Débats, opinions

Pourquoi le revenu universel sera un interdit aussi fort que l’inceste

Par I Publié le 26 Janvier 2018

CHRONIQUE. Par Laurent Alexandre, Chirurgien-urologue et neurobiologiste, fondateur de Doctissimo et Président de DNAvision.


Le revenu universel de base fascine les penseurs politiques et plaît à une part croissante d’une opinion déboussolée. (Crédit : Pixabay)
Le revenu universel de base fascine les penseurs politiques et plaît à une part croissante d’une opinion déboussolée. (Crédit : Pixabay)
La vague populiste traduit le refus par l’opinion de la complexité technologique et politique du monde pour réclamer, par pensée magique, des solutions simples. Le revenu universel de base fascine les penseurs politiques et plaît à une part croissante d’une opinion déboussolée.
 
La crainte d’une destruction massive d’emplois du fait d’une intelligence artificielle (IA) toujours plus sophistiquée puis de sa fusion avec les robots inquiète l’opinion. Nous avons bâti une économie de la connaissance, sans réaliser que nous allions donner un avantage immense aux gens maîtrisant les données, dotés de plasticité cérébrale leur permettant de changer régulièrement de métiers et de se former leur vie durant  : toutes qualités qui sont mesurées par le QI.
 
Un point de QI supplémentaire fera de plus en plus la différence dans la société de la connaissance. Au-delà des fantasmes irrationnels, le revenu universel temporaire peut être un outil de modernisation de l’économie et d’adaptation de la population à la révolution des automates intelligents ou un piège mortel – au nom de bons sentiments – pour l’Humanité.

Le RU temporaire pour mieux s’adapter à l’IA

La Silicon Valley et l’ensemble de la côte Ouest des États-Unis ont bien compris que nous traversons une révolution économique inédite et que l’adaptation des travailleurs sera difficile.

Mark Zuckerberg a décrit les dizaines de millions d’emplois que l’IA allait rapidement détruire et proposé une mise en place rapide du RU. (Crédit : Flickr)
Mark Zuckerberg a décrit les dizaines de millions d’emplois que l’IA allait rapidement détruire et proposé une mise en place rapide du RU. (Crédit : Flickr)
Les milliardaires du numérique – Mark Zuckerberg, Bill Gates, Peter Thiel, Elon Musk… – défendent désormais le revenu universel (RU). À leurs yeux, il s’agit de permettre aux gens de s’adapter lorsque leur emploi est détruit par l’IA et de pouvoir déménager et suivre une formation afin de rebondir.
 
Le 25  mai 2017, Mark Zuckerberg, dans son discours de Harvard, a décrit les dizaines de millions d’emplois que l’IA allait rapidement détruire et proposé une mise en place rapide du RU. Il s’agit de fait d’une nouvelle facette de l’État providence couvrant un nouveau risque  : le risque IA.

Le RU permanent serait suicidaire face à l’IA

Si un revenu universel temporaire peut permettre de rebondir, il ne doit pas devenir un alibi pour ne pas réformer l’éducation. Le RU pourrait devenir cauchemardesque s’il endort les citoyens dépassés par l’IA au lieu d’exiger que l’État modernise le mammouth.
 
Il faut lancer la bataille de l’école et augmenter la complémentarité avec l’intelligence artificielle pour permettre aux enfants de rester compétitifs face à l’IA. Cela suppose de cartographier la frontière technologique pour adapter en temps réel le système éducatif aux progrès de l’IA et accroître le QI de nos enfants.
 
L’horrible réalité est que le tabou du QI traduit le désir inconscient et indicible des élites intellectuelles de garder le monopole de l’intelligence, ce qui est politiquement et moralement inacceptable.
 
Au lieu de tout espérer du RU, il faut combattre la désynchronisation complète entre nos institutions – dont l’école, qui forme aux métiers d’hier – et la technologie qui galope.

Nous risquons de créer une société ultra-inégalitaire où une poignée d’hommes à très haut potentiel gouverneront une armée de sous-citoyens abandonnés au RU. (Crédit : Pixabay)
Nous risquons de créer une société ultra-inégalitaire où une poignée d’hommes à très haut potentiel gouverneront une armée de sous-citoyens abandonnés au RU. (Crédit : Pixabay)
Nous risquons de créer une société ultra-inégalitaire où une poignée d’hommes à très haut potentiel gouverneront une armée de sous-citoyens abandonnés au RU  : ce sera Metropolis. En attendant que l’IA devenue forte ne nous fabrique Matrix.
 
On voit bien comment, par lâcheté, la classe politique s’accommoderait d’un nombre croissant de travailleurs au RU, sans espoir de jamais revenir dans le monde du travail. Sortir du marché du travail pour un jour, ce sera bien souvent en sortir pour toujours.
 
On ne redeviendra pas un travailleur actif après dix ans de RU, période pendant laquelle chaque unité d’IA sera devenue 1 000 fois moins chère. La question la plus importante au XXIe siècle est que devient notre cerveau face à l’IA quasi gratuite ? La réponse ne peut être : les jobs au robot, les loisirs aux hommes.
 
La frontière technologique galope et la pensée économique a beaucoup de mal à suivre. Les économistes se jettent des anathèmes alors que le système économique n’a jamais été confronté à une accélération technologique aussi forte.
 
Une chose est certaine : le travail sera un voyage permanent dans un monde où la notion de métier disparaîtra. Il faudra une nouvelle Sécurité sociale – celle de 1945 est obsolète à l’ère de l’IA – pour accompagner des mutations technologiques foudroyantes.
 
En revanche, le revenu universel permanent qui conduirait en quelques siècles les hommes à devenir des larves nourries par l’IA créant ainsi la servitude volontaire qu’Étienne de la Boétie avait théorisée à 16 ans, sera interdite à l’échelle mondiale : ce sera une loi fondamentale de l’Humanité, un interdit fondateur aussi fort que l’Inceste.
 
De toute façon, on imagine mal une IA forte finançant notre RU et nous servant de domestiques, en nous contemplant jusqu’à la fin des temps à manger des sandwiches au beurre de cacahuète avachis sur nos divans à regarder des vidéos égotiques sur Snapchat : elle nous éliminerait assez rapidement. Et à sa place, nous ferions pareil. 











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