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Premier producteur mondial de lin, la France veut résister à la Chine

I Publié le 4 Juin 2018

La France est le leader mondial de la production de lin. Une matière noble et ultra-écologique. Mais les savoir-faire des tisseurs se sont délocalisés en Chine, qui domine à présent le marché. Dans le Nord de la France, l’industrie du lin tente de conquérir des consommateurs par un retour au “made in France”.


Patrick, teilleur de lin pendant 40 ans, s'est pris de passion pour cette matière aux propriétés étonnantes. (Photo We Demain)
Patrick, teilleur de lin pendant 40 ans, s'est pris de passion pour cette matière aux propriétés étonnantes. (Photo We Demain)

Patrick choisit une tige de son bouquet de lin, la frotte entre ses doigts, et d’un geste assuré sépare la fibre de la paille : “C’est ce que l’on appelle le teillage du lin. Ce métier, c’est toute ma vie. J’ai travaillé le lin pendant 40 ans, c’est devenu une passion.” Cet ancien employé de la société de teillage Jean Decock, située à Quaëdypre, à la frontière flamande, fait partie des acteurs d’une filière française dont les savoir-faire sont menacés.

Le lin ne pousse que sur une bande côtière située entre le Calvados et Amsterdam, en passant par la Normandie et les Flandres. Ces 90 000 hectares au climat bien particulier produisent 110 000 tonnes de fibres, dont environ 80 % partent en Chine pour être filés, avant de revenir en Europe. L'industrie textile a délaissé le lin, qui représente seulement 0,1% des transactions mondiales de textile. 


Quand les cloches du lin commencent à teinter, il est temps de le récolter. (Crédit : WD)
Quand les cloches du lin commencent à teinter, il est temps de le récolter. (Crédit : WD)
La plante a pourtant tous les avantages : elle n’a besoin d’aucun produit phytosanitaire ni d’irrigation pour pousser. Elle retient les gaz à effet de serre, et tous ses déchets (paille et racines) peuvent être revalorisés dans la papeterie, l’isolation des bâtiments ou l’industrie automobile. La fibre, elle, est légère, biodégradable, résistante, imperméable, et possède des propriétés thermorégulatrices.

Dans l'usine de teillage de lin Jean Decock, des bottes certifiées européennes. (Crédit : WD)
Dans l'usine de teillage de lin Jean Decock, des bottes certifiées européennes. (Crédit : WD)
De fil en aiguilles, les savoir-faire liés au tissage de cette matière bien plus durable que le coton ont été délocalisés ailleurs, en Europe de l’Est, et dans les pays en développement, laissant la concurrence chinoise et indienne s’établir. “Quand j’ai commencé ma carrière en 1976, il y avait une cinquantaine de filateurs en France, aujourd’hui il y en a 5 et 85 en Chine !” déplore Benoît Dalle, le président de Saneco, l’un des grossistes de lin les plus importants de la région, et créateur de la marque de luxe “Sanelin ”. Dans son local niché au milieu des anciennes filatures de Nieppe, près d'Armentière, la ville historique du lin, il dépeint le triste paysage de la filière : 

“Aujourd’hui 80% des produits textiles faits en lin sur le marché sont “made in China”.” Les consommateurs achètent un lin d’origine française, mais tissé en Chine, par des usines qui privilégient souvent la quantité à la qualité.

Alix Pollet-Dalle est directrice de Saneco, fabricant de lin. Son entreprise s'est développée en Chine face à une demande toujours plus importante. Aujourd'hui, elle jure par le "made in Europe". (Crédit : WD)
Alix Pollet-Dalle est directrice de Saneco, fabricant de lin. Son entreprise s'est développée en Chine face à une demande toujours plus importante. Aujourd'hui, elle jure par le "made in Europe". (Crédit : WD)

Pourtant, “c’est au tissage que l’on reconnaît un lin de qualité", précise Alix Pollet-Dalle, aux manettes de l’entreprise familiale. Les tisseurs souhaitant réduire le coût du tissu mélangent de longues et de petites fibres, ce qui donne un lin qui ne résiste pas aux lavages.” Seule solution pour les consommateurs : se fier au prix. Des draps ou des chemises en lin de bonne qualité, fabriqués à partir de fibres longues et tissés dans les règles de l’art, atteignent en effet des prix “sept à dix fois plus élevé” que le coton.


Le lin made in France, un défi

Comment alors survivre face la concurrence chinoise ? Des acteurs de cette filière proposent leur propre marque locale et s’entraident. La famille Dalle et le teilleur Jean Decock, situés à quelques kilomètres de distance, ont décidé de travailler ensemble. “En tant qu’acteur global de la filière lin depuis trois siècles, notre rôle est d’établir un lien entre les derniers artisans du secteur” , explique Benoît Dalle. Chez Jean Decock, les bottes de lin portent la mention “European Flax” (Lin Européen), un label mis en place par la Confédération européenne du lin et du chanvre (CELC) pour garantir l’origine mais aussi la qualité du fil. 

 
Francine, cheffe du bureau style de Saneco, présente les différents tissus issus de leur marque "Sanelin" (Crédit : WD)
Francine, cheffe du bureau style de Saneco, présente les différents tissus issus de leur marque "Sanelin" (Crédit : WD)

Pour aller plus loin, le fabricant Saneco (30 millions de chiffre d’affaires en 2015) s’engage dans une démarche 100% made in France. L’entreprise qui voit la plupart de ses produits s’envoler pour la Chine s’associe avec l’atelier de confection voisin Première Impression pour créer une gamme de linge de maison, en co-création avec la Camif.

Le distributeur français, qui crée sa propre marque écoresponsable, a voulu un produit entièrement tissé dans l’Hexagone. Un défi : ces artisans se comptent sur les doigts d’une main, et le tisseur choisi dans un premier temps a mis la clé sous la porte. La mini-collection (housse de couette, taie d’oreiller) sortira tout de même en juillet sur le site de la Camif, qui explique s’être associée à Saneco pour “mettre en valeur le savoir-faire français qui existe et qui est depuis plusieurs années fragilisé”.


L’objectif à terme : recréer un écosystème d’entreprises françaises, qui assure toute la ligne de production, de la matière première au produit fini. Un pari sur une consommation plus responsable qui restaure les savoir-faire perdus des régions, et transmette aux générations futures des matières locales et durables. 





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