sans domicile fixe, ou les personnes en situation de précarité.

La fracture numérique, ce n'est pas juste une personne âgée qui ne peut pas accéder à sa déclaration d'impôts en ligne”, souligne Patrice Baubeau, historien de la monnaie, sur France Culture . Selon lui, cela peut empêcher "toute personne qui ne dispose pas des moyens numériques de pouvoir faire des transactions quotidiennes.

À New York, selon un rapport paru en 2019, un foyer sur dix est dépourvu de compte bancaire. 20 % d'entre eux vivent dans le Bronx, un des quartiers les plus défavorisés de la ville.

La pauvreté, et non l’âge, est le critère majeur de dépendance à l'argent liquide”, renchérit Natalie Ceeney, membre de l’organisme indépendant britannique Innovate Finance, dans son rapport “Is Britain ready to go cashless?”. “Nous risquons de foncer comme des somnambules dans une société sans cash, sans que nous, et pas seulement des individus, mais bien la société dans son ensemble, ne soyons prêts." Les personnes précaires, mais aussi celles atteintes de maladies physiques ou mentales, préfèrent encore recourir au paiement en espèces, qui leur offre un plus grand degré de contrôle (des dépenses, mais aussi de potentiels intermédiaires qui effectuent les achats…). 


Et en France ?

En France, les adeptes du cash sont pour l’instant protégés par le code monétaire et financier, qui garantit la possibilité pour toute personne domiciliée en France d’ouvrir un compte bancaire, d’accéder gratuitement aux services de base, et qui interdit aux commerces, même estampillés "cashless”, de refuser un paiement en liquide. Les pièces et billets interviennent encore dans plus de la moitié des règlements de moins de 20 euros, et 90 % des paiements inférieurs à 5 euros, estime la Banque de France.

Ceux qui utilisent le plus les espèces sont “les consommateurs âgés de 55 à 64 ans”, qui règlent avec presque les trois quarts de leurs achats, ainsi que “les personnes les plus modestes”, poursuit l’institution.

L’écrasante majorité de la population (98,9 %) vit à moins de 15 minutes en voiture d’un distributeur de billets.












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